Après des décennies de division et de conflit, l'élargissement de l'Union européenne apparaît comme une chance historique d’unifier l'Europe dans la paix. Il s’agit d’un devoir moral envers les peuples d'Europe centrale et orientale, qui ont conquis leur liberté de haute lutte et qui souhaitent aujourd’hui participer au processus d’intégration européenne. Mais la dimension stratégique, politique et économique est tout aussi importante. Comme les précédents, cet élargissement ajoutera à la cohésion et à la puissance de l'Union ; en consolidant son rôle comme acteur mondial, il renforcera également son influence sur la scène internationale.
Il s’agit de l’élargissement le mieux préparé de l’histoire de l’UE. En 2001, 69% des citoyens des pays candidats se sont prononcés en faveur de l’adhésion de leur pays. Grâce au processus d’élargissement, les futurs membres ont transformé efficacement leurs structures politiques et économiques ; ils se caractérisent aujourd’hui par des institutions stables et garantes de la démocratie, un Etat de droit, le respect des droits de l’homme et la protection des minorités, une économie de marché en bon état de marche et la capacité à assumer les obligations découlant du statut d’Etat membre. Aucune autre organisation dans le monde n’a atteint de tels résultats.
Le 9 octobre 2002, la Commission européenne a recommandé de terminer fin 2002 les négociations d'adhésion avec la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la République slovaque, la Slovénie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, Chypre et Malte. Les Etats membres et chacun des pays candidats signeront le traité d'adhésion à Athènes le 16 avril 2003. Reconnaissant les efforts réalisés par la Roumanie et la Bulgarie pour satisfaire aux critères d’adhésion de l’UE, le Conseil européen a décidé que ces deux pays rejoindraient l’Union en 2007. Cette adhésion est importante pour garantir la stabilité dans les Balkans.
Quant à la Turquie, le conseil européen de Copenhague a réaffirmé qu’elle était un candidat appelé à rejoindre l'Union, et qu’elle serait évaluée à partir des critères qui s’appliquent déjà aux autres pays candidats. Avec le changement du gouvernement en Turquie, le dialogue avec la Commission s’est amélioré. Il reste néanmoins des points critiques, concernant notamment les droits de l’homme, la liberté religieuse ou le statut de Chypre. La Commission européenne soumettra au conseil européen de décembre 2004 un rapport concernant les progrès de la Turquie sur la voie de l’adhésion. Si le conseil européen considère qu’elle remplit les critères de Copenhague, il annoncera l’ouverture des négociations d’adhésion en 2005.
Elargi à des pays situés entre la mer baltique et la mer noire, l'espace européen sera inévitablement soumis à de nouveaux défis. La question est notamment de savoir s’il est possible de développer une politique étrangère commune à 25. Se sentant très proches des Etats-Unis, une majorité des pays membres n’établissent pas de priorité entre l’accès à l’OTAN et l’accès à l'UE. Dans les semaines précédentes, on a vu que cela pouvait constituer un obstacle à une politique étrangère commune. Mais aussi qu’à eux seuls, les quinze sont déjà incapables d’élaborer une politique étrangère commune. Des initiatives, telle que la cour pénale internationale, ont pourtant montré que des lignes communes existent ou peuvent être définies. Pour gérer le conflit actuel entre l’UE et les Etats-Unis, mais aussi entre les Européens, il est en tout cas indispensable d’établir préalablement un étroit partenariat avec les États-Unis.
Pour pouvoir être bénéfique, l’élargissement nécessite également une Union plus efficace. Il est notamment indispensable que la Politique agricole commune (PAC) soit reformée, que les fonds structurels régionaux soient utilisés de façon plus ciblée, que les institutions soient reformées et que la protection des frontières soit organisée plus efficacement. Sur ce point, le moteur franco-allemand joue un rôle important et doit être encore renforcé de façon à surmonter les différences entre les deux pays. Il faudrait que la France et l’Allemagne parviennent à développer une politique commune concernant la sécurité, le budget, la fiscalité et l’économie. Dans un avenir plus ou moins proche, il serait également souhaitable qu’elles créent une armée et des ambassades communes et qu’elles harmonisent leurs systèmes économiques et sociaux.
Une fois que sera consolidée la transition politique et économique en Europe centrale et orientale, on peut en tout cas imaginer que l’Union s’étendra à un groupe de pays de plus en plus large. En renforçant la stabilité et la prospérité de ces pays, l’UE profitera elle-même de la dynamique de paix et d’aisance ainsi créée dans ce vaste ensemble. Quant aux nouveaux voisins de l’Union, la Commission souhaite à l’avenir développer avec eux des stratégies de partenariat précises. Le cadre de cette coopération reste ouvert ; mais il est probable qu’il dépassera les simples échanges économiques et inclura de nombreux autres domaines, tels que l’environnement, le développement et les migrations.