20
déc
2016
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Hans STARK, tribune parue dans Le Huffington Post

L’attentat de Berlin est lourd de conséquences pour l’Allemagne et sa chancelière

L'impact sera sans doute à la hauteur du symbole de l’acte, perpétré au cœur de Berlin, au pied de l’église du Souvenir et contre un événement emblématique de la nation allemande: un marché de Noël. La capitale allemande rejoint donc le cortège des villes européennes frappées par des actes terroristes de grande ampleur.

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Avant le 19 décembre, l'Allemagne n'a pas eu à subir d'attentat semblable à ceux que la France a connus en 2015 et 2016. Pour la République fédérale, il s'agit d'une césure importante, qui pourrait bien transformer en profondeur son approche en matière de politique d'accueil des réfugiés, d'asile et d'immigration. Cette approche avait fait de ce pays un modèle de politique humanitaire, mais aussi une cible privilégiée de ceux aux yeux desquels la chancelière Merkel avait fait preuve de naïveté et de légèreté en ouvrant grand les portes de son pays (et de l'Europe), et en créant un appel d'air qui n'avait qu'amplifié le mouvement migratoire.

L'impact de l'attaque sera sans doute massif: sur la politique envers les réfugiés, sur la sécurité, sur l'équilibre politique interne de l'Allemagne avec en vue les législatives de septembre 2017.

La césure sera sans doute à la hauteur du symbole de l'acte, perpétré au cœur de Berlin, au pied de l'église du Souvenir (laissée à l'état de ruine pour témoigner des horreurs de la guerre), et contre un des événements les plus emblématiques de la nation allemande: un marché de Noël. L'impact de l'attaque sera sans doute massif: sur la politique migratoire, sur la politique de sécurité, sur l'équilibre politique interne de l'Allemagne qui entre peu à peu en campagne électorale pour les législatives de septembre 2017.

Une politique d'accueil des réfugiés plus restrictive

Bien avant l'attentat de Berlin, Angela Merkel a insisté sur le fait que l'accueil de près de 900.000 réfugiés en 2015 était exceptionnel, et ne devait pas se reproduire. Estimés entre 200.000 et 300.000, les chiffres pour 2016 sont de fait fortement en baisse, ce qui est avant tout dû à la fermeture de la "route des Balkans", et à l'accord entre Union européenne et Turquie. Par ailleurs, après avoir vainement essayé de trouver un accord avec les autres membres de l'Union européenne pour une répartition proportionnelle des réfugiés arrivés en Allemagne, le gouvernement fédéral insiste à nouveau sur le respect des règlements Dublin II et III -qui ferait peser la responsabilité et le coût financier de la prise en charge des réfugiés sur la Grèce et l'Italie, deux pays immédiatement confrontés aux vagues migratoires qui sont aussi économiquement les plus fragiles de la zone euro.

Le gouvernement fédéral a fait pression sur les Länder pour accélérer le renvoi des personnes (jusqu'alors tolérées sur le sol allemand) dont la demande d'asile a été rejetée par les pouvoirs publics.

Par ailleurs, si les conditions d'octroi du statut de réfugié de guerre n'ont pas (encore) été modifiées en Allemagne, et restent parmi les plus généreuses des pays de l'Union, le gouvernement fédéral a fait pression sur les administrations des Länder pour accélérer le traitement des demandes d'asile, et assurer le renvoi des personnes (jusqu'alors tolérées sur le sol allemand) dont la demande d'asile a été rejetée par les pouvoirs publics. Avec l'attentat de Berlin, il faut s'attendre à ce que le processus d'étude des dossiers s'accélère encore, et que tous les immigrants en situation irrégulière, sans droit d'asile ni autre droit de séjour, soient renvoyés dans leurs pays d'origine. Ou à défaut dans les pays de l'Union européenne où ils ont été enregistrés pour la première fois.

Cette dernière mesure, difficile à mettre en œuvre administrativement et humainement, pourrait concerner chaque année des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, et altérer durablement l'image d'une l'Allemagne qui ne pourra plus alors considérée comme "terre d'asile".

Un rapprochement avec la France?

L'Allemagne s'est déclarée solidaire de la France à chaque fois que le terrorisme a frappé cette dernière, et Paris ne manquera pas de témoigner sa solidarité à l'égard de Berlin. Dans les faits pourtant, les deux pays, confrontés aux mêmes risques et partageant les mêmes analyses sur la menace islamiste, divergent fortement quant aux politiques mises en œuvre.

Les mesures de l'état d'urgence adoptées en France semblaient impensables -jusqu'à hier- dans un pays comme l'Allemagne. Les identités ne sont pas vérifiées à l'entrée des bâtiments publics ou des magasins, sacs ou cartables ne font pas l'objet de fouille.

L'Allemagne n'a jamais adopté d'équivalent du plan Vigipirate, ni de l'opération Sentinelle. Les identités ne sont pas vérifiées à l'entrée des bâtiments publics ou des magasins, et sacs, cartables, etc. ne font pas l'objet de la moindre fouille. Les mesures de l'état d'urgence adoptées en France semblaient impensables -jusqu'à hier- dans un pays comme l'Allemagne, où le respect des libertés individuelles, et la mémoire de deux Etats totalitaires ayant infligé au XXe siècle un contrôle total et absolu à leurs citoyens, priment encore sur le souci d'assurer la sécurité intérieure fût-ce aux dépens de la sphère privée. Cela durera-t-il encore longtemps, et à quel prix? Il n'est pas exclu que le réflexe sécuritaire prenne vite le dessus sur toute autre considération.

L'Allemagne tournerait alors encore une page majeure dans sa politique de la mémoire.

Une chancelière sous pression

Candidate à un quatrième mandat consécutif à la chancellerie, Angela Merkel bénéficie d'une cote de popularité étonnamment élevée pour se trouver à la tête de l'exécutif depuis plus de 11 ans. Mais ce sont largement les électeurs du centre et de gauche qui sont responsables de cet état de grâce; les milieux conservateurs de son propre parti, et surtout les électeurs du parti d'extrême-droite AFD, l'ont prise pour cible depuis qu'elle a ouvert les frontières du pays aux réfugiés.

Au fur et à mesure qu'Angela Merkel s'est rapprochée du centre, abandonnant les positions "traditionnellement" conservatrices de la CDU, une partie de cette dernière, désorientée, a revendiqué un cap à droite, ne serait-ce que pour retrouver ceux de ses électeurs qui l'ont quittée pour soutenir l'AFD. En témoigne le dernier congrès du parti, début décembre 2016, qui s'est prononcé contre la double nationalité, et en faveur de la défense des valeurs et de l'identité allemandes -terrain glissant sur lequel la chancelière a toujours refusé de se laisser entraîner. Cette quête identitaire est particulièrement prononcée au sein de la CSU, branche bavaroise de la CDU, dont le chef de file, Horst Seehofer, réclame depuis des mois l'instauration de quotas annuels pour l'accueil des réfugiés, demande catégoriquement refusée par la chancelière. Seehofer a déjà annoncé qu'il pourrait en faire la condition de son soutien à Angela Merkel pour les élections de 2017 et l'attentat de Berlin va sans doute le conforter dans cette voie. Or sans la CSU, Angela Merkel perdra sa majorité au Bundestag. En acceptant la demande de Seehofer, elle sauverait sa majorité mais perdrait la face et l'autorité politique qui va avec. L'attentat de Berlin est donc lourd de conséquences pour l'Allemagne et sa chancelière.

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