Publié le 27/01/2022
Russian President Vladimir Putin with defense Minister Sergei Shoigu, Moscow - May 9, 2019

Tatiana KASTOUEVA-JEAN, interviewée par Henri Vernet pour Le Parisien

Directrice du centre Russie/NEI à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Tatiana Kastouéva-Jean estime que si le président russe atteint ses objectifs par voies diplomatiques, il n’emploiera pas la force armée. Son principal objectif est de s’assurer que l’Otan ne s’élargisse pas à l’est. Ses mouvements de troupes aux frontières ukrainiennes lui servent à renforcer ses positions de négociations.

Poutine est-il homme à aller jusqu’au bout, jusqu’à la guerre ?

Je ne le crois pas jusqu’au-boutiste. II a en tête des objectifs stratégiques précis, mais les moyens de les atteindre peuvent varier. II peut être plus souple dans le choix des moyens, s’adapter.

C’est-à-dire ?

Si l’on prend les conflits isolés sur le territoire des ex-républiques soviétiques, la façon de les gérer a été à chaque fois différente, alors que le but est immuable : garder un levier de pression sur tous ces pays du pourtour de la Russie.

Moscou a gardé son influence sans action militaire en Transnistrie (où des troupes russes stationnent toujours), a reconnu l’indépendance en Ossétie du Sud et en Abkhazie, a annexé la Crimée (mais sans qu'il y ait le moindre tir), s’est imposé en médiateur au Haut-Karabakh... Et dernièrement au Kazakhstan, les troupes russes sont entrées, mais ce ne sont pas elles qui ont tiré sur les manifestants, et elles se sont rapidement retirées. Pour garder le contrôle sur cet espace stratégique, la guerre n’est pas le moyen qui prédomine, même si elle a été utilisée en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014.

  • "Le but de Putine est immuable : garder un levier de pression sur tous ces pays du pourtour de la Russie", Tatiana Kastouéva-Jean

 

Poutine a pourtant déployé l’armée russe un peu partout...

Oui mais sans chercher à faire la guerre pour la guerre. L’important est d'avoir un outil militaire bien configuré pour pouvoir la faire. En Syrie, il est intervenu mais en soutien aérien. II déploie une guerre hybride, s’appuyant sur le cyber, les compagnies militaires privées comme Wagner. Sa panoplie est relativement large.

Et en Ukraine ?

S’il peut obtenir son but par des voies diplomatiques avec les États-Unis, il n’emploiera pas la force armée. C’est une menace pour renforcer ses positions de négociation.L’exigence de la Russie n’a en réalité pas varié depuis le président Eltsine déjà :ils ne veulent pas que l’Otan s’élargisse à l’est. Poutine l’avait dit dans un discours à Munich en 2007, et Medvedev a repris ses propositions sur la sécurité européenne à Évian en 2008. Mais à l'époque, il n’y avait pas de menace militaire, et les Européens ont balayé ces exigences russes d’un revers de la main. Aujourd'hui, cette menace existe, alors les Occidentaux discutent ! C’est le premier succès pour les Russes.

Poutine a-t-il le culte de la force ?

Oui, il en use sur la scène intérieure. Et à l’extérieur, il estime que c’est le moyen le plus rapide et plus efficace pour obtenir des résultats face aux Occidentaux. Lui-même semble respecter ceux qui sont en position de force, qui possèdent les contingents militaires.

 

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