 | 22/11/2002
 Pascal Lorot (dir.) Paris, Ellipses, 2001, 496 p. Pierre Noël, Politique étrangère, 4/2002, rubrique "Lectures". | Prises pour elles-mêmes (indépendamment du tout dans lequel elles s’insèrent), les 300 notices qui composent ce dictionnaire sont de qualité inégale. On signalera deux ensembles tout à fait remarquables, qui justifient à eux seuls de consulter l’ouvrage: d’une part les notices rédigées par G. Caron de la Carrière, pour l’essentiel sur des sujets juridiques (mais pas toutes: voire par exemple la notice "Allemagne"): à la fois informatives et développant un réel point de vue personnel, elles seront très utiles, notamment aux étudiants; d’autre part, les notices dues à Ch. Morel, consacrées à de nombreux aspects de la finance contemporaine ("Agences de notation", "Action internationale", "Bulle spéculative", "Dollar", "Euromarchés", "Fed", "Junk bonds"…). Ces essais, rédigés par un praticien des marchés financiers, sont tout à fait remarquables de clarté, de précision et de rigueur. Mais on doit aussi signaler que tout, dans ce livre, n’est pas à la hauteur de l’ambition affichée en introduction par P. Lorot, à savoir de fournir des réponses "précises et détaillées" aux questions que se pose le lecteur, "dans un style volontairement didactique qui ne sacrifie en rien la rigueur universitaire". Cette inégalité est sans doute le lot de tout travail collectif; elle atteint toutefois ici un degré qui pèse sur l’appréciation générale de l’ouvrage. La mondialisation n’est pas un objet clairement identifié. Elle n’est pas non plus nettement circonscrite. Tout ouvrage sur la mondialisation comporte donc nécessairement –implicitement– un effort de définition et de "problématisation" du sujet. Un dictionnaire de la mondialisation n’échappe pas à cette contrainte et, pour cela, ne saurait ambitionner l’exhaustivité et la neutralité. Il suppose au contraire de sélectionner un nombre limité d’entrées, traitées selon une problématique, ou à tout le moins une méthodologie, particulière. Le travail "éditorial" de choix des sujets (notions, auteurs, pays, mécanismes…) devrait être fait dans une optique de définition du sujet, de construction d’une problématique, bref: d’élaboration d’un discours, d’un point de vue, sur la mondialisation. En parcourant l’ouvrage, on ne discerne pas un tel travail "en amont". On se demande ainsi quels critères ont présidé au choix des entrées (de "Accords de Marrakech" à "Zone franche", traités en quelques lignes ou en plusieurs pages). On se demande également, en lisant par exemple les notices consacrées à des pays ou des régions (le livre en comporte une dizaine), en quoi elles contribuent à éclairer le phénomène de la mondialisation, qui ne se réduit pas aux multiples objets participant, à un titre ou à un autre, d’une "réalité mondiale". Cette remarque vaut aussi pour bien certaines notices thématiques: un article sur les agences de notation financières ou sur l’Organisation mondiale du commerce ne trouve sa place dans un dictionnaire de la mondialisation que dans la mesure où l’objet y est étudié en référence à une conception de la mondialisation elle-même. Faute d’une telle démarche, on peut avoir l’impression, à la lecture de l’ouvrage, d’être face à une tentative (forcément décevante) d’élaboration d’un "dictionnaire du monde". |