Bien que leurs intérêts nationaux, leur perception des problèmes et leur mode de fonctionnement continuent à être souvent différents, la France et l’Allemagne ont renoué avec un dynamisme qui devrait se poursuivre à l’avenir. Aujourd'hui, après des années d’immobilisme, la solidarité franco-allemande va de soi sur le plan institutionnel, comme le montrent la relance des relations bilatérales, le papier commun proposé à la Convention et la proposition franco-allemande concernant la crise irakienne.
Cependant, la dynamique franco-allemande est loin de garantir une relance durable pour l’Europe, la principale difficulté étant que les Européens ne savent pas quelle Europe ils souhaitent développer (projet de société, frontières, diplomatie, etc.). Pour y remédier, il est indispensable qu’ait lieu un grand débat qui prolongerait la discussion amorcée par la Convention et auquel participeraient les citoyens en Europe. Il est également nécessaire de développer les liens entre les sociétés civiles et les institutions des différents pays d’Europe. Organiser davantage d'échanges au quotidien (entre comités d’entreprise, hôpitaux, etc.), favoriser l’apprentissage des langues étrangères, mais aussi créer une chaîne publique européenne destinée au grand public favoriseraient dans ce sens une meilleure connaissance de l’autre.
En outre, l’Europe doit faire un effort pour définir son identité dans le domaine de la politique étrangère et de la diplomatie. Les Etats européens devront rapidement tirer les conséquences de la crise actuelle de leur diplomatie et cesser de se comporter comme des vieilles puissances souveraines ; à moyen ou long terme, ils devront s’unifier pour faire de l’Europe un acteur international crédible. Cela implique qu’ils développent une stratégie commune vis-à-vis du Proche Orient, des Etats-Unis et de la Russie – ce qui n’est même pas le cas aujourd'hui pour la France et l’Allemagne. Cela implique aussi qu’ils se dotent des moyens militaires adéquats pour intervenir et gérer les crises régionales, en particulier grâce à une politique de l’armement supranationale.
Dans cette perspective, il est important qu’existe dans l’Union une avant-garde de pays capables d’avancer sur la voie de l’Europe politique. Il ne s'agit pas à proprement parler de créer un directoire, mais de parvenir à concrétiser les coopérations renforcées, à leur fournir une structure formelle et également à définir les relations entre le premier et le second groupe de pays. Si le couple franco-allemand reste dans ce contexte plus nécessaire que jamais, il ne doit en aucun cas être exclusif, mais au contraire se montrer ouvert aux autres pays qui souhaitent aller vers une intégration approfondie.