04
jan
2017
Espace Média L'Ifri dans les médias
Elie TENENBAUM, entretien accordé au journal La Croix

« François Hollande constate la difficulté de la reconquête de Mossoul »

Le président français en visite à Erbil a estimé que la bataille de Mossoul pourrait s’achever « au printemps, en tout cas avant l’été ».

Comment interpréter cette échéance française pour la bataille de Mossoul ?

Cette annonce vient confirmer la réalité du terrain à Mossoul, qui contredit ceux qui assuraient que la ville tomberait très vite. Le 17 octobre dernier, au déclenchement de l’opération pour déloger Daech de la ville, le premier ministre irakien avait promis de réintégrer la ville dans les territoires irakiens avant la fin de l’année 2016. Ce pari est perdu. La déclaration de François Hollande ne doit pas être lue comme optimiste. Au contraire, elle constate la difficulté et la lenteur de la progression des forces irakiennes sur le terrain.

Quelles sont les forces en présence ?

Sur le papier, le déséquilibre des forces est important : 5 à 6 000 combattants côté Daech, 100 000 hommes côté irakien. Mais ce déséquilibre est théorique quand on détaille les forces irakiennes. Quarante mille hommes sont des peshmergas kurdes qui n’ont ni l’envie ni le droit d’entrer dans Mossoul. D’abord, parce qu’ils ne considèrent pas cette ville comme kurde. Ensuite, parce que Mossoul est une ville arabe sunnite et qu’une opération kurde liguerait la population locale aux combattants de Daech.

Même problème pour les Forces de mobilisation populaire. Ces milices chiites ont commis des exactions dans d’autres villes sunnites qu’elles ont reprises. Du coup, les Américains et les Turcs ont fait pression pour que le gouvernement irakien ne les utilise pas dans Mossoul. Il leur est demandé de se concentrer sur la reprise de Tal Afar, à l’Ouest.

Reste l’armée irakienne, composée de 40 000 hommes. La 9e division, au sud, et la 16e division, au nord, ont vite été stoppées, après avoir enregistré des pertes importantes. À l’est, les forces spéciales sont les seules qui ont combattu dans la durée. Elles comptent 4 000 à 5 000 hommes, qui ont connu des pertes énormes. Daech utilise des camions suicides dont les dégâts sont proches de ceux d’un missile de croisière.

Quelle est l’évolution récente du combat pour la reprise de Mossoul ?

Vers le 20 décembre, l’armée irakienne était dans l’impasse. Les forces spéciales ont dû faire une pause. Depuis, il semble qu’elles ont largement progressé à l’est de la ville. L’Université, bastion de djihadistes étrangers, aurait été reprise. Au Nord, la 16e division a avancé considérablement. Au Sud, les forces spéciales de la police sont venues en renfort.

Les bombardements de la coalition ont détruit la totalité des ponts sur le Tigre. Cela empêche Daech d’envoyer des renforts vers l’est. Mais, cela rend difficile la conquête de la vieille ville à l’Ouest. Or, les militaires irakiens ont toujours dit que ce serait la partie la plus difficile à reprendre.

Daech utilise la population civile comme bouclier humain et l’aviation occidentale n’a pas les mêmes règles de frappes que les Russes concernant les dommages collatéraux. En clair, les avions occidentaux font un effort pour limiter les pertes dans la population.

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