Publié le 18/05/2020

Marc JULIENNE, cité par Ximena Sampson pour Ici Radio-Canada.

Des questions ont surgi au cours des dernières semaines sur la gestion des dirigeants chinois au début de la pandémie de COVID-19, ainsi que sur la fiabilité de leurs données concernant les taux de mortalité et les niveaux de contagion.

 

Des critiques dénoncent également la répression dont ont fait l’objet les premiers médecins qui ont signalé des cas de pneumonie atypique à Wuhan, y compris la directrice des urgences à l’hôpital central de la ville, Aï Fen, et l’ophtalmologue Li Wenliang, qui est mort ensuite de la COVID-19.

En fait, ce sont au moins huit médecins qui ont été arrêtés en janvier, accusés de « diffusion de fausses informations » et réprimandés par leurs supérieurs ou par des agents de la ville parce qu’ils avaient sonné l’alerte sur l'apparition d'un nouveau virus proche du SRAS. La Cour suprême les a ensuite réhabilités.

Il y a un certain nombre de zones d’ombre qui persistent sur la date à laquelle [les dirigeants chinois] ont eu connaissance de la transmission interhumaine, sur l’origine du virus et encore d’autres questions qui restent sans réponses et pour lesquelles la Chine ne fournit l’accès ni aux données ni aux sites pour qu’il y ait des enquêtes indépendantes, souligne Marc Julienne, chercheur au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI), à Paris.

Forcément ça laisse cours à toutes les hypothèses, voire toutes les théories, y compris complotistes.

Dès le début de la crise, il y a eu une volonté de contenir l’information, croit également Marc Julienne. Les dirigeants locaux et les directeurs d'hôpitaux auraient tardé à transmettre les renseignements dont ils disposaient au pouvoir central à Pékin, qui, à son tour, aurait tenté de retarder la déclaration de pandémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette déclaration a finalement eu lieu le 11 mars, alors que le coronavirus était bien présent dans plusieurs pays dès la fin janvier.

Le pouvoir central a tout fait pour retarder le moment où la Chine allait se trouver sous les feux des projecteurs internationaux et allait être scrutée sur la manière dont elle a géré cette épidémie.

Il est encore trop tôt pour connaître les conséquences qu’aura la pandémie sur la stabilité du régime à Pékin, croit Marc Julienne, mais il est clair qu’elle entraînera des réactions en chaîne.

Si les usines chinoises ont pu reprendre leurs activités, l’économie est encore en pause ailleurs sur la planète. La demande mondiale s’est écroulée, précise le chercheur. Sans commandes, les usines chinoises tournent au ralenti et des millions d’ouvriers pourraient perdre leur emploi, ce qui provoquerait une chute de la consommation interne.

Cela peut créer un appauvrissement d’une partie de la société, causant de l'instabilité sociale, de la contestation et des revendications, pense M. Julienne.

La pandémie s’ajoute à une série de problèmes récents, dont le ralentissement économique, les tensions à Hong Kong et la guerre commerciale avec les États-Unis.

La crise sanitaire est déjà derrière, c’est du passé, en revanche, la crise économique est toujours là et elle va continuer dans les mois à venir.

En parallèle, sur la scène mondiale, la Chine profite de la pandémie pour se présenter comme l’égale des grandes puissances occidentales et même leur faire la leçon, souligne Marc Julienne.

Le discours officiel chinois en ce moment, c’est que non seulement la Chine a parfaitement bien géré l’épidémie sur son territoire, en plus elle s’est relevée et s’est portée au chevet des puissances dans le besoin avec ce qu’on a appelé la “diplomatie du masque”, précise le chercheur.

Dans le contexte actuel, personne ne souhaite se mettre les Chinois à dos, puisque tout le monde a besoin de la Chine, qui est le plus grand producteur de matériel médical et de masques, rappelle Marc Julienne.

Cependant, pense-t-il, la pandémie servira peut-être à provoquer une prise de conscience et la perte d’une certaine « naïveté », une réalité qui commence déjà à être visible dans les déclarations de certains dirigeants occidentaux. L'ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, aurait récemment déclaré lors d'une rencontre du Conseil international du Canada que la Chine se met à dos les autres pays par son comportement, sapant ainsi son influence internationale, selon le Globe and Mail. Ces propos risquent de devenir de plus en plus courants, pensent les chercheurs.

Il y a vraiment un sentiment qu’à un moment donné, il faut poser des limites à la coopération avec la Chine, à cause de son manque de transparence et de réciprocité.

 

Lire l'article dans son intégralité sur le site Ici Radio-Canada [1].