02
sep
2014
Notes de l'Ifri Asie Visions
David BENAZERAF

Soft power chinois en Afrique : Renforcer les intérêts de la Chine au nom de l'amitié sino-africaine Asie.Visions 71, septembre 2014

Bien que l’intérêt de la Chine pour l’Afrique ne soit pas récent, la présence chinoise sur le continent africain s’est considérablement renforcée depuis les années 2000, notamment sous l’effet de la politique d’internationalisation des entreprises (zouchuqu zhengce, going out policy), permettant a priori à la Chine d’y accroître son influence.

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Parallèlement, la Chine a également développé une véritable politique africaine, dont le Forum sur la coopération sino-africaine est la principale manifestation.

L’objectif de cette étude est d’examiner l’ensemble des différentes manifestations du « soft power » chinois en Afrique. Le concept de soft power y est défini de manière assez large et comprend l’ensemble des outils non coercitifs mobilisés par l’État chinois et les acteurs sous son contrôle direct afin de servir les intérêts de la Chine. En s’appuyant sur des sources bibliographiques et des entretiens réalisés en Chine, au Kenya, en Angola et en Afrique du Sud, cette étude interroge notamment le décalage entre la rhétorique du discours politique chinois à l’égard de l’Afrique et les moyens mis en œuvre par l’État chinois au service de ses intérêts propres.

Elle montre que l’influence chinoise passe par une pluralité de vecteurs, en particulier culturels et économiques, mais qu’elle s’exerce aussi sur le plan des idées et des valeurs : ainsi la Chine s’appuie sur une diplomatie culturelle très active mais aussi sur une présence médiatique forte qui permet de livrer une image positive du pays. Dans la sphère économique, le soft power passe par l’implantation de zones économiques spéciales, alors que la politique d’aide permet de combiner hard power et soft power en contribuant à améliorer l’image du donateur.

Il ressort de l’étude que le discours chinois sur son soft power s’appuie sur le principe de solidarité Sud-Sud tout en positionnant la Chine comme référence ; toutefois le déploiement d’instruments d’influence est également justifié par des impératifs intérieurs (en particulier l’accès aux ressources énergétiques) et par la nécessité de contrer la critique à l’étranger du déploiement chinois en Afrique. Le soft power chinois correspond en réalité plus à une approche opportuniste au service des intérêts de l’État chinois et des acteurs économiques chinois qu’à une visée hégémonique d’influence culturelle à la manière du soft power américain.

Source d’admiration, la réussite chinoise apparaît comme une alternative aux partenaires occidentaux et renforce le pouvoir d’attraction de la Chine. Toutefois la présence chinoise en Afrique n’est pas exempte de critiques et la Chine n’apparaît pas encore en mesure d’être force de proposition en matière de valeurs et normes.

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