Publié le 20/04/2021

Ties DAMS, Xiaoxue MARTIN, Vera KRANENBURG, (dir.) avec , John SEAMAN, Marc JULIENNE

L'analyse de 17 pays et des institutions de l’UE révèle que le soft power chinois en Europe – défini comme la capacité d'influencer les préférences par l'attraction ou la persuasion – est en déclin.

Ce rapport, qui rassemble des experts de tout le continent, est le fruit d'une collaboration entre les 20 instituts de recherche qui composent l'ETNC (European Think-tank Network on China [1]), dont l'Ifri est membre fondateur.

Le développement du soft power est un pilier de la politique étrangère chinoise depuis 2007 et reste un objectif affirmé de la stratégie politique de la Chine à l'horizon 2035. Ce rapport identifie trois approches majeures que la Chine a adoptées pour développer son soft power en Europe :

  • - Promouvoir la langue et la culture chinoises
  • - Façonner l’image de la Chine à travers les médias
  • - Mettre en avant les prouesses économiques de la Chine

Récemment, et plus particulièrement au cours de l'année écoulée, la Chine s'est montrée plus affirmée dans ses tentatives de façonner son image, diversifiant ses modes d’action notamment dans sa communication politique, y compris au travers de l'utilisation systématique des réseaux sociaux.

En ce qui concerne l'économie chinoise, il est parfois difficile de faire la distinction entre l’attrait de la coopération économique et la pression de la coercition économique. Si refuser l’accès au marché chinois aux entreprises et produits européens constitue depuis longtemps une pratique courante de la diplomatie chinoise, le développement et la formalisation de mécanismes de sanction, avec par exemple les "listes d'entités non fiables" et la loi sur le contrôle des exportations, sont la source de préoccupations croissantes. En d'autres termes, l'accès au marché, les opportunités de commerce et d'investissement pèsent certes lourd dans l’attrait que la Chine exerce en Europe, mais ils sont aussi des agents majeurs de son pouvoir coercitif.

On observe différents modes de projection du soft power chinois à travers le continent, où l’on peut identifier quatre groupes parmi les pays analysés dans le rapport :

  • Dans le premier groupe (Autriche, Hongrie, Pologne, Portugal et Slovaquie), la Chine ne semble pas être encline à promouvoir activement son soft power, en raison notamment du peu d’intérêt démontré par le public de ces pays vis-à-vis de celle-ci.           
  • En Italie et en Grèce, l’approche de la Chine vise à limiter la tendance à la détérioration de son image et à contenir les dommages.
  • En Allemagne, en Lettonie, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Espagne et au Royaume-Uni, la perception de la Chine est clairement en train de se détériorer, et Pékin fait face à une méfiance croissante.
  • Enfin, en République tchèque, au Danemark, en France et en Suède, le soft power de la Chine est manifestement en chute libre.

Les institutions européennes semblent suivre la tendance décrite dans le troisième groupe : à savoir une vigilance accrue vis-à-vis des risques posés par les ambitions géopolitiques croissantes de la Chine.

Un certain nombre de facteurs sont à l'origine de ces tendances, des conséquences du COVID-19 aux récents développements de la situation politique au Xinjiang et à Hong Kong, en passant par l'impact de la rivalité croissante entre Pékin et Washington. Ces éléments semblent aujourd’hui influencer plus fortement les perceptions et les attitudes européennes envers la Chine que les sources traditionnelles de son soft power.

En réponse à cette tendance à la dégradation de son image, la communication publique officielle chinoise en Europe est devenue plus proactive, voire agressive, s’accompagnant notamment de l'imposition de sanctions. Le rapport explique que ces nouvelles méthodes, bien que déployées différemment selon les pays, et destinées en partie à l’opinion publique chinoise, témoignent de l'objectif de Pékin d'accroître son influence en Europe. Ces méthodes visent vraisemblablement à prévenir et contrer les critiques plutôt qu’à susciter la sympathie. Il convient alors de s’interroger : la Chine est-elle désormais moins intéressée par le renforcement de son pouvoir d’attraction que par l'exercice de la coercition ?

 

Le déclin du soft power de la Chine en France

Dans ce rapport, John Seaman et Marc Julienne de l'Ifri se concentrent sur le cas de la France.

Ils expliquent que la Chine a cherché à renforcer son attractivité et son soft power dans le pays au fil des années, par le biais d'un certain nombre de canaux : l’approfondissement des liens linguistiques et culturels, le développement de sa présence dans les médias français et de son réseau de relations auprès des élites, la mise en avant des facteurs d'attraction de son économie et, plus récemment, l’élaboration d’un discours politique faisant écho au mécontentement croissant à l'égard des États-Unis.

Malgré ces efforts, le soft power de la Chine en France est en net déclin, notamment dans un contexte où l’agressivité de sa diplomatie publique durant la crise du COVID-19 a suscité une attention plus large sur des sujets tels que les droits de l’Homme, le Xinjiang, ou encore Hong Kong. Ce phénomène a été mis en lumière par de nouvelles données sur l'opinion publique, analysées par ailleurs pour l’Ifri dans un article [2] de Marc Julienne.

Visée par une vague de critiques, la Chine ne semble plus miser sur le soft power dans son approche spécifique à la France. Et bien que l'élite politique française ait été lente à réagir à la détérioration de l'opinion publique vis-à-vis de Pékin, des changements se profilent.

 

Le rapport est disponible en anglais uniquement: China's Soft Power in Europe: Falling on Hard Times [3]

 

Consulter tous les rapports de l'ETNC sur le site www.etnc.info.