09
jan
2018
Espace Média L'Ifri dans les médias
Françoise NICOLAS, citée par Fabrice Pouliquen dans 20 Minutes

La Chine, un partenaire crédible dans la lutte contre le changement climatique ?

Pour ses premiers pas en Chine en tant que président de la République, Emmanuel Macron a beaucoup parlé climat, saluant la prise de conscience environnementale de la Chine et en proposant même d’imposer un co-leadership franco-chinois dans ce domaine…

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Un marché carbone lancé le 19 décembre dernier, des projets de villes écologiques qui poussent aux quatre coins du pays, un soutien réaffirmé à l’Accord de Paris quoiqu’en dise Donald Trump, sans parler des 360 milliards de dollars que la Chine annonçait en janvier 2017 vouloir investir d’ici 2020 dans les énergies renouvelables. Dans la foulée, en mai dernier, le pays inaugurait la plus grande installation photovoltaïque flottante du monde dans la province d’ Anhui, au-dessus d’une ancienne zone houillère inondée. 160.000 panneaux solaires installés sur une surface de près de 800.000 m², soit l’équivalent de 110 terrains de football.

Un net revirement depuis 2009

Question transition écologique, Pékin avance à vitesse grand V ces dernières années et n’hésite pas à voir les choses en grand sur de nombreux projets. A Xian ce lundi, première étape de son premier voyage présidentiel en Chine, Emmanuel Macron a salué la prise de conscience chinoise. « Qui aurait pu imaginer, il y a quelques années, que la Chine démontrerait une force d’entraînement mondial » dans le domaine de l’environnement, a-t-il souligné.

En 2009, en effet, la Chine était loin de se positionner en championne de la lutte contre le réchauffement climatique. Le pays était même tenu comme l’un des principaux responsables de l’échec du sommet de Copenhague, quinze jours de discussions pendant lesquels la Chine avait tout fait pour échapper à un accord contraignant. A la tribune, le Premier ministre de l’époque, Wen Jiabao pointait avant tout la responsabilité des pays industrialisés dans la hausse des émissions de dioxyde de carbone et estimait alors de leurs devoirs de prendre la tête de la lutte contre le réchauffement climatique.

La Chine pressée par sa population ?

Qu’a-t-il bien pu se passer pour expliquer ce revirement ? « Toute une série de scandales écologiques ont marqué la population ces dernières années, explique Jean-François Huchet, professeur d’économie à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), auteur de « La crise environnementale en Chine » paru en 2015 aux presses de Sciences-po. En particulier les phénomènes d’« airpocalypses », le nom que donnent les Chinois aux situations d’extrême pollution dans les grandes villes du nord du pays. Dont Pékin. » La pollution due aux particules fines PM2,5 (celle d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres) était responsable de la mort de 1,6 million de personnes chaque année en Chine, soit plus de 4.000 morts par jour, selon une étude menée en 2015 par l’université de Berkeley en Californie.

  • « Il en découle un ras-le-bol de la population chinoise qui en a tout simplement marre d’ignorer que le ciel peut être bleu de temps en temps, explique en tout cas Françoise Nicolas, directeur du centre Asie à l’Ifri (Institut français des relations internationales). Même si la Chine est un pays autoritaire, elle ne peut pas pour autant ignorer ces pressions internes. Elle prend conscience qu’elle ne peut plus se permettre de croître sans se préoccuper d’environnement. »

La décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris, conforte un peu plus Pékin dans sa lutte contre le changement climatique. « Il y a un leadership à prendre et la Chine passe en outre pour puissance responsable, qui joue dans le sens de la communauté internationale », poursuit Françoise Nicolas.

Encore des contradictions…

Mais la Chine, toujours premier pays émetteur de gaz à effet de serre, est-elle pour autant un partenaire fiable et engagée sur le long terme dans la lutte contre le changement climatique ? Jean-François Huchet comme Françoise Nicolas notent toujours des contradictions « entre les ambitions affichées et les actes ». « La Chine part de très loin, rappelle le premier. Elle restera pour une bonne décennie encore dans une position paradoxale où elle est à la fois le laboratoire mondial des nouvelles énergies et le plus grand pollueur au monde. Le pays conserve encore aujourd’hui des industries très polluantes et y consacre toujours des investissements massifs. La Chine produit la moitié de l’aluminium mondial et consomme à elle seule plus de charbon que le reste du monde. »

  • Et si le pays ferme peu à peu ses centrales à charbon, il reste néanmoins impliqué dans la construction de nombreuses centrales thermiques au charbon dans le monde, note Françoise Nicolas. Autrement dit, elle ne pollue plus chez elle, mais elle pollue ailleurs. »

Malgré tout, Françoise Nicolas et Jean-François Huchet ne doutent pas de l’engagement réel et durable de la Chine dans la lutte contre le changement climatique. Pas plus d’ailleurs que Nicolas Roques, coordinateur du développement international à Biotope. Depuis 2012, ce bureau d’études montpelliérain, spécialisé dans la préservation de la biodiversité, travaille en Chine à la restauration du lac Wolong, dans la province du Liaoning, ainsi que d’autres grandes zones humides détériorées par la croissance effrénée de la Chine. « Pékin n’a pas d’autres choix que de s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique au regard des enjeux de santé publique et de développement économique que posent la pollution de l’air ou la dégradation des ressources en eau, juge-t-il.

Une alliance sino-européenne gagnant-gagnant ?

Dans cette optique, le projet d’Emmanuel Macron d’une vaste alliance France-Europe-Chine sur le climat « peut tout à fait faire sens, reprend Nicolas Roques. La Chine a beaucoup à y gagner. Les entreprises européennes ont acquis un vrai savoir-faire dans l’ingénierie écologique que n’a clairement pas la Chine aujourd’hui. Nous le remarquons à Biotope, pour tout ce qui est gestion des ressources en eau et des écosystèmes. C’est tout aussi vrai pour d’autres secteurs : les transports, les énergies, l’évolution du cadre réglementaire chinois… »

Mais que gagnent alors les entreprises françaises ? « L’accès à un laboratoire conséquent où tester ses technologies et en faire baisser les coûts, répond Jean-François Huchet. Mais faut-il encore que la Chine ouvre un peu plus ses marchés, notamment ses marchés publics, aux entreprises étrangères. » Une critique qui revient régulièrement. Emmanuel Macron ne devrait pas manquer d’aborder ce point lors de son voyage à Pékin.

 

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Mots-clés
politique étrangère chinoise Chine