Publié le 22/09/2021
Posant après les déclarations : La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron à la chancellerie à Berlin. Berlin, Allemagne. 29 avril 2019

Marie KRPATA

Au cœur du projet européen, le tandem franco-allemand donne une impulsion à la poursuite de l'intégration au sein de l'Union européenne (UE). Cependant, Bruxelles n'a pas encore décidé quelle direction prendre, et les Français et les Allemands doivent encore se mettre d'accord sur leur position en matière d'économie, d'affaires étrangères ou d'élargissement. 

Le contexte géopolitique est un appel à l'action pour une UE qui s'efforce de devenir de plus en plus « géopolitique » et vise à « parler le langage du pouvoir ». Comment les Français et les Allemands peuvent-ils coopérer, et quels obstacles vont-ils rencontrer ? Quels sont les impacts probables des élections, tant en Allemagne qu'en France ? Le remaniement de l'ordre international laisse-t-il une alternative à une convergence franco-allemande et européenne accrue ?

La convergence franco-allemande – un préalable à l'action de l'UE

Les deux jalons les plus marquants de la coopération franco-allemande (aujourd'hui) sont le traité de l'Élysée (1963) et le traité d'Aix-la-Chapelle (2019). Ils prévoient une coopération culturelle, de la société civile, transfrontalière et politique. Par ailleurs, des réunions régulières au sein de l'Assemblée parlementaire franco-allemande et des Conseils des ministres franco-allemands promeuvent activement une coopération franco-allemande plus étroite sur le plan institutionnel. Bien plus que symboliques, elles sont l'occasion pour les deux pays de mieux se connaître en termes de cultures institutionnelles . La coopération franco-allemande est perçue comme un laboratoire d'idées pour l'UE dans son ensemble : par exemple, une convergence accrue en matière sociale et économique peut être transposée au niveau de l'UE. L'un des piliers majeurs de cette coopération est le plan de relance européen de 750 milliards d'euros basé sur un accord franco-allemand. Il s'agit d'une réalisation majeure pour l'UE, d'autant plus qu'elle sera financée par la dette commune.

Tiraillé entre intérêt national et ambitions européennes – Une succession d'opportunités manquées

Au départ, la France et l'Allemagne ont une compréhension très différente du rôle que l'UE devrait jouer. La France considère l'UE comme un tremplin pour ses ambitions en politique internationale, fondées sur des institutions fonctionnelles prévoyant une action rapide pour relever les défis posés par la réémergence de la rivalité des grandes puissances. L'Allemagne, pour sa part, considère l'UE comme une base élargie pour produire et vendre des produits allemands, ce qui contribue à renforcer sa puissance économique et commerciale sur la base des chaînes de valeur étroitement imbriquées des entreprises allemandes.

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Élections en Allemagne et en France – Vers l'inconnu

Le recentrage de l'attention sur la politique intérieure après le nouvel élan acquis au niveau de l'UE en réponse à la crise du coronavirus reléguera la politique de l'UE au second plan. Les élections législatives allemandes de septembre seront suivies des élections présidentielles et législatives en France l'année prochaine. Pourtant, bien que la France occupera simultanément la présidence de l'UE, l'agenda sera limité en raison de la priorité donnée à la politique intérieure. Si les prévisions électorales doivent être créditées, le prochain chancelier allemand sera résolument pro-européen. Pourtant, les faiseurs de rois potentiels tels que l'extrême gauche ou les libéraux ne doivent pas être sous-estimés car ils auront un impact sur l'orientation que prendra l'Allemagne en matière de dépenses publiques, d'affaires étrangères et de politique de défense. En France, le président sortant est harcelé par l'extrême droite. Le rôle de la gauche et de la droite, considérablement affaibli lors des élections de 2017, reste encore flou.

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La France et l'Allemagne face à un nouveau paradigme géopolitique – Pas de place pour le doute

La rivalité accrue des grandes puissances entre les États-Unis et la Chine, les défis dans son voisinage posés par la Russie et la Turquie, et la gestion de l'influence de la Chine, de la Russie et de la Turquie dans les Balkans occidentaux ne sont que quelques-uns des problèmes que l'UE doit résoudre. S'il s'est avéré parfois difficile de trouver un terrain d'entente pour condamner les violations des droits de l'homme et du droit international, la France et l'Allemagne ont pu lancer l' Alliance pour le multilatéralisme afin de sortir de l'impasse actuelle des institutions internationales et de maintenir un ordre international fondé sur des règles.

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Marie Krpata est chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri.