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Lettre du centre asie ifri n°13
05/03/2007

La tournée européenne d'Abe Shinzo et l'autonomisation du Japon sur la scène internationale, par Céline Pajon, chercheur au Centre d'études transatlantiques

La tournée européenne d’Abe Shinzo et l’autonomisation du Japon sur la scène internationale

Le nouveau premier ministre Abe, nommé en septembre, n’a pas réservé sa première visite à l’étranger à son allié américain. Il s’est d’abord rendu en Chine et en Corée du Sud, avant de débuter une tournée européenne qui l’a mené à Londres, Berlin, Bruxelles puis Paris.

Cette visite marque symboliquement la volonté d’Abe d’élever le rang du Japon sur la scène internationale, en se positionnant comme un partenaire crédible et démocratique, prêt à agir pour garantir la sécurité mondiale.

Le dirigeant japonais venait également promouvoir les intérêts de son pays auprès des interlocuteurs européens qui tendent actuellement à privilégier leurs liens avec la puissance chinoise. Le premier ministre s’est assuré du soutien européen à la candidature du Japon à un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il a prêché pour la formation d’une coalition contre la Corée du Nord proliférante et a sensibilisé les dirigeants européens aux enlèvements de citoyens japonais dans les années 1970-1980 par le régime de Pyongyang. Il a enfin tenté de convaincre l’Union Européenne de maintenir l’embargo sur les armes à destination de la Chine, en vigueur depuis la répression de Tienanmen.

La visite inédite du premier ministre japonais au siège de l’OTAN à Bruxelles a constitué le point d’orgue de cette tournée. Faisant appel au partage de valeurs communes, Abe a exprimé sa volonté de renforcer les liens entre le Japon et l’OTAN. Fort de l’adoption de la loi, qui quelques jours plus tôt, a permis à l’Agence de Défense de devenir un ministère à part entière, il a annoncé que le Japon n’hésiterait plus à faire intervenir ses Forces d’Autodéfense (FAD) à l’étranger. Depuis le 9 janvier, les opérations de maintien de la paix font désormais partie des missions prioritaires des FAD, traditionnellement dévolues à la protection du territoire national.

Cette démarche valide l’inflexion de la  politique de défense japonaise, devenue proactive dans les limites imposées par la constitution. Le Japon a ainsi participé, sur la base d’une loi ad hoc, aux opérations de l’OTAN en Afghanistan : des bâtiments japonais déployés dans l’Océan Indien ont approvisionné en carburant les forces de l’opération Enduring Freedom et Tokyo s’est engagé dans la reconstruction du pays, en participant notamment au désarmement des groupes armés. De même, le premier ministre Abe a annoncé que le Japon allait renforcer sa collaboration humanitaire avec les équipes de reconstruction provinciale (PRT) de l’OTAN. Pour autant, il n’a évoqué ni les modalités d’intervention, ni le calendrier d’un éventuel déploiement militaire japonais. Une loi permanente sur l’intervention des troupes à l’étranger reste en effet à faire voter au Parlement pour permettre un déploiement libre et rapide hors du cadre onusien. Le ministère de la Défense japonais s’inquiète en outre d’un éventuel envoi des troupes en Afghanistan où les conditions de sécurité se détériorent rapidement : les contraintes constitutionnelles restreignant l’usage de la force à la seule légitime défense pourraient être source de danger pour les militaires nippons. Dans un premier temps, le partenariat renforcé entre le Japon et l’OTAN prendra donc la forme d’une coopération politique améliorant le partage d’information, doublée d’une amélioration de l’interopérabilité dans la planification des opérations d’urgences civiles.

Ce rapprochement japonais en direction de l’OTAN est fortement encouragé par les Etats-Unis qui soutiennent depuis 2005 « l’initiative pour un partenariat global » de l’OTAN, auquel s’opposent par ailleurs plusieurs membres de l’Alliance atlantique, dont la France. Washington plaide en effet pour un partenariat renforcé qui viendrait récompenser ses alliés intervenus en Afghanistan et en Irak (Japon, Nouvelle Zélande, Australie, Corée du Sud, entre autres). Le Sommet de Riga en novembre 2006 a ainsi validé l’idée du partenariat renforcé, sans pour autant désigner nommément les pays visés par ce processus. En effet, Paris craint que l’association d’alliés américains non-membres renforce la position des Etats-Unis, encourage les coalitions au sein de l’alliance et favorise des interventions de l’OTAN hors de sa sphère traditionnelle.

Ce partenariat qui semble d’abord bénéficier à l’alliance atlantique permet en réalité au Japon de renforcer sa position vis-à-vis de Pyongyang. Jaap de Hoop Scheffer a ainsi annoncé que l’OTAN allait s’impliquer dans la résolution du problème nord-coréen. De plus, l’OTAN pourrait inviter le Japon, qui développe son bouclier antimissiles avec Washington, à participer au système de défense antimissiles de théâtre OTAN. 

Ce pas en direction de l’Union européenne intervient alors que l’administration Bush est en perte de vitesse et que l’efficacité de la diplomatie américaine s’émousse. L’Europe apparaît de plus en plus comme un partenaire incontournable dans les négociations, privilégiant, comme le Japon, le dialogue avant le recours à la force. Tokyo trouve également dans la gestion européenne des relations transatlantiques sur le dossier irakien ou sur le Protocole de Kyoto une source d’inspiration pour marquer sa différence au sein de son alliance avec Washington. La nouvelle stratégie américaine en Irak, présentée le 10 janvier par George Bush, a ainsi été accueillie de manière très critique au Japon. Concomitamment, le ministre de la Défense Kyuma s’est désolidarisé de la position officielle nippone, en dénonçant à plusieurs reprises l’intervention américaine en Irak. Tokyo pourrait, malgré tout et pour des raisons strictement diplomatiques, renouveler le mandat de ses forces chargées d’assurer un pont aérien entre l’Irak et le Koweït. 

Cette relance des relations nippo-européennes s’inscrit également dans le cadre d’une nouvelle rhétorique de la diplomatie japonaise. Le ministre des affaires étrangères, Aso Taro, avait en effet présenté fin novembre 2006 les deux nouveaux piliers de politique étrangère nippone. Le premier est celui d’une « diplomatie basée sur les valeurs » démocratiques, les droits de l’homme et la défense de la liberté. Le second est la construction d’un « arc de liberté et de prospérité », réunissant les démocraties du pourtour du continent eurasiatique. Intégrant l’ASEAN, le Vietnam, l’Inde, les pays d’Asie centrale et du Moyen-orient, l’arc englobe, dans la vision japonaise, le bloc européen et atlantique. Le Japon, première démocratie asiatique, apparaît dans cette vision l’ « accompagnateur » (hansôsha) légitime des jeunes démocraties.

Cette ligne diplomatique permet au Japon de se dissocier de son allié américain, en soulignant son engagement positif et constructif sur un « arc de liberté » contre la stigmatisation de « l’arc d’instabilité ». Le Japon réfute également l’exportation par la force de la démocratie à l’américaine, en affirmant son respect d’autres expériences démocratiques. Enfin, cette nouvelle rhétorique permet au Japon d’isoler la Chine de la communauté des démocraties, et de critiquer les pratiques commerciales et d’aide au développement de Pékin qui ne s’embarrasse pas de considérations morales.

Ce rapprochement nippo-européen qui s’effectue sous la bénédiction de l’allié américain, est également l’occasion pour le Japon d’affirmer sa présence et son identité sur la scène internationale. Le paradoxe de ce mouvement pourrait conduire à terme à des tensions et des recompositions diplomatiques entre le Japon, l’Union européenne et les Etats-Unis.

 

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Le Premier Ministre Fukuda a soudainement annoncé sa démission le 1er septembre 2008. L’instabilité ministérielle depuis le départ de Koizumi Junichiro est symptomatique de la crise du politique au Japon. - 03/09/2008

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Le retour de l'idée nationale au Japon
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"La "normalisation" du Japon implique de "liquider le legs de l'après-guerre". Saisir le sens de cette affirmation nationale nécessite de la replacer dans le contexte de l'idée nationale au Japon." - 20/06/2008

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Du 28 au 30 mai dernier s'est tenue à Yokohama la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD). Cette initiative japonaise co-organisée par l'ONU, le PNUD et la Banque mondiale lancée en 1993 et qui a lieu tous les cinq ans a pour ambition de faire progresser le dialogue entre les responsables africains et les responsables des pays ou organisations internationales qui s'investissent dans l'aide au développement. Cette quatrième conférence a réuni des représentants de 51 pays africains dont 40 chefs d'Etat et de gouvernement. L'ampleur de cette édition et les annonces qui y ont été faites illustrent l'intérêt persistant du Japon pour l'Afrique. - 10/06/2008

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Auteurs/intervenants :
Céline Pajon
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