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01/04/2004
 Conférence avec Alain Chouet, ancien chef d'études au ministère de la Défense, auteur de : Violence islamiste et réseaux du terrorisme international, Politique étrangère, 3-4, 2003, Christian Jacquier, responsable de l'unité Criminalité financière, Europol, La Haye , Aboubakr Jamaï, directeur de : Le Journal Hebdomadaire, Casablanca, Richard Labévière, rédacteur en chef du Service international, Radio France Internationale, auteur de : Les coulisses de la terreur, Grasset, 2003. |
Résumé de la conférence
L’objectif de la conférence du 1er avril sur " Le terrorisme après le 11 mars 2004 " était d’apporter des éclairages complémentaires sur des dangers de long terme aux formes changeantes : World Trade Center, attentats dans divers pays musulmans, Gare d’Atocha…
Richard Labévière, rédacteur en chef du service international de Radio France internationale, auteur, entre autres ouvrages de : Les coulisses de la terreur (Paris, Grasset, 2003), a tenté de spécifier plusieurs éléments susceptibles de rendre compte de la genèse des manifestations terroristes récentes : guerres du Golfe, affaire Somalie, évolutions du Pakistan, pourrissement des conflits au Proche-Orient, plus largement aggravation des déséquilibres de développement. Dans cette genèse, le 11 septembre apparaît aussi comme l’effet d’optique qui impose médiatiquement l’image d’Al Qaeda, alors que cette dernière se dissout sans doute à ce moment dans une sorte de " franchise " générale, couvrant des phénomènes nouveaux. Phénomènes qui renvoient majoritairement aux problèmes posés dans trois espaces : le chaudron afghano-pakistanais, l’Asie du Sud et des archipels, et l’espace qui va de Casablanca à Istambul en passant par Ryad. Le 11 mars marque peut-être l’avènement, dans un mouvement général d’une nouvelle génération du terrorisme, au moment même où le pourrissement de la situation irakienne fournit à ce dernier une nouvelle raison d’être.
Aboubakr Jamaï, directeur du Journal hebdomadaire de Casablanca, souligne que nous sommes effectivement en présence d’un phénomène de " franchise " : Al Qaeda constituant une image, revendiquée pour couvrir de multiples phénomènes locaux ou régionaux. Plus spécifiquement, il souligne la place particulière qu’occupe le Maroc dans les actuels développements terroristes – une place produite en partie par une politique traditionnelle d’instrumentalisation de la religion pour combattre les tendances politiques " progressistes " - : l’opinion publique marocaine est aujourd’hui massivement anti-occidentale, anti-juive, anti-chrétienne (Oussama Ben Laden étant un des personnages les plus populaires des sondages, juste derrière Jacques Chirac…). Une question capitale demeure posée, celle des modes d’intégration dans l’espace public, politique, des discours islamistes : dans la pratique officielle du régime, ou dans le débat politique lui-même. N’oublions pas non plus dans l’analyse la liaison du terrorisme avec d’autres phénomènes souterrains, tel le trafic de drogue, qui lui procure indéniablement une partie de son financement.
Christian Jacquier, responsable de l’unité Criminalité financière d’Europol (La Haye) a exposé les principales méthodes dont dispose Europol (450 personnes) pour aider à prévenir et réprimer la criminalité organisée : pour l’essentiel par la facilitation des échanges d’informations, et la coordination des enquêtes. Après le 11septembre, une task force sur le terrorisme a été mise sur pied. En matière financière, Europol développe une base de données sur les transactions suspectes, peut procéder à la saisie de certains avoirs, et fonctionne en collaboration avec le secteur privé, sans qui les informations sur un espace où s’effectuent 3000 transferts financiers par seconde ne peuvent évidemment être réunies. Un état permanent de la menace dans ses domaines de compétence est tenu par Europol, qui résulte essentiellement d’une compilation des informations transmises par les divers services de police. Il faut d’ailleurs relever que les services de police d’une part, et les services de renseignement de l’autre, ne font pas le même métier, n’interviennent pas forcément sur les mêmes menaces, ou au même moment de développement de ces menaces.
Pour Alain Chouet, ancien chef du service du renseignement de sécurité à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), la lutte contre le terrorisme doit, comme ce terrorisme lui-même sous ses formes diverses, s’inscrire dans le temps long : c’est d’ailleurs là la spécificité de l’action de renseignement par rapport à l’action des forces de police, qui prennent plus en charge les événements dans leur immédiateté. Il faut donc sans doute valoriser l’action de renseignement en ce qu’elle appréhende des continuités. Les divers services de renseignement ont pourtant fait preuve d’une large ignorance des schémas culturels arabes et islamiques : ils n’ont ainsi que mal repéré la situation centrale de la mouvance des Frères musulmans, valorisant l’écran d’Al Qaeda - et fournissant ainsi un succès tactique aux " Frères ", qui ont pu se camoufler derrière l’image médiatique, et échapper largement à la mise en cause. Il faut arriver à une véritable compréhension idéologique de ces mouvements de manière à pouvoir agir à ce niveau ; il faut aussi agir au niveau du financement de ces structures. Et sans rêver à un regroupement des services de renseignement européens, qui relève pour l’heure du rêve compte tenu de l’avancée de la construction européenne et de la nature même de leur métier, des combinaisons, des regroupements d’expertises peuvent et doivent être imaginés.
Nota : L’interprétation des propos tenus est de la responsabilité de l’Ifri.