21
oct
2016
Espace Média L'Ifri dans les médias
Corentin BRUSTLEIN, cité par Charlotte Cieslinski dans L'Express.

Armada dans la Manche: « Un déploiement très significatif pour la flotte russe »

Une conséquente armada russe fait actuellement route vers la base syrienne de Tartous en Méditerrannée. Ce vendredi, elle est passée au large du Nord-Pas-de-Calais. Etroitement surveillé, ce déploiement de force inquiète les spécialistes.

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Un porte-avions, un sous-marin lanceur d'engins, ou encore un croiseur à propulsion nucléaire. Ce vendredi, un impressionnant convoi de navires militaires russes a longé les côtes françaises du Nord-Pas-de-Calais. Il poursuit à présent sa route vers la mer Méditerranée, et la base navale de Tartous en Syrie. 

"C'est un déploiement très significatif à l'échelle de la flotte russe", précise à L'Express Corentin Brustlein, responsable du centre des études de sécurité à l'Institut français des relations internationales (IFRI). Un déploiement de force qui inquiète notamment l'organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), préoccupée par l'intervention en Syrie. 

 

Une armada impressionnante

Depuis lundi, une importante flotte de navires a quitté le port militaire russe de Severomorsk et a traversé la mer du Nord, puis la Manche, passant au large des côtes britanniques et françaises. Vers 11h ce vendredi, l'impressionnant Amiral Kouznetsov, fleuron de la marine russe, est passé au large de Douvres. 

"Ce porte-avions russe a déjà été déployé lors d'exercices, mais n'a jamais conduit d'opérations de combat", indique Corentin Brustlein. 

La flotte russe poursuit actuellement sa descente vers la mer Méditerranée où elle doit rejoindre une base navale militaire récupérée par la Russie après l'effondrement de l'Union soviétique. "Dans la terminologie russe Tartous était un point technique de ravitaillement" rappelle à L'Express Cyrille Bret, maître de conférences à Sciences Po et cofondateur du site EurAsia Prospectives. 

Le projet de la Russie est d'y installer une base navale permanente, a indiqué lundi le vice-ministre russe de la Défense Nikolaï Pankov. "Ce déploiement a vocation à appuyer les opérations russes en soutien au régime syrien, à un moment où des divergences d'intérêt assez profondes persistent entre Occidentaux et Russes", confirme Corentin Brustlein. 

"Avec ce déploiement assez conséquent, la marine russe entend changer de statut", observe Cyrille Bret. Huit navires composent le noyau dur de cette armada: le porte-avions Amiral Kouznetsov, un sous-marin lanceur d'engins et le croiseur à propulsion nucléaire Pierre le Grand. La flotte comporte également un bâtiment ravitailleur datant de 1973, le Sergey Osipov, ainsi qu'un destroyer, le Severomorsk. 

"L'ensemble n'est pas anodin sur un plan militaire, mais marque surtout une volonté de la diplomatie russe d'appuyer sa présence dans le Levant par des moyens militaires. Au minimum pour renforcer sa présence visible, voire pour intimider si nécessaire", commente Corentin Brustlein de l'IFRI. 

Une manoeuvre d'intimidation qui fonctionne ?

Ces manoeuvres de la marine russe inquiètent l'OTAN. Jeudi soir, Jens Stoltenberg, son secrétaire général, a expliqué: "ce qui nous préoccupe c'est que cette flotte puisse être utilisée pour participer aux opérations militaires au-dessus de la Syrie et augmenter les attaques sur Alep".  

Elles affolent aussi la Royal Navy britannique, qui a selon la BBC mobilisé deux frégates pour l'occasion: le HMS Richmond et le HMS Duncan. "Ce déploiement renvoie le Royaume-Uni à certaines faiblesses dont souffre sa marine, du fait de choix capacitaires récents dictés par des raisons budgétaires" décrypte Corentin Brustlein.

La France, elle, se fait plus discrète. "Nous ne détaillons pas le dispositif et les moyens mis en place", explique ainsi à La Voix du Nord le capitaine de frégate Renaux de la préfecture maritime de Brest.  

Des intentions floues

Officiellement, la Marine russe citée par Interfax entend "répondre à toute nouvelle forme de menace contemporaine, comme la piraterie et le terrorisme international". "On ne sait pas quels rôles précis joueront les différents bâtiments russes une fois arrivés à destination", admet Corentin Brustlein.  

Mais plus d'un an après le début de son intervention en Syrie, la Russie continue d'y renforcer sa présence militaire. Elle dispose aussi d'une base aérienne à Hmeimim, près de Lattaquié, le fief de Bachar el-Assad dans le nord-ouest de la Syrie. 

"Mais au-delà de la Syrie, la marine russe entend avec cet escadron assez complet, consolider sa présence dans l'ensemble du Proche-Orient", estime Cyrille Bret. "Dans le cadre d'une stratégie d'influence extérieure ne se limitant pas à ce seul théâtre, la Russie semble chercher à renouer de bonnes relations et des partenariats à caractère militaire avec plusieurs pays de la région, dont l'Egypte et Chypre", abonde de son coté Corentin Brustlein.  

Vendredi après midi, l'armée russe a annoncé la prolongation jusqu'à samedi soir de la "trêve humanitaire" observée par les armées russe et syrienne depuis jeudi matin à Alep.

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Mots-clés
OTAN Russie; Europe