Publié le 15/09/2021

Florian VIDAL, interviewé par Paul Véronique pour L'Express

La victoire de la gauche aux législatives en Norvège ne devrait pas signer la fin de la production d'hydrocarbures dans le pays, selon le chercheur de l'Ifri Florian Vidal.

Après la victoire de la coalition de gauche aux législatives en Norvège lundi, quel avenir pour le pétrole dans ce pays scandinave ? Cette épineuse question - qui a largement dominé toute la campagne - va rapidement s'imposer au probable prochain Premier ministre, Jonas Gahr Støre. Pour former une coalition gouvernementale, son parti travailliste devra notamment compter sur la Gauche socialiste, un parti souhaitant réduire fortement l'exploitation de nouveaux gisements pétroliers dans ce pays qui est aujourd'hui le plus gros exportateur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest.

Pour Florian Vidal, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), spécialiste de l'Europe du Nord et de la transition énergétique, la production d'hydrocarbures ne devrait toutefois pas être menacée dans l'immédiat, même si des restrictions à plus long terme ne sont pas à exclure.
 

L'Express : Tout d'abord, qu'est-ce que la victoire de la gauche en Norvège préfigure pour l'avenir
pétrolier du pays ?
 

Florian Vidal : Il est intéressant de noter que les partis les plus à gauche - qui sont favorables à un arrêt de la production pétrolière à plus ou moins long terme - ont progressé dans les urnes par rapport aux précédentes élections de 2017. La question est maintenant de savoir si cela sera suffisant pour mettre un terme à l’exploration et à l’exploitation de nouveaux gisements pétroliers sous le prochain gouvernement de Jonas Gahr Støre. Tout cela dépendra des négociations qui vont s’ouvrir entre les travaillistes, les centristes et les socialistes en vue de former une coalition gouvernementale.

En effet, les travaillistes, qui ont obtenu 48 sièges, et les centristes, qui en ont eu 28, sont sur une ligne pragmatique, qui est de ne pas rompre brutalement avec la politique de production d’hydrocarbures. En revanche, les socialistes, qui bénéficient de 13 sièges et sont donc nécessaires pour parvenir à la majorité absolue de 89 voix, sont bien plus ambitieux en matière environnementale. Les négociations autour de cette question s’annoncent donc particulièrement intenses dans les jours qui viennent.


Concrètement, vers quels compromis peut-on se diriger ?

A minima, on peut imaginer que le prochain gouvernement décidera de ne plus attribuer de licences d’exploration dans certaines zones maritimes fragiles, comme en mer de Barents. La poursuite des efforts en matière de transition énergétique, avec une poursuite de l’électrification des transports, sera aussi probablement l’un des éléments de négociation.

Sur un plan technique, on peut aussi sans doute s’attendre à la mise en place de systèmes d’évaluation très poussés concernant les nouveaux gisements qui seront découverts, afin de rendre plus difficile leur exploitation. Pour autant, il me semble improbable à ce stade qu’on se dirige vers une interruption de la production de pétrole à court ou moyen terme, car ce secteur reste trop important pour le pays.

 

Comment le débat sur le pétrole s’est-il imposé comme l’un des enjeux principaux de la campagne ?

C’est un sujet récurrent au sein de la société et sur la scène politique norvégienne. Cette sensibilité particulière à l’enjeu environnemental est relativement transpartisane et s’illustre dans le fait que l’engagement de la Norvège à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, dans le cadre de l’accord de Paris, est soutenu par la gauche comme par la droite. Du reste, les débats portent principalement sur le moyen d’y parvenir et à quel horizon. Mais l’attente de la société norvégienne sur ces questions est importante.

Le débat sur le pétrole a aussi été alimenté ces derniers mois par la plainte de deux ONG, dont Greenpeace, qui réclamaient l'annulation de permis pétroliers dans l'Arctique, auprès de la Cour suprême norvégienne. Si le jugement rendu en décembre a rejeté cette plainte, cela a suscité un grand débat qui est toujours vif dans le pays. En effet, derrière la question de la sortie du pétrole, il y a celle du modèle économique norvégien et de son financement : comment continuer de financer un système de protection très développé, tout en se privant de la manne financière que représente le pétrole ? C’est un enjeu socio-économique fondamental en Norvège, et la question n’est toujours pas tranchée.

 

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> Lire le texte intégral de l'interview sur le site de L'Express [1].