03
nov
2017
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Laurence NARDON, article publié dans LesEchos.fr

Etats-Unis/Chine: puissance contre puissance

La question chinoise a constituté l'une des fixations de Donald Trump pendant la campagne de 2016. Depuis l'été 2017, les relations sino-américaine se sont à nouveau détériorées. Au delà de la Corée du Nord, les points de friction en termes de géopolitique ne manquent pas, notamment en matière économique. 

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Une évolution classique sous la présidence Trump

Le candidat accusait la Chine de faire baisser sa monnaie artificiellement pour soutenir ses exportations, de maintenir des salaires bas et d'imposer des accords commerciaux défavorables aux États-Unis pour attirer les usines américaines en Chine. C'est ainsi, selon lui, que tant d'emplois industriels américains avaient disparu, précipitant les classes moyennes dans le chômage et la déchéance. Ce discours venait soutenir sa dénonciation générale du principe de libre-échange.

Mais sur ce sujet comme sur d'autres, Donald Trump, une fois élu, a changé d'attitude. Ainsi s'est-il montré amical avec le président Xi Jinping lors de la visite de ce dernier à Mar-a-Lago en avril, taisant ses critiques et prévoyant au contraire un nouvel accord économique bilatéral (qui ne s'est pas encore concrétisé).

L'idée du président américain était que la Chine allait pouvoir jouer les intermédiaires dans la crise avec la Corée du Nord : Pékin devait inciter le régime de Pyongyang à interrompre son programme nucléaire et balistique, et à revenir à la table des négociations. Mais la capacité de pression chinoise sur la Corée du Nord est sans doute trop faible, et la situation n'a fait que se dégrader.

Depuis cet été, les relations sino-américaines se détériorent de nouveau, comme le montrent ces deux messages twittés par Donald Trump le 30 juillet : " Je suis très déçu par la Chine. Nos ex-dirigeants imbéciles leur ont permis de gagner des centaines de milliards de dollars par an dans le commerce, et pourtant...
... ils ne font RIEN pour nous sur la Corée du Nord, juste du bla-bla. La Chine pourrait facilement régler le problème !"

Une longue liste de récriminations

Au-delà de la question nord-coréenne, les points de friction en termes de géopolitique ne manquent pas. Là où la Chine dénonce la présence d'amis, d'alliés ou de bases militaires américains autour de toutes ses frontières, ainsi que l'activisme américain sur la question de Taïwan, les États-Unis condamnent pour leur part l'occupation des îlots de mer de Chine du Sud et les trop nombreuses cyberattaques selon eux venues de Chine.

En matière économique, malgré les nombreux points d'achoppement, les deux pays sont sans doute trop interdépendants pour pouvoir s'affronter véritablement. La dépendance financière et commerciale crée entre eux une véritable capacité de "destruction économique mutuelle assurée", ou MAED, en référence à l'acronyme MAD ("Mutual Assured Destruction") de la guerre froide.

La présidence Trump apporte deux aspects particuliers à la relation sino-américaine. D'une part, on note l'absence totale de critique en provenance de la Maison-Blanche à propos des atteintes aux droits de la personne et à l'état de droit en Chine - Trump le nationaliste ne s'intéresse pas à ces questions... D'autre part, les intérêts commerciaux de membres de la famille Trump en Chine sont importants. Les profits liés aux marques déposées "Ivanka" et "Trump", ainsi que la recherche active d'investisseurs chinois dans les projets immobiliers de Jared Kushner, pourraient un jour poser des problèmes juridiques épineux pour le président américain.

Des vases communicants ?

Plus globalement, la question de la montée en puissance de la Chine suscite des interrogations et des inquiétudes aux États-Unis, surtout lorsque ces derniers envisagent la période actuelle comme celle de leur propre et inexorable déclin. Ainsi, la croissance chinoise profiterait de l'affaiblissement des États-Unis, comme si les relations de puissance sur la scène internationale étaient une affaire de vases communicants.

Il est vrai que la montée en puissance chinoise est remarquable. En termes économiques, le PIB chinois calculé en parité de pouvoir d'achat (PPA) dépasse aujourd'hui celui des États-Unis. La puissance militaire chinoise est en rapide croissance, avec un budget militaire de 215 milliards de dollars en 2016. C'est le second budget de défense du monde derrière les États-Unis (611 milliards de dollars en 2016), loin devant le trio suivant, Russie, Inde et Arabie saoudite (autour de 50-70 milliards de dollars par an chacun).

Cependant, la domination du soft power chinois par rapport à celui des États-Unis n'est pas aussi évidente. L'influence culturelle chinoise est-elle comparable à la force de frappe culturelle des États-Unis ? Surtout, le projet de puissance de la Chine n'est pas un projet politique universaliste comme celui des États-Unis, mais plutôt un projet de puissance économique et commerciale. Il prévoit assez de puissance pour contrôler les routes maritimes et terrestres, et établir des règles du jeu qui lui sont favorables. La Chine se rapproche donc plus du modèle de la Grande-Bretagne du XIXe siècle - celle que Napoléon qualifiait de "nation de boutiquiers".

Ainsi, et de façon ironique, on pourrait dire que la politique étrangère du président Trump, parce qu'elle fait fi des questions de morale et donne la priorité aux intérêts commerciaux, se rapproche du projet chinois. C'est peut-être pour cette raison que la concurrence chinoise inquiète autant l'hôte de la Maison-Blanche.

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