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Eutelsat intéresse les Américains
20/12/2002

Laurence Nardon Le Figaro, 20 décembre 2002. Les événements se précipitent pour Eutelsat, qui a reçu récemment des offres de rachat de la part des firmes américaines Intelsat et Panamsat.

La reprise de la firme européenne par un concurrent d'outre-Atlantique pourrait avoir des conséquences difficiles pour les industriels européens. A défaut de trouver une solution européenne, les gouvernements de l'Union doivent s'efforcer d'obtenir des garanties de la part des repreneurs américains.

Créée pour retransmettre par satellite les chaînes de télévision européennes, Eutelsat a d'abord été une organisation intergouvernementale, avant d'être transformée en entreprise privée en 2001. Ses principaux actionnaires, victimes de la crise du marché des télécommunications, cherchent à se défaire de leurs parts, afin de récupérer rapidement des liquidités. Si l'on vient d'apprendre que Deutsche Telekom avait vendu ses 10,9% de parts à l'éditeur italien De Agostini, France Télécom, avec 23%, et British Telecom, avec 17%, cherchent toujours un racheteur pour Eutelsat.

Les deux offres américaines ont été déposées avant la fin du délai fixé par Eutelsat à vendredi dernier. Présumées d'un montant sensiblement égal, autour de 3,5 milliards d'euros, elles pourraient différer sur d'autres points importants. Panamsat laisse entendre que la nouvelle structure pourrait être établie en Europe.

Intelsat avait maladroitement fait savoir, lorsqu'elle avait publié une offre intermédiaire en août dernier, que le bureau d'Eutelsat à Paris serait transféré à Washington. Elle mentionne aujourd'hui la possibilité de s'installer en Europe, à terme. Surtout, elle proposerait aux actionnaires d'Eutelsat d'être payés en liquide ou en action, selon leur choix. Une telle option sera très intéressante.

Il reste que le rachat d'Eutelsat par des Américains engendrera une perte de contrôle des Européens sur une application satellitaire importante. A la suite de l'acquisition, Panamsat ou Intelsat deviendra la première entreprise d'opération de télécommunications mondiale, avec une quarantaine de satellites de télécommunication en orbite.

Le rachat d'Eutelsat par un partenaire européen ne semble pourtant pas envisageable. L'opérateur luxembourgeois SES ne peut, pour sa part, se porter candidat à la reprise. Premier opérateur mondial avec 29 satellites, il est probablement trop endetté après le rachat de plusieurs compagnies dans les années récentes. Qui plus est, une offre de sa part poserait sans doute des problèmes de monopole.

La possibilité d'une offre par l'italien Finmeccanica, également évoquée, n'est pas forcément intéressante. Quoique européen, cet acteur industriel est très éloigné du métier d'Eutelsat et ne constituerait pas un repreneur adéquat. Le regroupement des opérateurs de satellites de télécommunication est inévitable dans le contexte actuel de morosité du marché. De ce point de vue, la reprise d'Eutelsat par un acteur actif sur le même marché constitue un élément positif, susceptible de redynamiser l'entreprise.

Le risque le plus préoccupant que pose le rachat d'Eutelsat par un opérateur américain concerne les carnets de commandes des industriels européens. Depuis sa création, Eutelsat s'est révélée bonne cliente des fabricants de satellites européens. Intégrée dans une structure américaine, il n'est pas certain qu'elle puisse continuer dans cette voie. Sur les vingt-trois satellites opérés par Intelsat aujourd'hui, aucun n'a été commandé aux firmes européennes Astrium et Alcatel. Dans la conjoncture actuelle de chute des commandes de satellites de télécommunication, cette perspective est très inquiétante pour les deux firmes européennes.

Le gouvernement français aurait obtenu des assurances des deux éventuels repreneurs américains sur ce point : Intelsat comme Panamsat s'engageraient à acheter certains de leurs futurs satellites en Europe. Mais des garanties de ce genre, si elles ne sont pas apportées à plusieurs interlocuteurs en Europe, ne seront sans doute pas très solides. Il faut donc que les autres gouvernements européens, et sans doute l'Union européenne, fassent entendre rapidement leur préoccupation sur ce dossier.

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Laurence Nardon
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