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La lettre du Centre asie ifri n° 7
07/06/2006

Chine : l’autorité du pouvoir central et le contrôle de la "surchauffe" par Valérie Niquet, directeur, Centre asie ifri.

Chine : l'autorité du pouvoir central et le contrôle de la "surchauffe"

Au mois de mars 2006, le Premier ministre Wen Jiabao plaidait en faveur du contrôle de la croissance et fixait l’objectif pour 2006 à 8 % en moyenne. En dépit de cette directive, au premier trimestre 2006, le taux de croissance a été supérieur à 10 %. Le pouvoir central se trouve donc de nouveau confronté à la question essentielle de la régulation et plus généralement au défi de « l’efficacité » du système dans un contexte de libéralisation de fait de l’économie.

Cette croissance en effet résulte d’un certain nombre d’éléments porteurs de tensions. Elle repose, d’abord, sur les exportations qui continuent à se développer en dépit des tensions que cela provoque avec les partenaires de Pékin. Ainsi, en 2006, l’augmentation des exportations de textile chinois, en dépit des mesures de contrôle adoptées, a atteint 190 % pour l’Union européenne et 92 % pour les États-Unis. La Chine est aujourd’hui au troisième rang des exportateurs mondiaux et éprouve d’immenses difficultés à développer son marché intérieur. Dans le même temps, alors que les autorités chinoises appellent à un « Grand bond en avant technologique », qui permettrait à la Chine d’être plus autonome en matière d’innovation, et de dépasser ce statut de pays atelier qui est le sien aujourd’hui, les résultats demeurent limités. En dépit d’une interdépendance économique croissante, le Japon continue de contrôler étroitement les transferts de technologie en direction de la Chine. Les entreprises étrangères d’une manière générale demeurent à l’origine de 80 % des exportations de biens à haute valeur technologique ajoutée.

Au mois de mai 2006, un scandale est venu souligner les limites de la recherche chinoise. L’université Jiaotong de Shanghai, auteur d’une étude très médiatisée sur le classement des universités dans le monde, particulièrement sévère pour l’Europe, s’est vue épinglée pour avoir falsifié des résultats destinés à démontrer que la Chine était en passe de rattraper son retard technologique en matière de microprocesseurs.

Mais la croissance repose également sur un secteur immobilier extrêmement dynamique dont les effets pervers ne sont pas absents. Au pourtour de toutes les agglomérations, les terres agricoles cèdent la place, le plus souvent sans véritables compensations, à d’immenses projets immobiliers. Alors que les possibilités d’investissements demeurent limitées en raison de l’immaturité du système financier, l’immobilier constitue la principale forme de placement – et de blanchiment – de l’argent. Nombre de programmes, dans la région de Hangzhou par exemple, ou dans celle de Shanghai, demeurent vides alors que pourtant le prix des logements mis en vente atteint des sommets qui les rendent de moins en moins accessibles aux classes moyennes des grands centres urbains. Ces projets pharaoniques, telle que la reconstitution d’une « petite Venise » désespérément déserte aux portes de Hangzhou, sont également l’une des premières causes des tensions sociales qui se sont multipliées en Chine. En mettant en évidence les dysfonctionnements du système, ils nourrissent également les critiques « de gauche » qui prônent ouvertement le ralentissement de la politique de réforme et une meilleure prise en compte des inégalités, sources de graves tensions sociales et politiques. Ces projets reposent en effet sur une politique « d’expropriation » des terres qui s’appuie sur le principe léniniste – non remis en cause – qui veut que la terre en Chine continue d’appartenir en théorie « au peuple tout entier », représenté par le parti communiste. Dans les campagnes – et parfois dans les villes – là où la pression foncière est forte, les droits d’exploitation de longue durée accordés aux paysans dans les années 1980 sont brutalement annulés et la terre attribuée à de grandes sociétés de construction immobilière dont les panneaux publicitaires envahissent les campagnes. Pour nombre de chefs de village et d’administrations locales il s’agit là d’une très lucrative source de revenus, hors de toute logique économique. Le pouvoir, inquiet des conséquences sociales, vient d’adopter une série de mesures destinées à contrôler ces programmes mais la question demeure de la mise en œuvre, par les autorités locales, de ces décisions prises au sommet sans garantie d’application.

L’accent est pourtant mis, dans le 11ème plan quinquennal, sur l’exigence de développement « harmonieux », nouveau slogan qui reprend une thématique ancienne inspirée du confucianisme d’État. Cette harmonie concerne au premier chef la nécessaire conciliation entre la poursuite de la croissance, principale source de légitimité du système, et les exigences de protection de l’environnement alors que le coût de la pollution est considérable en termes de santé publique et en termes d’image. Mais, là encore, la mise en œuvre des mesures adoptées demeure limitée. C’est un élément que la communauté internationale doit prendre en compte, en dépit des possibilités de développement et d’évolution positive que la stratégie de croissance économique et d’ouverture, qui reste la grande priorité de la Chine, peut offrir. À terme, le danger demeure en effet de voir un régime affaibli à l’intérieur rechercher dans la projection à l’extérieur d’une image de puissance potentiellement déstabilisatrice, la confirmation de sa légitimité.

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