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| Sécurité des approvisionnements en énergie - de quoi parlons nous? |
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 | 15/02/2007
 L'Edito du programme Energie - février 2007 Jan Horst Keppler, Professeur à l’Université Paris-Dauphine Chercheur associé au programme Ifri "Gouvernance européenne et géopolitique de l’énergie". |
L’Europe connaît enfin un débat sur la sécurité de ses approvisionnements en énergie. Après un trop long silence, média, politiques, industriels et experts se bousculent pour demander une politique énergétique commune capable de garantir une haute sécurité des approvisionnements énergétiques. Ce débat est bienvenu et nécessaire.
Cet émoi soudain est pourtant le résultat d’une conjoncture d’évènements, d’informations et de motivations les plus divers ce qui nuit à la lisibilité du débat et à la capacité de formuler des recommandations énergétiquement faisables et politiquement soutenables. La crainte que la sécurité des approvisionnements énergétiques en Europe ne soit pas au niveau souhaitable se nourrit des sources suivantes : 1. Une inquiétude concernant le triplement des prix du pétrole en dollars nominaux sur fond de croissance de la demande indienne et chinoise ; 2. Les interruptions volontaires par la Russie de ses livraisons de gaz à l’Ukraine (décembre 2005) et de ses livraisons en pétrole à la Biélorussie (janvier 2006) ; 3. La création d’un nouveau marché énergétique pour les émissions de CO2 dont les mécanismes et les impacts sont encore méconnus ; 4. Les tensions sur les marchés électriques européens avec une montée des prix, des interruptions de fourniture ("blackouts") et une marge de réserve décroissante ; 5. Un redémarrage du nucléaire qui tarde à se concrétiser hors de la France et de la Finlande et des énergies renouvelables toujours trop chères ; 6. Des tensions géopolitiques persistantes dans le Moyen Orient (Iraq, Iran, conflit israélo-palestinien…) au Venezuela et au Nigeria ; 7. Une politique commerciale bilatérale très appuyée de la Chine avec l’objectif d’obtenir la possession de ressources énergétiques et minières ; 8. Un battage médiatique autour du "peak oil", point d’infléchissement de la consommation mondiale ; 9. Une montée réelle des défis d’accéder à des nouvelles ressources en hydrocarbures (eaux profondes, arctique, sables bitumineux, sécurité des investissements…) ; 10. Une financiarisation des marchés de l’énergie qui augmente la liquidité mais rend la formation des prix plus complexe et moins transparente ; 11. Une augmentation de la part des importations dans la consommation énergétique européenne, le charbon européen étant handicapé par ses émissions de CO2 ; 12. Une politique énergétique européenne illisible, indécise face à des objectifs multiples et timide quand il s’agit de se donner les moyens – notamment au niveau des prix – de les atteindre.
La liste est longue et les problèmes sont réels. Pourtant tous les problèmes mentionnés ne concernent pas la sécurité des approvisionnements. Par exemple, une montée des prix de l’énergie suite à une augmentation de la demande constitue un phénomène économique inévitable qui ne demande aucune réponse politique si ce n’est un effort de pédagogie auprès du public qui doit accepter de payer le prix de ses habitudes de consommation. D’autres sujets – marché du CO2, un marché de l’électricité qui favorise le gaz, relance inaboutie du nucléaire et contradictions de la politique énergétique européenne – relèvent de la politique intérieure de l’Union. Ces points constituent des manquements dans la formulation de réponses efficaces à une sécurité des approvisionnements en déclin mais ne constituent pas une cause supplémentaire de cette dernière.
Il y a aussi les faux problèmes comme la "dépendance extérieure". On oublie que la dépendance extérieure de l’Europe en pétrole était de 100 pour cent dans les années 1960, une période sans crainte excessive concernant la vulnérabilité énergétique. Le problème n’est pas la dépendance énergétique (aucun pays du monde n’a réalisé cet objectif faussement attractif, coûteux et irréaliste) mais l’organisation du système international des échanges, sa transparence, sa liquidité et sa flexibilité. Et finalement, il y a les phénomènes d’amplification comme le débat hystérique sur le « peak oil » et les craintes suscitées par la financiarisation des marchés de l’énergie.
De notre liste initiale restent donc comme manifestations d’une menace directe pour la sécurité des approvisionnements, les tensions géopolitiques classiques originaires de la Russie, du Moyen Orient et de la Chine. Sur la base des considérations précédentes nous proposons dans la liste ci-dessous une classification de ces véritables risques pour la sécurité des approvisionnements dont l’essentiel résulte du travail du Professeur Jacques Lesourne, Président du Conseil scientifique du programme Energie de l’Ifri "Gouvernance européenne et géopolitique de l’énergie" : 1. Interruption des livraisons physiques à long terme par décision politique (embargo) ; 2. Interruption des livraisons physiques de durée variable pour des raisons internes au pays fournisseur (guerre civile, tensions politiques, grèves) ; 3. Limitation de la capacité de production à cause d’un manque d’investissement (refus d’investissements étrangers ou mauvaise gestion) ; 4. Limitation de la capacité de production « disponible » suite à une politique de sécurisation de ressources ; 5. Interruption des livraisons physiques à court terme pour des raisons politiques ou suite à un différend commercial (Ukraine, Drushba incident) ; 6. Une flambée des prix suite à l’augmentation des prix par un (a) monopoleur, (b) un cartel, (c) mimétisme des spéculateurs, (d) nouvelles informations concernant réserves ou production ; 7. Une flambée des prix suite à des évènements techniques (accident), politiques (sabotage) ou météorologiques (ouragan).
La qualité essentielle d’un risque pour la sécurité des approvisionnements, s’il s’agit d’une interruption physique de la fourniture ou de la flambée soudaine des prix, est son caractère imprévisible et aléatoire. Nous sommes confrontés à des évènements soudains, nuisibles du fait des discontinuités qu’ils provoquent. En plus, il s’agit d’évènements sui generis incommensurables et incomparables entre eux non internalisables par un marché d’assurance. Cela établit un lien intrinsèque entre sécurité des approvisionnements et action publique.
Avec ces explications nous pouvons formuler une définition d’un risque pour la sécurité des approvisionnements comme un évènement imprévisible et aléatoire qui interrompt les livraisons physiques ou crée des pics de prix dans le court terme. Le court terme est ici défini comme l’horizon de temps qui ne permet pas un ajustement du comportement des consommateurs ou des producteurs, donc un espace allant de plusieurs semaines à un ou deux ans. Dans un prochain éditorial nous allons discuter les mesures appropriées pour répondre aux risques pesant sur la sécurité des approvisionnements. Disons ici seulement qu’il s’agira notamment de définir plus précisément les contours de la division du travail entre gouvernements et marchés. Sur le plan extérieur il faudra faire la distinction entre mesures multilatérales et bilatérales. Finalement il s’agira de bien décrire l’articulation entre une politique de la sécurité des approvisionnements spécifique et la politique de l’énergie tout court.
Nous invitons nos lecteurs à nous envoyer leurs commentaires energie@ifri.org. |
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