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Le triangle Washington - Paris - Berlin : leçons de la crise irakienne
07/10/2003

Séminaire franco-allemand sur l'avenir des relations transatlantiques, séminaire restreint (sur invitation)
Une manifestation Cerfa
Compte rendu du séminaire franco-allemand sur les relations transatlantiques

Le séminaire s’est ouvert par une interrogation sur les orientations unilatérales ou multilatérales de la politique étrangère américaine. Les intervenants se sont accordés sur le fait que les conséquences des attentats du 11 septembre 2001 ont été mal comprises et trop peu analysées en Europe. Cet événement a à la fois fortifié et fragilisé les États-Unis : ils se sentent confirmés dans leur sentiment d’être investis d’une mission universelle et sont exposés à la « tentation de l’unilatéralisme ». En même temps, ils ont pris conscience de la nécessité d’avoir des partenaires pour mener à bien une politique destinée à promouvoir le bien commun, et l’Europe a vocation à participer à des actions multilatérales menées sous l’égide des Etats-Unis. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le gouvernement américain est disposé à tenir compte des avis de ses partenaires et s’il accepte d’inscrire sa politique dans le cadre d’organisations multilatérales. Le fait est que les Etats-Unis n’ont pas de révérence particulière pour les Nations Unies alors que la plupart des pays européens les considèrent comme un cadre de référence et un moyen de légitimer une action collective en vue du maintien et du rétablissement de la paix. En revanche, l’OTAN jouit d’une plus grande faveur à Washington dans la mesure où les Etats membres partagent des valeurs communes. Sur la question de l’attitude américaine face à l’unification européenne, les avis divergeaient : les uns estimaient que les États-Unis étaient systématiquement hostiles à l’idée d’une Europe unifiée car ils craignaient l’émergence d’un acteur qui leur tiendrait tête, tandis que les autres pensaient que Washington pourrait voir dans une Europe unifiée un partenaire puissant et sûr. La coopération franco-allemande a été évoquée à plusieurs reprises et en dépit des réserves exprimées par certains sur les effets négatifs de l’exaltation de cette « entente élémentaire » à l’occasion de la célébration du quarantième anniversaire du traité de l’Elysée, tous les intervenants ont insisté sur la nécessité de l’ouvrir aux autres pays membres de l’Union européenne.

La deuxième partie du séminaire portait sur l’examen des divergences transatlantiques en matière de politique commerciale et monétaire. Il y avait unanimité sur le fait que les États-Unis se désintéressent de plus en plus de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), notamment depuis la conférence de Cancun et privilégient le règlement des questions pendantes par le biais d’une coopération bilatérale. Toutefois, on a estimé qu’il y a peu de chances que les Etats-Unis se retirent de l’OMC ; ils tenteront plutôt de s’en servir à des fins tactiques pour faire prévaloir leurs intérêts dans certaines circonstances. Au cours de la discussion des opinions diverses ont été émises sur l’attitude que les pays européens devraient adopter en la matière : fallait-il prendre ses distances par rapport à l’OMC et emprunter d’autres voies pour réglementer les échanges commerciaux ou au contraire s’engager d’une manière plus nette dans le cadre de l’OMC afin de lui donner un nouvel élan ?

S’agissant des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Europe, les avis des participants étaient partagés : alors que certains percevaient un manque d’intérêt, voire une méfiance des États-Unis envers l’Europe, d’autres pensaient que l’attitude des États-Unis envers l’Europe évoluait en fonction des circonstances. Pour d’autres enfin, les divergences et les frictions entre ces deux entités ont toujours existé que ce soit au plan international ou transatlantique. Un intervenant a considéré que l’approche régionale ne devait pas être considérée comme l’expression d’une politique vouée à l’échec mais plutôt comme une étape sur la voie du multilatéralisme. La plupart des participants sont tombés d’accord sur le constat que la position des Etats-Unis dans le domaine économique était difficile à évaluer.

La troisième partie du séminaire était consacrée à un débat sur l’avenir de l’OTAN après la crise irakienne. Tous les intervenants ont relevé que l’OTAN n’occupe plus dans le système des institutions chargées de l’organisation de la sécurité la place éminente qui fut la sienne avant l’effondrement de l’ordre bipolaire. Depuis le début des années 1990 on s’interroge sur les causes, l’ampleur et les conséquences de la perte d’influence de l’OTAN et certains l’attribuent à la montée en puissance des Etats-Unis. En effet, ceux-ci ne souhaitent pas que leur liberté d’action soit bridée par l’intégration atlantique et, lorsqu’ils se heurtent à la résistance ou au mauvais vouloir de certains de leurs alliés, ils pratiquent la politique du divide ut impera pour faire prévaloir leurs vues. D’autres, au contraire, imputent à l’Europe la responsabilité principale de l’affaissement de l’OTAN dans la mesure où leur effort de défense est insuffisant. Par ailleurs, les Européens sont divisés entre eux, notamment sur la question des interventions préemptives. Enfin, certains ont reproché à la France de s’être opposée à l’élargissement de l’OTAN et d’avoir contribué ainsi à l’exacerbation des divisions au sein de l’alliance.

Des opinions différentes ont été exprimées sur les conséquences de l’affaiblissement de l’OTAN. Pour les uns, cette organisation conserve sa raison d’être afin d’éviter la re-nationalisation des politiques de défense, notamment dans les pays de l’Europe centrale et orientale. D’autres ont mis l’accent sur les perspectives ouvertes par la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) et la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et ont plaidé en faveur d’une Union européenne capable de s’affirmer comme une entité indépendante face aux Etats-Unis. Toutefois, la plupart des intervenants ont privilégié la coopération entre les Américains et les Européens en faisant valoir le caractère complémentaire de la PESD et de l’OTAN. A leurs yeux, le succès d’une telle entreprise est conditionné d’une part, par une attitude plus ouverte des Etats-Unis et la prise de conscience des limites de leur puissance et d’autre part, par une politique plus dynamique des Européens conformément aux orientations définies par Monsieur Solana en juin 2003 dans un document sur la stratégie de sécurité européenne. En définitive, l’OTAN n’est pas anachronique et elle peut encore servir si on parvient à redéfinir ses missions.
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Programme
- 25/09/2008

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Auteurs/intervenants :
Etienne de Durand
Hans Stark
Thèmes connexes :
Allemagne
États-Unis
France
Relations transatlantiques

 

 

 

G. Parmentier, H. Stark, K. Scharinger

 

 

 

J.M. Paugam, H. Haftendorn, J. v. Scherpenberg

 

 

 

 B. Tertrais, E. de Durand, P. Schmidt 


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