30
avr
2017
Espace Média L'Ifri dans les médias
Laurence NARDON, citée par Karen Lajon dans Le Jounal du Dimanche

Cent jours et toujours pas de mur

Le président Trump avait promis qu'au cours de ses trois premiers mois de mandat, il mettrait en chantier la construction d'une muraille à la frontière mexicaine. Il a échoué. « Vous avez un ami à la Maison Blanche », a lancé Donald Trump vendredi soir, au puissant lobby des armes de la National Rifle Association (NRA). Le président américain avait bien besoin de cet accueil chaleureux après une semaine ponctuée de reculades.

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Lundi, il tweetait: «La muraille est un outil très important pour empêcher l'arrivée des drogues dans notre pays et l'empoisonnement de notre jeunesse. » Mardi, il demandait au Congrès de lui allouer 1,4 milliard de dollars pour le lancement du chantier. Une maigre victoire qu'il aurait voulu obtenir avant d'atteindre symboliquement les cent jours de son mandat. Rien n'y a fait. Le président américain a essuyé un double refus. Celui des démocrates et de son propre camp. L'opposition démocrate en a même fait un casus belli au risque de refuser de voter le budget rectificatif de printemps, ce qui provoquerait un shutdown, une paralysie des administrations, comme en octobre 2013 lorsque des centaines de milliers de fonctionnaires étaient restés chez eux pendant plus de deux semaines.

« En fait, Donald Trump s'est heurté au principe de réalité, explique Laurence Nardon, directrice du programme Amérique du Nord à l'Institut français des relations internationales (Ifri), qui veut que les démocrates s'opposent au mur pour des questions morales et financières, les républicains pour ne pas faire exploser le budget fédéral. Et enfin le gouvernement mexicain qui refuse bien évidemment de payer. » Une fois de plus c'est la méthode de Trump, consistant à faire financer la première tranche de travaux en procédure express sur les cré- dits du budget rectificatif de printemps, qui a choqué bon nombre d'élus républicains. Le sénateur conservateur de Caroline du Sud, Lindsey Graham, a même prévenu : « Nous sommes pour davantage de sécurité à la frontière mais ce mur de 1.500 km de long ne verrajamais le jour. »

Se battre contre l'autre frontière

Donald Trump a donc changé de braquet pour l'emporter sur l'autre thématique de la question des frontières. Il s'est attaque aux termes de l'Accord de libre- échange nord-américain (Aléna), entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Initié par le républicain George Bush père et signé par le démocrate Bill Clinton en 1992, l'Aléna, entré en vigueur en 1994, est l'un des plus importants accords de libre circulation des biens et services pour les 478 millions d'habitants des pays concernés. Donald Trump a fustigé à plusieurs reprises cet accord menaçant tour à tour de vouloir le renégocier, ou à défaut, de s'en retirer. Dans un autre de ses tweets rageurs, il écrivait jeudi : « Si nous ne parvenons pas à un accord équitable pour tous, nous mettrons par conséquent un terme à l'Aléna. »

Le Mexique est immédiatement intervenu pour calmer Trump. Mexico achète des produits agricoles pour 17,9 milliards de dollars aux fermiers américains, soit 13 % de leurs exportations. Du côté américain, les producteurs de maïs s'activent pour défendre l'Aléna, le Mexique étant leur premier marché à l'export. D'autant que depuis les gesticulations agressives du président américain, le gouvernement mexicain a commencé à se tourner vers d'autres sources d'approvisionnement comme l'Argentine ou le Brésil. Donald Trump a fini par entendre le lobby agricole américain. En fin de semaine, il ne parlait plus de sortie du traité mais de renégociation.

 

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Mots-clés
politique intérieure; Donald Trump Etats-Unis