 |
29/04/2004
 Conférence avec Jean Bauberot, directeur d'études, Ecole pratique des hautes études et Franck Frégosi, chargé de recherche, CNRS, Université Robert Schuman, Strasbourg |
Au début des années 1980, la société française découvre l’existence de salles de prières musulmanes dans les usines françaises, au moment notamment des conflits sociaux dans le secteur de l’automobile. A la fin des années 1980, la "réinvention" des sources républicaines, particulièrement à l'occasion des réformes du droit de la nationalité française entre 1986 et 1993, ne fait pas l’économie de la question de la place de l’islam en France d'après la décolonisation. C’est dans le contexte du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, que débute la polémique sur le hidjab à l’école. Elle se conclura provisoirement par un avis du Conseil d’Etat en 1989, suivi des directives Jospin (1989) et Bayrou (1993).
Au début des années 2000, l’islam, deuxième religion de France, est sorti de la clandestinité sociale. Les négociations sur l’organisation du culte musulman, enclenchées en 1989, ont par ailleurs abouti à la création du Conseil Français du Culte Musulman en décembre 2002. Pour autant, l’islam demeure l’objet de débats sur l’importance des principes républicains au cœur de l’identité nationale française. Immigration, identité nationale, diversité ethnique et culturelle, perspective sécuritaire du contrôle des flux migratoires ou "guerre contre le terrorisme" : l’islam participe de nombreux amalgames dans les débats publics.
C’est dans ce contexte que s’est inscrit le récent débat sur la laïcité en France, après les élections législatives et présidentielles de 2002.
Comme pour la nationalité quinze ans plus tôt, le débat s’est concentré sur l’identité de la République et ses valeurs. De la même manière, une commission a été installée par le Président de la République, avec pour objectif de remettre des propositions sur "l’application du principe de laïcité dans la République". La Commission Stasi - du nom de son président - a remis son rapport le 11 décembre 2003. Parmi les propositions de la Commission, seule a été retenue l’interdiction des signes ostensibles religieux dans les écoles, collèges et lycées. La loi a été votée dans la foulée, à une large majorité, le 10 février 2004.
Comment comprendre les débats sur la laïcité en France aujourd'hui, le rôle de la Commission Stasi ainsi que la loi de février 2004 ? S’agit-il du prolongement d’un débat sur la place de l’islam en France ? S’agit-il, plutôt, d’un nouveau moment de réinvention du "pacte laïque" ? Comment, surtout, articuler la nouvelle loi française avec le contexte européen de la diversité religieuse et culturelle ?
La conférence : "Laïcité en question ?" aborde ces questions, dans une perspective comparative, avec Jean Baubérot, ancien membre de la Commission Stasi et directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études. Franck Frégosi, spécialiste de l’islam et chargé de recherche au CNRS (laboratoire " Société, droit et religion en Europe " de l’Université Robert Schuman à Strasbourg) qui en est le discutant.