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17/12/2003
 Laurence Nardon, Les Echos, 17 décembre 2003. La communauté spatiale américaine bruisse de rumeurs à la veille de l'annonce par le président Bush d'une nouvelle "politique spatiale nationale"... |
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La communauté spatiale américaine bruit de rumeurs à la veille de l'annonce par le président Bush d'une nouvelle « politique spatiale nationale » des États-Unis. Moins d'un an après l'accident de la navette Columbia, il est vrai que la Nasa attend avec impatience de se voir redonner une mission exaltante pour les trente prochaines années. Elle risque d'être déçue. On annonce principalement le « retour à la Lune » et l'élaboration de projets de recherches communs à la Nasa et au Pentagone. L'objectif serait de maintenir en condition un corps d'astronautes, en prévision de missions d'exploration plus ambitieuses lancées dans plusieurs décennies. Celles-ci emploieraient des systèmes de propulsion nucléaire actuellement à l'étude. Mais, pour l'instant, le recours à un avion spatial orbital du type des capsules employées dans les années 60 et l'établissement d'une base lunaire semblent bien dépourvus d'intérêt. La vérité est ailleurs. Lancés pour des raisons de propagande dans le contexte Est-Ouest de l'après-guerre, les programmes d'astronautes sont devenus un « patrimoine culturel » des Etats-Unis, qui ne peuvent se résoudre à les interrompre. Le fait que les Chinois aient récemment envoyé leur homme dans l'espace rend un retrait américain encore plus inacceptable. Il faut aussi compter avec la force d'inertie de la Nasa, devenue une grande machine incapable de se réformer. Le Congrès, qui maintient chaque année des programmes inutiles pour des raisons de politique locale, exerce de son côté un pouvoir de nuisance non négligeable. Enfin, il est quasi impossible de toucher aux intérêts de l'immense base industrielle aéronautique. Parallèlement, la volonté des Américains de creuser sans cesse l'écart dans les technologies militaires avec le reste du monde les amène à poursuivre les travaux de recherche sur les armes spatiales. Cependant, leur faisabilité technique reste problématique à ce stade, et leur justification en termes militaires sujette à débat. Les contraintes d'avance militaire et de maintien du vol habité empêchent le programme spatial américain de se redéfinir de façon originale. Cette circonstance met en relief les fondements très différents du programme spatial européen. En effet, si l'Europe n'a pas les mêmes budgets que les États-Unis, elle ne se donne pas non plus les mêmes obligations. Rejetant le piège de l'espace prestige et la course aux armements dans l'espace, elle a su depuis les origines se donner des objectifs plus terre-à-terre, développant les moyens de son indépendance dans les applications les plus utiles, et peut-être un jour les plus rentables. Ne s'engageant pas dans des programmes d'accès de l'homme à l'espace, l'Europe a mis au point la fusée Ariane, qui détient la plus grande part du marché mondial des lancements commerciaux. Son industrie satellitaire est de premier rang. Au grand dam des Américains, elle entame aujourd'hui le programme Galileo de navigation et de positionnement. Ces initiatives se sont accompagnées du regroupement des entreprises aérospatiales des différents pays. On assiste chez EADS ou Alcatel à la naissance d'une véritable culture d'entreprise européenne. Cela laisse espérer une grande efficacité de notre base industrielle dans l'avenir. Ce n'est pas tout. L'Union européenne a entamé il y a quelques années une montée en puissance de ses compétences dans le domaine spatial. La Commission acquiert un rôle décisionnel, qui reste pour l'instant partagé avec l'Esa (Agence spatiale européenne). Elle devrait devenir, à terme, l'instance principale de décision politique en matière spatiale, laissant à l'Esa un rôle technique. Quarante ans après ses débuts, l'Europe spatiale se donne de nouvelles structures de décision, qui disposeront d'une visibilité politique, d'une motivation et de possibilités budgétaires nettement plus importantes. Si l'espace est par excellence le lieu de l'innovation, alors son avenir est en Europe .
Laurence Nardon, Les Echos, 17 décembre 2003