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| Islam, migrations et identité européenne : une perspective franco-allemande |
 | 22/05/2003
 Petit-déjeuner débat autour de Valérie Amiraux, chargée de recherche au CNRS, spécialiste de l'islam en Europe, en particulier des questions de discrimination religieuse et d'institutionnalisation du culte musulman, et Bassam Tibi, professeur de relations internationales à l'université de Göttingen et spécialiste de l'islam | Une manifestation Cerfa |
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Lors du petit déjeuner débat du Cerfa, il est apparu qu’il existe des défis similaires en Europe vis-à-vis de la religion musulmane, mais que la réponse qui y est apportée est surtout nationale, la réponse européenne n’étant que marginale. Des exigences similaires de l'islam envers l’identité européenne Pour commencer, Basam Tibi s’est consacré à l’étude du lien entre, d’une part l’identité européenne, mise au défi par la migration musulmane, et d’autre part l’islam. Dans cette perspective, il a affirmé la nécessité de réformer l’islam traditionnel, et a avancé pour cela les notions d’Euro-Islam et de culture de référence (voir ci-dessous pour les définitions). Ses conceptions sont essentiellement caractérisées par l’exigence de pluralisme, de protection des droits de l’homme, de respect de l’individu et de la société civile. Il a conclu sa réflexion en soulignant les éléments suivants : il a d’abord préconisé de faire la distinction entre islam et islamisme, car la menace vient seulement des intégristes ; il a ensuite indiqué que c’est à l’Europe de soutenir les mouvements laïques par des mesures éducatives, pour finalement réconcilier l’islam avec l’Europe. Valérie Amiraux a quant à elle montré qu’au niveau européen, c’est surtout dans deux domaines que l’islam pose un défi. D’après elle, il s’agit d’une part de la discrimination en raison de l’appartenance religieuse, d’autre part de la question de l’identité européenne, suscitée par la candidature de la Turquie à l’Union Européenne. Les enjeux pour l’espace public national sont partout les mêmes en Europe : le port du foulard, la représentation de l’islam dans la sphère publique, la constructions des lieux de culte, la formation des imams et la création de carrés musulmans dans les cimetières. Pour finir, elle a remarqué que le 11 septembre 2001 avait provoqué un changement de perspective vis-à-vis de la communauté musulmane. …mais des perceptions et des pratiques différentes au niveau national Les demandes de l’islam concernant la pratique religieuse apparaissent principalement dans un contexte national. Sur ce point, les deux intervenants ont insisté sur la nécessité de différencier dans le débat public la pratique et la croyance religieuses. Dans ce contexte, Basam Tibi a avancé que, parce qu’elle n’a pas eu de politique de l’immigration pendant une période trop longue, l’Allemagne a échoué à intégrer les migrants musulmans. Selon lui, la France a en revanche mieux maîtrisé la situation grâce à sa conception particulière du citoyen. Ainsi, il s’est opposé à une politique de laisser-faire en matière d’intégration. Dans sa conclusion, il a rappelé que l’Etat n’est pas neutre dans sa vision du monde, et en a appelé dans le contexte allemand à la culture de référence, à laquelle l’ensemble de la population doit selon lui se montrer fidèle. Avec l’exemple de la laïcité, Valérie Amiraux a mis en évidence les différentes perceptions nationales du traitement du religieux. Dans le cadre de l’élargissement, l’Etat turc présente la laïcité comme un contrôle du religieux par les pouvoirs publics. Pour la France par contre, ce principe consiste à établir une séparation entre l’Etat et toute forme de religion. L’Allemagne représente selon elle un modèle concordataire, qui consiste en un enchevêtrement entre Etat et religieux. Cela apparaît notamment dans les relations contradictoires que les autorités publiques allemandes entretiennent avec Mili Görüs : bien que cette organisation politique turque en Allemagne soit considérée comme une menace par les forces de sécurité fédérales, certaines administrations régionales (notamment Berlin) travaillent en coopération avec elle. Pour conclure, on constate que la présence de l’islam et la question des migrations en Europe défient particulièrement les Etats, notamment parce que les représentants musulmans demandent un traitement égalitaire en termes de pratiques religieuses. Pourtant, il semble difficile d’aboutir à une perspective franco-allemande commune. Il reste à examiner quelle valeur aura cette problématique dans une future Constitution européenne, et en particulier à voir si on saura briser le silence et la confusion qui règnent sur ces questions en Europe.  |  | | Pour une culture de référence (B. Tibi) |  |  |
Dans son livre L’Europe sans identité ?, publié en Allemagne en 1998, Bassam Tibi propose une analyse de l’intégration des musulmans immigrés en Europe. Il compare différentes stratégies politiques, appliquées dans différents pays, et s’inquiète en particulier du manque d’intégration des musulmans en Allemagne, qu’il souligne à maintes reprises. Lui-même émigré syrien, il s’engage en faveur d’une Europe ouverte au et sur le monde. Sans prendre position au plan politique, il s’oppose fermement au concept de multiculturalisme concernant la question de l’intégration. Tibi considère le multiculturalisme comme exagérément tolérant. D’après ce concept, toutes les valeurs sont égales, et par conséquent elles sont aussi relatives et ne sont pas obligatoires. En découle le communautarisme, la vie parallèle de communautés ethniques différentes, qui ne partagent plus un fondement de valeurs communes et perdent ainsi le sens de l’affinité et de la solidarité. Ainsi risque-t-il d’en aller notamment des pays qui sont ouverts ou qui s’ouvriront à l’immigration, même si ce n’est que pour stabiliser leur équilibre démographique. Ne pouvant obtenir leur identité ni par l’héritage ni par l’histoire, ils devront insister sur la reconnaissance et l’affirmation de valeurs fondamentales communes. Si ce fondement pour une identité commune fait défaut, on peut craindre une ghettoïsation ethnique, voire une balkanisation de la communauté et un grand potentiel de conflit. Bassam Tibi n’a cependant pas l’intention de mettre en question la diversité culturelle ; il exige plutôt des immigrés de se conformer à certaines valeurs fondamentales comme le font les Européens. Ces valeurs sont les suivantes : le primat de la raison sur la révélation religieuse, c’est à dire sur l’autorité de vérités religieuses absolues; les droits de l’homme individuels (et donc pas de droits de groupe); la reconnaissance de la démocratie séculaire, qui repose sur la séparation de la religion et de la politique; le pluralisme et la tolérance Tibi ne propose pas une institution qui doit contrôler l’adoption de ces valeurs. Il demande plutôt que des infractions contre ces valeurs ne puissent être acceptées ou tolérées par la société. Il affirme qu’il faut surtout dialoguer avec les porte-parole des organisations musulmanes. Il est nécessaire selon lui de mener un dialogue qui n’exclut pas le conflit et qui n’excuse plus le non-respect de ces valeurs par le particularisme d’autres cultures. Par exemple, la punition physique des enfants doit être aussi bien critiquée lorsqu’elle est proférée par des étrangers que lorsqu’elle l’est par des Européens. Le principe de tolérance sur lequel repose la démocratie ne doit pas être appliqué à des situations qui elles-mêmes ignorent la démocratie. Tibi distingue explicitement différentes catégories de musulmans. La plupart des musulmans européens n’appliquent pas de commandements religieux à la place des règles et des lois de la société. Selon Tibi, ce sont surtout les islamistes, les adhérents d’un islam politique et fondamentaliste, qui représentent un danger pour les sociétés européennes. L’affirmation des valeurs fondamentales citées par Tibi correspond au patriotisme constitutionnel : il faut cesser d’accepter n’importe quelles valeurs et au contraire revendiquer une « culture de référence». Cette culture de référence n’est pas allemande, mais s’applique à toute l’Europe. L’islam qui respecte ces valeurs, Tibi l’appelle « Euro-Islam ». En revanche, la formation d’une culture de référence concerne tout particulièrement l’Allemagne, car celle-ci peine à affirmer son identité. En comparaison, la France, qui assume davantage son identité, réagit de façon beaucoup plus déterminée lorsque celle-ci est mise en question. |
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Les relations franco-allemandes dans le secteur de l'Energie Dans le cadre de l'Ifri Energy Breakfast Roundtable, un séminaire avec Hinrich Thoelken, conseiller économique à l'Ambassade d'Allemagne, Christophe Schramm, Bureau des Energies renouvelables, Ministère de l'Ecologie et du Développement durable, Jan Horst Keppler, professeur en sciences économiques, Université Paris-Dauphine et chercheur associé au Programme Energie de l'Ifri, Kristina Notz, chercheur au Center for Applied Policy Research (CAP), Munich - 18/12/2008
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Le Traité de Lisbonne et ses aléas : quels fondements pour l'Union européenne ?
Dans le cadre du projet de recherche commun du ZEI et de l'Ifri « La France et l'Allemagne face aux crises européennes », une première conférence aura lieu le 25 et le 26 septembre à Bonn à propos des conditions cadres de toute future action franco-allemande sur le plan européen. La conférence concernant « Le Traité de Lisbonne dans la discussion : Quels fondements pour l'Europe ? » se consacrera tout d'abord à l'analyse et à l'interprétation du traité signé par les États membres de l'UE décembre dernier, étant donné que ce traité sera la base politique et la mesure centrale pour juger le développement de l'Union européenne, indépendamment de l'issue du processus de ratification. Programme - 25/09/2008
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Pour en savoir plus :

Présentation de la nouvelle loi allemande sur l’immigration (en allemand) La loi allemande sur l’immigration et sa philosophie (en allemand) Le débat allemand autour de la loi sur l’immigration (en allemand)
Lectures conseillées :
Valérie Amiraux, Acteurs de l'islam entre Allemagne et Turquie, L'Harmattan, 2001.
Bassam Tibi, "L'Islam en France est-il toujours un modèle pour l'Europe? Entre l'euro-islam laïc et l'islamisme totalitaire du djihad." Texte intégral en ligne Bassam Tibi, Les conditions d'un Euro-Islam, in R. Bistolfi et F. Zabbal (dir.), L'Islam d'Europe, Editions de l'Aube, 1995.
Bassam Tibi, Islamische Zuwanderung. Die gescheiterte Integration (L'immigration islamique. L'échec de l'intégration), DVA, 2002.
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