29
mai
2017
Espace Média L'Ifri dans les médias
Thomas GOMART, interview parue dans Le Parisien. Propos recueillis par Myriam Encaoua

Visite de Poutine : « Macron ne craint pas le rapport de force »

Pour Thomas Gomart, directeur de l'Ifri, la réception de Vladimir Poutine à Versailles est riche en symboles. 

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Emmanuel Macron reçoit Vladimir Poutine hors les murs de l'Elysée, à Versailles, la résidence des rois de France, comment l'interpréter ?

C'est d'abord le signe que la relation franco-russe n'a rien de normale. Les deux présidents aiment manier les symboles. Cette réception fastueuse doit leur permettre de sortir du climat de défiance qui s'est installé depuis l'annexion de la Crimée par Moscou en mars 2014 et l'opposition frontale entre nos deux pays sur la Syrie. Emmanuel Macron a aussi l'occasion d'incarner une posture magnanime vis-à-vis d'un pays qui ne l'a pas soutenu pendant la campagne présidentielle. Poutine avait choisi Marine Le Pen en la recevant sous les ors du Kremlin en mars 2017. Le président français montre ainsi qu'il veut tourner la page mais sans rien oublier.

Ils visiteront l'exposition consacrée au tsar Pierre le Grand. Là encore, tout un symbole...

Cette inauguration ne pouvait pas mieux tomber ! Pierre le Grand est le tsar qui a dressé des ponts entre la Russie et l'Europe occidentale il y a trois siècles. De retour de ses voyages, en France notamment, il s'est appuyé sur les artistes, les architectes et toute une série d'influences européennes qui l'ont aidé à construire Saint-Pétersbourg... la ville de Poutine ! A un moment où le président russe semble plus tourné vers l'Asie que l'Europe, le message que lui envoie Macron est politique. Il lui signifie ainsi que le cadre dominant des relations avec la Russie se situe dans un axe Union européenne-Moscou et non pas Paris-Moscou, comme ont pu le défendre certains pendant la campagne tel François Fillon.

Cette visite peut-elle concrètement relancer la relation franco-russe ?

L'enjeu n'est pas tant la relation franco-russe que de savoir si Paris peut profiter de ce moment pour faire émerger une troisième voie européenne entre, d'un côté, les Etats-Unis rongés par l'imprévisibilité de Donald Trump, et de l'autre, des régimes autoritaires comme la Russie. Macron a un espace pour le faire. Mais il n'y aura pas de politique étrangère française ambitieuse s'il n'y a pas de redressement économique du pays.

Emmanuel Macron n'a que peu d'expérience sur la scène internationale. A-t-il les épaules face à l'ogre Poutine ?

S'il est inexpérimenté, il apprend vite ! Il ne craint pas le rapport de force et ne s'est pas égaré dans un discours universaliste et moralisant comme l'ont fait Sarkozy et Hollande. Il est aussi en train de donner un coup de vieux à Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 2000.

 

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