29
mai
2017
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Macron et Poutine peuvent-il repartir à zéro à Versailles

Deux semaines après sa prise de fonction, Emmanuel Macron reçoit Vladimir Poutine dans le chateau du Roi-Soleil. L'occasion de passer l'éponge sur des relations exécrables?

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C'est sous les ors de Versailles qu'Emmanuel Macron reçoit Vladimir Poutine, ce lundi. Les deux dirigeants se retrouveront au Grand Trianon, à l'occasion de l'exposition sur la visite de Pierre le Grand en France en 1717. Un lieu et un moment hautement symboliques dans les fluctuantes relations franco-russes. 

Du côté du président français, "l'invitation peut être lue comme un rattrapage après le raté de la visite du président russe en octobre", observe Tatiana Kastouéva-Jean, responsable du Centre Russie à l'IFRI.  

 
 

Rattrapage après la visite annulée en octobre 2016

La visite prévue de Vladimir Poutine en octobre avait été annulée au dernier moment. Le maître du Kremlin y avait renoncé après l'annonce par l'Élysée que François Hollande ne participerait pas, au côté du président russe, à l'inauguration officielle d'un "centre spirituel et culturel orthodoxe russe" sur les bords de Seine, et qu'il se contenterait d'une "réunion de travail sur la Syrie". Hollande signifiait ainsi sa désapprobation du veto russe à l'ONU au texte français appelant à la cessation des bombardements et du siège d'Alep, quelques jours plus tôt.  

Emmanuel Macron met donc du baume au coeur du président russe en optant pour le cadre grandiose de Versailles. Le cadre choisi peut toutefois être doublement interprété. Accueillir un chef d'État au château du Roi-Soleil, c'est "l'honorer copieusement et inscrire cette rencontre dans le temps, tant le lieu symbolise l'État dans ce qu'il a de plus précieux", explique Frédéric Biamonti, auteur du film Versailles, rois, princesses et présidents, au Parisien. Mais c'est aussi "écraser son hôte sous le faste, l'étouffer sous la grandeur tricolore". 

La dimension symbolique de Pierre le grand

L'inauguration de l'exposition sur le fondateur de Saint-Pétersbourg est un autre message fort. "Pour tous les Russes, Pierre le Grand, c'est l'ouverture de la fenêtre vers l'Europe, rappelle Tatiana Kastouéva. Que Poutine ait accepté de venir à Paris dans ce cadre peut être interprété comme un retour de la Russie vers l'Europe, après trois années où son avenir semblait devoir se jouer en Asie." 

Malgré un léger recul des relations commerciales, lié aux sanctions imposées en raison des agissements de Moscou en Ukraine, l'Europe demeure le premier partenaire commercial de Moscou. Les 28 y restent aussi le premier investisseur, en dépit d'une légère hausse de la part de la Chine. Et au sein de l'UE, les relations avec l'Hexagone ont peu évolué. "A la différence des entreprises allemandes, rares ont été les compagnies françaises à avoir quitté le pays, ajoute la chercheuse. La France est passée l'an dernier devant l'Allemagne comme premier investisseur européen en Russie." 

Prélude à un réchauffement des relations franco-russes?

Le faste des retrouvailles ne garantit pourtant pas un réchauffement rapide des relations franco-russes, tant elles partent de loin. 

"Macron représente le contraire de l'image que le Kremlin a de l'Europe, estime Tatiana Kastouéva. Au pouvoir depuis 18 ans, l'un est le doyen des relations internationales, tandis que l'autre est un débutant; leurs visions du monde sont aux antipodes, la globalisation apparaissant comme une menace pour l'un, une opportunité pour l'autre." 

Alors que les mouvements populistes progressent partout sur le continent et après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, Poutine rêvait d'une Union européenne affaiblie, aux couleurs de Marine Le Pen, dont il anticipait la victoire, au point de paraître l'adouber en la recevant au Kremlin. L'élection du fondateur d'En Marche met à mal cette aspiration.  

Le passif des attaques pendant la présidentielle française

Autre frein à un rapide réchauffement, les relations exécrables entre la Russie et Macron pendant sa campagne. Les médias russes ont mené une campagne de dénigrement systématique du centriste. Et le Kremlin a été soupçonné d'être derrière les attaques informatiques contre la campagne d'En marche.  

Depuis la victoire de Macron, le 7 mai, le Kremlin semble chercher à se rattraper. Le président russe a appelé son homologue à "surmonter la méfiance mutuelle", au lendemain de son élection tandis que l'ambassadeur russe en France, Alexandre Orlov, multiplie les louanges envers le nouveau locataire de l'Elysée. 

Les contentieux en Ukraine et en Syrie

Enfin et surtout le "reset" franco-russe devrait également buter sur les dossiers à l'origine du coup de froid. L'annexion de la Crimée et l'implication russe dans la crise du Donbass en 2014, ainsi que son intervention en soutien au régime de Bachar el-Assad en Syrie, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.  

"Quand bien même le souhaiterait-il, Macron ne pourrait décider la levée des sanctions d'un coup de baguette magique, observe Tatiana Kastouéva, puisqu'elles s'inscrivent dans l'action de l'UE." 

Difficile, donc, de répondre aux voeux russes d'une levée de ces sanctions tant que les accords de Minsk, censés mettre fin aux combats dans l'Est de l'Ukraine, resteront bloqués. "Seule différence, Macron ne fait pas une affaire personnelle des accords de Minsk, contrairement à Hollande dont c'est l'un des rares succès diplomatiques. Il lui serait donc plus facile de les moduler", note la chercheuse. 

Les positions sur la crise syrienne sont aussi difficilement conciliables: la Russie a mis son veto à toutes les résolutions proposées à l'ONU par l'Occident et en particulier la France. "On voit mal comment Paris et Moscou peuvent s'entendre sur la sortie du conflit et sur le sort de Bachar el-Assad, constate Tatiana Kastouéva. Poutine a engagé son pays dans une guerre pour soutenir le régime d'Assad. Tout encombrant que soit ce vassal, il lui serait très difficile de le lâcher."

 

Voir l'article sur le site de L'Express

 

 

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