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19-12-2012
L'Afrique en questions

Benjamin AUGE

L'Afrique en questions n°14 : La difficile équation énergétique de la nouvelle présidence au Ghana

Actuelle de l'Ifri, décembre 2012

 

Le président ghanéen par intérim John Dramani Mahama[1] est devenu le 9 décembre le successeur de John Atta-Mills[2], décédé en juillet dernier. Or Mahama, qui passe pour un maître de la communication, aura besoin de ses talents de pédagogue pour faire oublier les nombreux ratés de la précédente présidence Atta-Mills en matière d’énergie.

 

La découverte par la société britannique Tullow Oil du champ pétrolier offshore de Jubilee (600 millions de barils prouvés, voir carte[3]) en 2007 a profondément modifié l’économie du Ghana. Trois ans après la découverte, en décembre 2010, le président Atta-Mills a fièrement ouvert les vannes du brut. Partant de 7,7 % de croissance en 2010, le Ghana a atteint 13,7 % en 2011 en grande partie grâce à cette matière première. Le pays est encore largement dominé par l’agriculture (52 % du PNB) avec notamment la production de cacao mais le secteur pétrolier est destiné à devenir durablement le premier pourvoyeur de revenus pour les caisses de l’État (largement devant l’or).

Cependant, une prise de décisions très lente et la création de nouvelles institutions (comme la Petroleum Commission) encore largement dysfonctionnelles ont entraîné une gestion assez médiocre du secteur énergétique sous la présidence de John Atta-Mills. Cela est en partie dû à un management mal adapté car très politisé et des choix de contractants discutables. Jubilee produit actuellement 85 000 barils par jour, soit 35 000 de moins que ce que l’opérateur avait prévu. L’une des raisons de ce débit en deçà des prévisions est que le gaz associé du champ n’est toujours pas transporté vers le large. La compagnie, qui n’a théoriquement pas le droit de le brûler, le réinjecte dans le gisement mais les quantités sont trop importantes et freinent le débit pétrolier. Le gouvernement, qui a créé en 2011 la Ghana National Gas Company (GNGC), avait pourtant promis que ce gaz arriverait dans les centrales électriques côtières notamment à Aboadze (Sud-Est) dès 2011. Les responsables étatiques de l’Énergie avaient à nouveau promis que le gaz serait bien disponible en 2012. Désormais on évoque mi-2013. La société d’État chinoise Sinopec, qui est depuis la signature d’un prêt de 3 milliards de dollars en 2010 entre Accra et Pékin (dont 850 millions de dollars pour le seul secteur gazier) chargée des travaux pour transporter le gaz ghanéen de l’offshore vers la côte, n’a pas aidé à rendre les procédures d’appel d’offres très transparentes et n’a pas non plus contribué à accélérer le processus de décision. L’arrêt au mois d’août de l’approvisionnement gazier provenant du West African Gas Pipeline – gazoduc allant du delta du Niger vers Takoradi, au sud-ouest du Ghana (carte du tracé[4]) – suite à son endommagement par l’ancre d’un bateau vers Lomé a cruellement mis en lumière ce court-termisme des autorités ghanéennes, incapables de lancer à temps les travaux de construction des pipelines entre Jubilee et la côte afin d’assurer la sécurité électrique du pays.

Curieusement, le principal concurrent de John Dramani Mahama lors des élections de décembre – Nana Akufo-Addo[5] – n’a quasiment pas utilisé la mauvaise gestion du secteur énergétique du parti au pouvoir depuis 2009 (National Democratic Congress) pour gagner des voix. On pourrait expliquer ce choix curieux par la méconnaissance des hommes politiques d’un secteur qui reste assez technique. Akufo-Addo aurait pourtant eu un argumentaire évident avec preuve à l’appui : l’électricité a beaucoup manqué dans les grandes villes du Ghana comme Accra durant la campagne électorale avec des arrêts de plusieurs heures programmés par la société nationale dans la plupart des quartiers.

Si la gouvernance de long terme du secteur pétrolier semble garantie par l’adoption en 2011 de la Petroleum Revenue Management Bill (PRMB) permettant de contrôler les revenus grâce à un compte unique (Petroleum Account), de prévenir toute chute brutale de ces fonds (Stabilisation Fund) et d’envisager des dépenses d’avenir (Heritage Fund), les débuts restent assez chaotiques.

Sur un plan plus géopolitique, l’autre dossier énergétique brûlant sur le bureau de John Dramani Mahama sera le litige frontalier avec la Côte d’Ivoire. La découverte de Jubilee a créé un appétit chez les pétroliers qui se sont peu à peu rapprochés de la frontière ivoirienne, mal définie par les puissances coloniales britannique et française. La récente mise à jour des gisements de Tweneboa, Enyenra et Ntomme (TEN)[6] à proximité immédiate de cette frontière a suscité l’ire d’Abidjan. Afin de mettre la pression sur son voisin et de le forcer à négocier, le ministre ivoirien de l’énergie a découpé en 2011 des permis d’exploration se superposant exactement à ces découvertes ghanéennes. Les discussions entre les présidents Alassane Ouattara et John Atta-Mills pour tenter de régler le problème ont été considérablement parasitées par les tensions entre les deux pays occasionnées par la présence des réfugiés politiques pro-Gbagbo (notamment son ancien porte-parole Justin Koné Katinan) à Accra, toujours suspectés de préparer un coup de force à Abidjan. Une solution sur cette frontière doit être trouvée au plus vite entre Mahama et Ouattara afin que les futures découvertes – dont certaines seront probablement à cheval sur la frontière – soient partagées de façon équitable. Cela éviterait toute escalade et conflit, parfois inflammable lorsqu’il s’agit de pétrole et de gaz.

 

 


[1] Diplômé au Ghana en histoire, communication puis en psychologie à Moscou, John Dramani Mahama (54 ans) a eu une longue carrière politique depuis sa 1ère élection comme député de la région nord en 1996. Il devient peu à peu le principal responsable communication du National Democratic Congress (NDC). Commençant comme vice-ministre de la communication en 1997, le président Jerry Rawlings nomme ministre plénipotentiaire dès 1998. Passé dans l’opposition en 2001 mais encore député, Dramani Mahama chapeaute la communication du NDC au sein du parlement puis en 2005 les affaires étrangères. Il remporte au côté de John Atta-Mills les élections présidentielles de 2008 et devient vice-président.

[2] Diplômé en droit de l’université de Legon au Ghana puis d’un doctorat de la School of Oriental and African Studies, John Atta-Mills a mené une longue carrière de professeur au Ghana et à l’étranger. Rentré en politique assez tardivement, il devient vice-président de Jerry Rawlings en 1996. Avant de remporter les élections présidentielles en 2008, il échouera à deux reprises en 2000 et 2004 face à John Kufuor du National Patriotic Party (NPP). Il décède le 28 juillet 2012 à six mois de la fin de son premier mandat alors qu’il était déjà officiellement le candidat du National Democratic Congress pour les prochaines échéances électorales.

[3] http://www.tullowoil.com/index.asp?pageid=57

[4] http://www.wagpco.com/index.php?option=com_content&view=article&id=122&Itemid=85&lang=fr.

[5] Nana Akufo-Addo est avocat de formation, il a pu exercer dans de prestigieux cabinets notamment à Paris ainsi qu’à Accra. Entré en politique en 1996 comme député, il sera réélu plusieurs fois dans sa région de l’est du Ghana. Il a eu à exercer d’importantes fonctions ministérielles lors de la présidence de John Kufuor (2001/2009), notamment aux ministères de la justice puis aux affaires étrangères. Il  échouera à être désigné candidat à la fonction suprême pour le New Patriotic Party (NPP) en 2008 puis en 2012.

[6] http://www.tullowoil.com/ghana/index.asp?pageid=12.

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