Les enjeux de l'aide publique au développement
Aide aux intérêts stratégiques nationaux des donneurs, aide à une politique de croissance et de redistribution, aide à la diffusion d’une bonne gouvernance: l’aide publique au développement (APD) est successivement, ou simultanément, un peu tout cela. Devenue une politique publique importante, l’APD doit aujourd’hui redéfinir ses objectifs, ses pratiques, la manière dont elle identifie ses bénéficiaires, et plus généralement ses instruments institutionnels.
Au cours de son histoire, qui débute vraiment après la Seconde Guerre mondiale, l’aide publique au développement (APD) a poursuivi plusieurs types d’objectifs, qui se sont peu à peu ajoutés les uns aux autres pour constituer un objet très complexe.
Une politique à objet unique mais aux objectifs multiples
L’aide économique est d’abord, historiquement, un vecteur d’intérêts politiques et stratégiques étroitement lié à la reconstruction de l’après-guerre, à la guerre froide et à la décolonisation. Dans l’immédiat après-guerre, les États-Unis prennent conscience de leur hégémonie, de leur intérêt et de leur responsabilité dans l’émergence d’un système international de paix et de prospérité. À la nécessité de structurer le système pour corriger les erreurs du passé et limiter le comportement non coopératif des États, vient s’ajouter celle de l’endiguement du communisme. Cet environnement est propice au développement de politiques internationales mobilisant des ressources financières, notamment dans le cadre de nouvelles institutions multilatérales. Aux côtés d’une politique bilatérale américaine qui s’articule autour des intérêts économiques (accès aux matières premières et développement de marchés à l’exportation) et politico-stratégiques, se développe progressivement la politique d’aide bilatérale du Royaume-Uni et de la France, confrontés à l’indépendance de leurs anciennes colonies. D’autres donneurs bilatéraux les rejoignent dans les années 1960. Au tout début de cette décennie, le besoin de coordination apparaît, pour limiter le risque que l’aide n’alimente de façon stérile des conflits d’intérêt, et conduit à la création du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pendant toute cette période, l’aide instrumentalise la reconstruction économique et le développement au profit d’intérêts politico-stratégiques supérieurs : les intérêts des pays donneurs d’aide seront d’autant mieux servis que les bénéficiaires se développeront de façon soutenue. La réflexion théorique sur le développement attribue alors un rôle actif à l’aide internationale, soulignant le besoin d’accélérer les investissements pour soutenir la croissance, et donc la nécessité d’apporter des financements additionnels par rapport à la capacité d’épargne existant dans les pays en développement. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Une politique à objet unique mais aux objectifs multiples
- Quel projet pour l’APD ?
- Quelques grands débats sur l’APD
- L’aide est-elle utilisée de façon efficace ?
- Quelle allocation pour l’APD ?
- Quel volume pour l’aide ?
- Quels instruments pour l’aide ?
Pierre Jacquet, ancien membre du Conseil d’analyse économique (CAE) et ancien directeur adjoint de l’Ifri, a été rédacteur en chef de Politique étrangère (1992-2002). Il est actuellement directeur exécutif (stratégie) et chef économiste de l’Agence française de développement (AFD). Président du département 'Sciences humaines, économie, gestion, finance' de l’École nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), il y enseigne l’économie politique internationale.
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