02
nov
2017
Publications Etudes de l'Ifri

Trump, un an après. Un monde à l'état de nature ? Études de l'Ifri, novembre 2017

Dans la semaine qui avait suivi l’élection de Donald Trump, l’Ifri avait publié une étude destinée à identifier les probables changements de la politique étrangère des États-Unis. D’emblée, cette élection avait été présentée comme une bifurcation dans leur trajectoire avec des conséquences sur les rapports de puissance et sur le fonctionnement du système international.

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Un an plus tard, il nous est apparu indispensable de faire un point d’étape, dans la mesure où les États-Unis sont passés, avec Donald Trump, du statut d’acteur prévisible à celui d’acteur imprévisible.

Imprévisible est, en effet, le terme souvent utilisé pour décrire son comportement comme ses décisions. Compte tenu du poids des États-Unis, cette imprévisibilité accentue la volatilité internationale. Même si certaines de ses orientations avaient déjà été amorcées par ses prédécesseurs, la personnalité transgressive du 45e président des États-Unis est une donnée fondamentale de tout effort de prévision. Pierre Renouvin (1893-1974) insistait sur la nécessité d’accorder la plus grande attention aux initiatives et desseins des « hommes d’État » :

« Comment pourrait-on négliger leur tempérament, leur état d’esprit, leur conception des destinées nationales, leur intelligence ou leur méconnaissance des forces profondes ? »

Avec Donald Trump, cette question se pose de manière aiguë. Cette étude collective apporte des éléments de réponse en commençant par analyser les mécanismes institutionnels qui contraignent la volonté présidentielle...

 

 

SOMMAIRE

 

Introduction, par Thomas Gomart 

 

Un monde à l'état de nature ?, par Laurence Nardon

La conduite de la politique étrangère américaine depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump déconcerte. Selon les sujets et selon les semaines, les déclarations et les décisions du président oscillent entre un positionnement nationaliste et le respect des pratiques de la diplomatie internationale. La psychologie du président ajoute à l’imprévisibilité, entre ses nombreux tweets, souvent agressifs, parfois ineptes, et ses réactions impulsives, telles que la frappe punitive d’avril 2017 en Syrie.

 

Les garde-fous de la présidence américaine, par Laurence Nardon

Un an après l’élection, un partisan du verre à moitié plein peut espérer que la présidence Trump ne sera pas aussi dévastatrice que prévu. En effet, les nombreux contre-pouvoirs à l’œuvre dans le pays entravent efficacement l’action du président. Sur certains sujets néanmoins, l’optimisme n’est pas de mise.

 

Europe/États-Unis : l'année terrible, par Vivien Pertusot

S’il fallait dresser un bilan en deux colonnes positif/négatif de ces dix premiers mois de présidence Trump vus d’Europe, la première n’afficherait pas grand-chose. Les seuls aspects de satisfaction ne concernent pas des décisions, mais l’absence de changement de cap, comme le déploiement de troupes américaines en Europe orientale. En revanche, la liste des points noirs s’accumule : retrait de l’accord de Paris sur le climat, absence de coordination avec les Européens sur les sanctions à l’égard de la Russie ou plus récemment sur l’accord sur le nucléaire iranien. Est-ce là la nouvelle normalité transatlantique ?

 

Vu de Berlin : l'ordre mondial en péril, par Barbara Kunz

Les fondements de la politique étrangère font consensus en Allemagne : le maintien d’un ordre international fondé sur les règles du droit est un intérêt national. Par ailleurs, les relations bilatérales avec trois pays jouent un rôle particulièrement important dans l’ADN de la politique étrangère allemande : Israël, la France et les États-Unis. Or, pour la première fois depuis la fondation de la République fédérale en 1949, ces deux éléments ne vont plus vraiment ensemble. Alors que Washington avait toujours été le garant ultime de l’ordre international, la politique du président Trump est perçue comme mettant en péril cet ordre.

 

Russie/États-Unis : drôle de guerre froide, par Tatiana Kastouéva-Jean

L’enthousiasme et les attentes suscités en Russie par l’élection de Donald Trump se sont rapidement évanouis. Certes, la poignée de main entre les deux présidents en marge du sommet du G20 à Hambourg en juillet 2017 a été abondamment et positivement commentée. Cependant, quelques jours auparavant, en Pologne, Donald Trump réaffirmait son soutien à la clause de défense collective du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et insistait sur la nécessité de défendre la civilisation occidentale. À la fin de l’été, le président américain a promulgué de nouvelles sanctions contre la Russie.

 

L'antiterrorisme selon Trump : en quête d'une stratégie, par Marc Hecker

Durant la campagne électorale de 2016, la lutte contre le terrorisme fut l’un des sujets de prédilection de Donald Trump. En juin 2016, quelques heures après l’attentat d’Orlando, le candidat républicain prononça un discours dont l’axe essentiel consistait à marteler le lien entre terrorisme et immigration. Et d’appeler, comme il l’avait déjà fait après l’attentat de San Bernardino en décembre 2015, à une interdiction temporaire de pénétrer sur le territoire américain pour les personnes originaires de certains pays musulmans.

 

Dans le Golfe, un président qui en ajoute aux troubles, par Dorothée Schmid

Les options diplomatiques américaines au Moyen-Orient sont, depuis l’après-1945, le principal paramètre structurant la réflexion sur l’avenir de la région ; or, depuis le 11 septembre 2001, Washington a dû faire face à des défis stratégiques d’ampleur. La stabilité du golfe arabo-persique et la préservation de la liberté de navigation indispensable au bon fonctionnement du marché pétrolier sont des priorités traditionnelles. Pourtant, le projet néoconservateur de reconfiguration politique à grande échelle a secoué de façon durable, après 2003, les fondements de la plupart des régimes arabes.

 

États-Unis/Chine : puissance contre puissance, par Laurence Nardon

La question chinoise a constitué l’une des fixations de Donald Trump pendant la campagne de 2016. Le candidat accusait la Chine de faire baisser sa monnaie artificiellement pour soutenir ses exportations, de maintenir des salaires bas et d’imposer des accords commerciaux défavorables aux États-Unis pour attirer les usines américaines en Chine. C’est ainsi, selon lui, que tant d’emplois industriels américains avaient disparu, précipitant les classes moyennes dans le chômage et la déchéance. Ce discours venait soutenir sa dénonciation générale du principe de libre-échange.

 

Trump et la Corée du Nord : changement de cap, par Alice Ekman

Depuis son arrivée à la présidence, Donald Trump a placé le dossier nord-coréen au centre de la politique asiatique des États-Unis, à tel point qu’il semble monopoliser l’agenda régional américain et cadrer les relations qu’entretient Washington avec d’autres pays asiatiques. De fait, la Corée du Nord est désormais le premier des sujets abordés par l’administration Trump avec la Chine, et beaucoup d’autres points de tension bilatéraux (commerciaux, notamment) apparaissent dépendants de son évolution.

 

À la recherche de la politique africaine de Trump, par Alain Antil

Le 24 septembre 2017, un décret américain annonçait que les citoyens tchadiens devenaient indésirables aux États-Unis. En cause, le manque de fiabilité des informations envoyées par N’Djamena à propos de ses citoyens désireux de fouler le sol américain. Le président Idriss Déby Itno, considérant son pays comme l’un de ceux qui, en Afrique, a montré le plus de volonté en matière de lutte contre le terrorisme, a vu cette décision comme une forme de trahison et réagissait en fermant quelque temps l’ambassade américaine à N’Djamena.

 

Stratégie commerciale : le pire est à venir, par Françoise Nicolas

Un an après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la guerre commerciale annoncée par le candidat Trump n’a toujours pas été déclarée, mais il serait sans doute prématuré de s’en réjouir. La seule promesse de campagne à avoir été tenue est celle de retirer les États-Unis du Partenariat Trans-Pacifique (TPP). Cette décision n’a en réalité rien de bien surprenant. En effet, Donald Trump avait les mains complètement libres sur ce dossier puisque le traité n’avait pas été ratifié et qu’il n’avait, de plus, que peu de chances de l’être compte tenu de l’opposition transpartisane à ce texte.

 

America First, Planet Last, par Jean-François Boittin

Le paradoxe ne manque pas d’être ironique : le président Obama se voulait le champion de l’environnement. Mais c’est sous sa présidence que les États-Unis se sont le plus approchés du Graal de l’« indépendance énergétique », recherché depuis 1973. En 2008, la dépendance énergétique américaine – la différence entre la consommation et la production intérieure – s’établissait à 30 %. Elle n’était plus que de 14 % en 2016, conséquence du dynamisme des entreprises d’hydrocarbures, mais aussi de la politique de l’administration Obama, favorable à toutes les sources d’approvisionnement, selon la formule du président en mai 2012 « all of the above ».

 

La politique migratoire de Trump, par Christophe Bertossi et Matthieu Tardis

Depuis son élection, Donald Trump a fait de la politique américaine d’immigration un pilier de la stratégie de priorité nationale qu’il avait promue pendant la campagne, avec son slogan « America First ». Cette politique poursuit cinq objectifs : un contrôle renforcé à la frontière mexicaine, une conception sécuritaire de la politique d’asile, le renvoi des étrangers en situation irrégulière, la substitution des emplois occupés par les « clandestins » par l’embauche de nationaux et, enfin, la priorité donnée à des critères de mérite et de compétences des étrangers dans la politique d’immigration.

 

Trump contre la Silicon Valley, ou l'inverse ?, par Julien Nocetti

Hormis la publication quasi quotidienne de tweets impulsifs, le président américain ne s’est pas signalé par une activité notable en matière numérique et cyber depuis sa prise de fonction. De manière prévisible, Donald Trump a réussi à fédérer contre lui les deux composantes de la puissance numérique américaine : la Silicon Valley et le complexe militaro-numérique.

 

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