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14/06/2003
 Laurence Nardon, Le Figaro, 14 juin 2003. Presque trois mois après le début de l'invasion américaine de l'Irak, le Salon du Bourget ouvre ses portes aujourd'hui... |
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Presque trois mois jour pour jour après le début de l'invasion américaine de l'Irak, le Salon aéronautique du Bourget ouvre ses portes le 14 juin. Les graves différents intervenus entre la France et les Etats-Unis à l'occasion du conflit pèseront lourdement sur l'atmosphère de ce salon où la présence militaire est forte. Les échanges entre industriels américains et européens pourraient en souffrir. Les firmes européennes continuent à renforcer leur position sur de nombreux segments du marché de l'aéronautique et de l'espace. Elles doivent néanmoins s'efforcer de conserver de bonnes relations avec leurs partenaires américains. Au sein d'une Administration Bush déjà très critique envers la France, le département de la Défense américain est le plus virulent. Notre refus de participer à la guerre en Irak a fait ressurgir chez les militaires américains une tradition francophobe qui remonte à la dernière guerre. Habituellement très impliqué dans un salon qui inclut les armements aéronautiques et spatiaux, le Pentagone fera cette année le service minimum. Non seulement les responsables militaires de haut rang ne se déplaceront pas, mais – pire encore –, le matériel d'exposition traditionnellement envoyé par les militaires américains sera constitué cette année d'éléments provenant directement du théâtre irakien, «encore couverts de la poussière du désert», selon les mots d'un dignitaire du Pentagone. Sera ainsi exposée devant les caméras la cause de la froideur américaine envers notre pays. Cette mésentente officielle trouve un écho dans l'attitude des industriels américains de l'aéronautique et du spatial. Si leur niveau de participation est comparable à celui des autres années, leur intérêt pour les contacts transatlantiques devrait être plus faible. L'Administration Bush prévoit un budget de défense de 380 milliards de dollars en 2004, soit 15 milliards de plus qu'en 2003. Avec les commandes de matériel que permet ce budget record, la prospection commerciale à l'étranger n'est plus la priorité et les programmes de coopération internationale deviennent un objectif très secondaire pour les firmes américaines. Du côté européen, les industriels sont conscients de cette situation et attendent sans doute peu des contacts transatlantiques de la semaine à venir. Pour autant, leur position à l'été 2003 n'est pas mauvaise. Malgré un marché difficile, bon nombre de programmes progressent dans les secteurs civils et militaires. La position des industriels européens sort renforcée. Qui plus est, le repli sur le marché domestique des concurrents américains pourrait ouvrir des opportunités commerciales inattendues aux Européens sur les marchés mondiaux. Il serait pourtant dangereux de laisser s'imposer, dans le sillage de la mésentente politique franco-américaine, un désintérêt des industriels pour les relations commerciales transatlantiques. Au contraire, certaines entreprises européennes bénéficieront de la croissance du marché américain. Un grand volume de composants aéronautiques est issu d'échanges transatlantiques. Les sous-traitants européens de Boeing devraient voir leurs carnets de commande se remplir au rythme du budget de défense américain. Surtout, la plus grande partie des éléments d'avion ou d'engins spatiaux fabriqués en Europe doit obtenir une licence d'exportation pour entrer aux Etats-Unis. Il faudra donc s'efforcer de renouer avec le Pentagone, qui a son mot à dire dans l'octroi de ces autorisations. Le Salon du Bourget, dans sa difficile édition 2003, est une occasion pour les industriels européens de mettre l'Irak derrière eux et de convaincre les Américains de leur crédibilité en tant que partenaires industriels.
Laurence Nardon, Le Figaro, 14 juin 2003.