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Que craignent les entreprises ? Nouvelle géographie du risque géopolitique

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Que craignent les entreprises ? Nouvelle géographie du risque géopolitique
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Le risque géopolitique s’est imposé, en quelques années, comme une variable centrale de la stratégie des entreprises. Pourtant, ni sa définition ni sa perception ne font l’objet d’un consensus. 

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Carte abstraite monochrome du monde
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Cette étude en propose une cartographie à partir d’un corpus constitué des rapports annuels des 100 plus grandes capitalisations boursières mondiales, analysés à l’aide d’outils d’intelligence artificielle appliqués aux sections à forte portée stratégique — Risk Factors, Management Discussion & Analysis et lettres aux actionnaires. L’ambition n’est pas de mesurer le risque géopolitique auquel ces entreprises sont exposées, mais d’analyser la manière dont elles le formulent, le hiérarchisent et l’intègrent dans leur gouvernance.

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Une double géographie du risque

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Le premier enseignement de cette analyse est que le risque géopolitique n’est ni une variable exogène ni une réalité uniforme. Sa formulation obéit à une double géographie : celle du siège social, qui ancre chaque entreprise dans un cadre national, idéologique et réglementaire spécifique ; et celle des opérations, qui détermine la nature concrète de ses vulnérabilités. Comprendre ce que craint une entreprise, c’est d’abord comprendre d’où et comment elle regarde le monde.

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Cette double géographie révèle quatre groupes :
  1. Les entreprises américaines, qui représentent à elles seules 73 % de la capitalisation totale du Top 100 en 2025, appréhendent le risque géopolitique avant tout comme une menace à leur hégémonie et à la sécurité nationale.
  2. Les entreprises européennes adoptent une lecture normative, centrée sur l’érosion de l’état de droit, le recul du multilatéralisme et la fragilisation de la prévisibilité réglementaire. Prises en étau entre Washington et Pékin, elles formulent leur vulnérabilité principale autour de la relation transatlantique, décrite à la fois comme centrale et comme source d’incertitudes croissantes.
  3. Les entreprises chinoises, pour leur part, alignent explicitement leur discours sur les priorités du Parti : la conformité idéologique est un pilier à part entière de leur gestion des risques.
  4. Les entreprises indiennes, enfin, constituent le cas le plus singulier : elles lisent la recomposition de l’ordre mondial comme une opportunité structurelle, posture rendue possible par un multi-alignement diplomatique assumé.
  5. Aramco, en Arabie saoudite, est un acteur à part.

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Une nature sectorielle du risque

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Le deuxième enseignement porte sur la variété des formes que prend le risque géopolitique selon les secteurs d’activité. 

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Dans le secteur énergétique, le risque porte principalement sur les infrastructures de trafic : sabotage de pipelines, perturbations en mer Rouge, blocage du détroit d’Ormuz, expropriations et surtaxes windfall. La géopolitique y frappe directement les actifs, les coûts opérationnels et la volatilité des prix.

Dans le secteur financier, le risque est lié au lawfare : l’extraterritorialité des sanctions américaines constitue la menace principale, tandis que les systèmes de paiement internationaux sont devenus un terrain de confrontation entre puissances.

Dans le secteur pharmaceutique, le risque concerne la dépendance aux principes actifs asiatiques, qui impose de revoir leurs chaînes d’approvisionnement. 

Dans le secteur technologique, le risque est celui de la fragmentation : la question n’est plus de savoir si l’écosystème numérique mondial se divisera en blocs distincts, mais à quelle vitesse.

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Une asymétrie temporelle révélatrice

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Un enseignement transversal traverse l’ensemble du corpus : le risque géopolitique absorbe le présent, quand la menace climatique balise l’horizon. Le risque climatique est reconnu par la quasi-totalité des entreprises analysées, mais il est majoritairement renvoyé à des scénarios de moyen et long terme : 2030, 2050, voire 2100. Cette différenciation temporelle est elle-même un risque : elle expose les organisations à des ajustements brutaux quand les effets climatiques s’imposent à un rythme non anticipé par les modèles.

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L’intelligence artificielle comme troisième dimension

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À la double géographie qui structure la perception du risque pourrait bientôt s’ajouter une troisième dimension : la place occupée par chaque entreprise dans la nouvelle hiérarchie de l’intelligence artificielle. L’IA est désormais intégrée dans les rapports annuels non plus comme un outil, mais comme une infrastructure stratégique à part entière. Cette recomposition ne sera pas neutre : elle épousera, tout en les amplifiant, les fractures déjà à l’œuvre entre puissances, entre secteurs et entre modèles de gouvernance.

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La fragmentation comme marché

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Dernier enseignement : la lecture des rapports annuels serait incomplète si elle se limitait aux menaces. Plusieurs entreprises ont opéré un renversement de perspective qui mérite d’être souligné ; la fragmentation géopolitique n’est plus seulement un risque à couvrir ; elle ouvre des marchés.

 

ALLER PLUS LOIN :

Lire l'étude de l'Ifri, de Thomas GOMART et Siméo PONT : « La fabrique du risque : les entreprises face à la doxa géopolitique » (avril 2025).

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Que craignent les entreprises ? Nouvelle géographie du risque géopolitique

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Thomas GOMART

Thomas GOMART

Intitulé du poste

Directeur de l'Ifri

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Lucie MIELLE

Intitulé du poste

Chargée de mission auprès du directeur de l'Ifri

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Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux Thomas Gomart Ifri

Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux

Date de publication
22 janvier 2026
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Dans ce nouvel essai percutant, Thomas Gomart s’interroge sur les antagonismes profonds qui bouleversent notre époque. Croisant géopolitique, géoéconomie et idéologie, il analyse six duels représentatifs des nouveaux rapports de force.

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Les Européens face à la « question russe »

Date de publication
03 décembre 2025
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Fin octobre 2025, le Kremlin a annoncé les tests du Bourevestnik, missile à propulsion nucléaire, et du Poséidon, torpille lourde autonome thermonucléaire. Comme à chaque fois, ils ont fait l’objet d’une intense couverture médiatique dans les pays occidentaux. De manière plus inattendue, Donald Trump a répondu en ordonnant la reprise des essais américains.

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Europe-Russie : évaluation des rapports de force

Date de publication
04 novembre 2025
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Les pays européens ne peuvent plus éluder la « question russe » car la Russie a choisi la guerre. Ils disposent du potentiel nécessaire, c’est-à-dire des moyens économiques, des compétences militaires et du savoir-faire technologique pour faire face à la Russie d’ici 2030 à condition de faire preuve de volonté politique.

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Offensive et contre-offensive sur l’intelligence artificielle

Date de publication
10 octobre 2025
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« Celui qui maîtrise l’intelligence artificielle [IA] maîtrisera le monde », prédisait Vladimir Poutine en 2017. « Une bulle comparable à celle de l’Internet pourrait éclater », annonçait Sam Altman, le cofondateur d’OpenAI, cet été. Au cours des sept dernières années, la propagation de l’IA générative s’est accélérée de manière spectaculaire. Des robots conversationnels comme ChatGPT sont entrés dans nos vies.

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Comment citer cette étude ?

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Thomas Gomart et Lucie Mielle, « Que craignent les entreprises ? Nouvelle géographie du risque géopolitique », Études de l’Ifri, Ifri, mai 2026.

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