La Chine en Méditerranée : un nouvel activisme
La Chine est de plus en plus présente en Méditerranée : propositions de forums de coopération à divers pays de l’Europe du Sud, investissements dans les terminaux portuaires, manœuvres militaires, évacuation de ressortissants… La Méditerranée ne figure sans doute pas au premier rang des préoccupations chinoises. Mais elle est un passage nécessaire pour les exportations chinoises vers l’Europe, et a un rôle non négligeable dans la logique stratégique des Nouvelles routes de la soie.
Depuis l’arrivée de Xi Jinping à la tête de la présidence de la République populaire de Chine en 2013, la diplomatie chinoise est devenue plus active dans de nombreuses régions du monde. Cet activisme n’oublie pas le bassin méditerranéen : augmentation des investissements dans les marchés de la zone, prises de participations et développement d’une dizaine de ports du pourtour méditerranéen (dont le port du Pirée, en Grèce, depuis 2008 et le port de Cherchell, en Algérie, depuis janvier 2016), volonté d’associer de nombreux pays au projet dit des Routes de la soie, dont les deux pans – maritime et terrestre – devraient se rejoindre à Venise, en passant notamment par la Grèce, l’Italie ou encore l’Espagne, conduite d’exercices militaires conjoints Russie-Chine en Méditerranée orientale en mai 2015… Les activités chinoises en Méditerranée se multiplient dans des domaines parallèles (politique, économique, militaire, etc.). Quelles sont les véritables ambitions chinoises dans la région ? Pékin a-t-il mis en place une stratégie spécifique ? Ces questions ont reçu peu d’attention scientifique pour le moment. On tentera ici d’apporter quelques éléments de réponse, en analysant principalement la présence chinoise dans les pays d’Europe du Sud depuis 2013, et en prenant en compte l’approche d’officiels et chercheurs chinois travaillant spécifiquement sur ces enjeux.
Vers une institution chinoise en Méditerranée ?
Création de forums Chine-Europe du Sud
La question d’une stratégie chinoise en Méditerranée se pose plus précisément depuis que le gouvernement chinois ambitionne de créer de nouveaux mécanismes de coopération multilatérale en Europe du Sud. Depuis 2013, la Chine a en effet lancé plusieurs initiatives en ce sens. À Rome, en février 2013, Pékin a organisé pour la première fois une conférence réunissant représentants des ministères de l’Agriculture (dont plusieurs ministres) de six pays d’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre, Malte) et de Chine, dans le but de renforcer la coopération agricole entre les participants.
En novembre 2015 à Xiamen (dans le sud-est de la Chine), l’Administration océanique d’État et le ministère des Affaires étrangères chinois ont organisé une autre rencontre avec ces six mêmes pays d’Europe du Sud, portant cette fois sur la coopération maritime. Cette rencontre – la première de ce type, intitulée « Forum of Marine Cooperation between China and South European Countries » – a réuni des représentants officiels de haut niveau et des experts des questions maritimes. […]
PLAN
- Vers une institution chinoise en Méditerranée ?
- Création de forums Chine-Europe du Sud
- Vers un mécanisme de coopération souple et élargi ? - Une stratégie chinoise en Méditerranée ?
- Une déclinaison méditerranéenne des priorités chinoises
- Renforcement des capacités maritimes
Alice Ekman est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri.
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