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Les relations franco-allemandes et l'avenir de l'Union européenne
23/10/2001

Conférence de Klaus Kinkel, ancien ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne, membre du Bundestag.
Une manifestation Cerfa
Résumé

Il y a 50 ans, la France et l'Allemagne sont devenues des partenaires essentiels en Europe. A cette époque là, Robert Schuman, Jean Monnet et Konrad Adenauer ont su tirer la leçon d’une guerre épouvantable et ont fondé la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) comme garantie pour la paix en Europe. Depuis, la France et l'Allemagne jouent le rôle de moteur de l'intégration européenne. Les deux pays ne sont pas les seuls à souhaiter un tel partenariat, les autres membres de l’Union européenne l’apprécient également.
Ce partenariat repose sur des relations bilatérales très développées. Outre le fait que, sur le plan économique, elles sont de loin les partenaires commerciaux les plus importants en Europe, qu’elles entretiennent de nombreux liens humains (jumelages, échanges), la France et l’Allemagne sont sans doute les pays européens les plus étroitement liés politiquement, plus encore depuis qu’a été lancé le processus de Blaesheim.

Aujourd’hui, le moteur franco-allemand tourne plus lentement qu’auparavant. Quatre difficultés caractérisent actuellement la relation franco-allemande :

1. La relation entre les deux pays est marquée par la défiance. Depuis la réunification, la France redoute l’importance croissante de son grand voisin en Europe. L'Allemagne n'est plus seulement un géant économique, mais elle brigue aussi le poste de première puissance politique en Europe. L'influence de la France sur la politique internationale ne repose plus que sur son statut de puissance nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
Cette méfiance découle de rapports différents à l'histoire : au regard des Français, dont la politique prend toujours en compte l'histoire, la politique allemande manque de conscience historique. Ce qu’ils redoutent avant tout, c’est une émancipation présumée de l’Allemagne vis-à-vis de l'histoire. Mais cette impression est au moins partiellement trompeuse, car dans toutes ses actions, surtout celles en direction de ses voisins les plus proches, l'Allemagne affirme une volonté de « jamais plus ».
En conséquence, elle pratique une politique de retenue qui l’incite à se « cacher » derrière la France, comme ce fut le cas pour les sanctions contre l'Autriche, où l'Allemagne a suivi aveuglement une politique qui devait mener à une impasse. En fait, plutôt que de se caractériser par des initiatives originales, la politique allemande actuelle se concentre sur Paris.

2. La France semble manquer d’intérêt pour la poursuite de l'intégration européenne. La présidence européenne de la France au deuxième semestre 2000 a déçu. Au sommet de Nice, elle a lutté pour ses intérêts nationaux et n'a guère pris ses responsabilités vis-à-vis de l'Europe. Au sommet de Stockholm, l'Allemagne et la France ont bloqué, à la demande de la France, la libéralisation du marché de l'énergie, faisant du tort au processus d'intégration. La France a également refusé de profiter de l'élargissement à l’Est pour réformer la Politique agricole commune (PAC). Ainsi, 50% du budget européen sont toujours consacrés à l'agriculture, contre 3% à la recherche.

3. On recherche en vain des initiatives franco-allemandes dans le domaine européen ou international. Après le 11 septembre, la lutte contre le terrorisme est devenu un objectif central. Mais ni dans le cadre de la solidarité avec les Etats-Unis, ni dans celui de la lutte contre la pauvreté comme première cause du terrorisme, ni dans un engagement pour la paix au Proche-Orient, la France et l'Allemagne ne se sont associées.
Il est maintenant temps de s'engager pour la paix dans cette région. Certes, les positions de la France et de l'Allemagne sont sur ce point différentes, conditionnées par leur histoire. L'Allemagne n'ose que très prudemment critiquer Israël alors que la France se sent plutôt liée aux pays arabes. Mais l’entente est possible. A titre d’exemple, bien que les deux pays aient eu des vues divergentes lors du conflit dans les Balkans, ils ont pu trouver une politique commune. Même s’il est très peu probable que l'UE développe une organisation militaire équivalente à l'OTAN – en réduisant constamment son budget militaire, l’Allemagne porte d’ailleurs une lourde responsabilité dans le manque de moyens d’une potentielle armée européenne -, elle doit pouvoir développer une Politique de défense et de sécurité commune (PESC) dont la France et l’Allemagne prendraient le commandement.
De la même manière, la France et l’Allemagne n’ont pas traité ensemble de leurs affaires intérieures, alors qu’elles auraient pu notamment s'engager pour davantage de tolérance envers l'Islam après le 11 septembre et coordonner la politique de sécurité ainsi que la surveillance des frontières européennes.
De façon générale, on constate un manque d’initiatives communes pour les questions européennes. A l’occasion de l'introduction de l'Euro, chaque pays a mené sa propre campagne pour préparer les citoyens. Pour l'élargissement de l'UE à l’Est, la France et l'Allemagne ne se sont pas engagées pour surmonter les questions difficiles et accélérer l'agenda ; en conséquence, la très longue attente a découragé les candidats à l'adhésion. Enfin, alors que l'élargissement de l'OTAN aux pays Baltes et à la Russie est déjà débattu aux Etats-Unis, la France et l'Allemagne n'ont pas lancé de débat sur la question pour trouver une position européenne.

4. Il manque de la chaleur et de l'enthousiasme dans les relations franco-allemandes : la relation entre Chirac et Schröder est moins conviviale qu'entre Mitterrand et Kohl. Il serait important que les deux hommes redonnent du dynamisme à l'amitié franco-allemande car à lui seul, le processus de Blaesheim ne suffit pas. Ce qui compte, c’est de présenter des résultats visibles, de mener à bien quelques projets et d’opter nettement pour la position de leaders, qui devrait être la leur en Europe.

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