Brexit : Que s'est-il passé ? Que va-t-il se passer ?
Le référendum du Brexit traduit la réticence fondamentale des Britanniques à endosser la logique même de la construction européenne, l’impuissance des élites politiques à la leur expliquer, les difficultés particulières des principaux partis politiques en cause, ainsi que le développement d’un sentiment national proprement anglais. Nul ne peut imaginer pour le moment les clauses concrètes de ce Brexit. Mais il pourrait être l’occasion d’un véritable new deal pour l’intégration européenne.
« C’est l’histoire de cinquante années pendant lesquelles la Grande-Bretagne s’est efforcée de réconcilier un passé qu’elle ne pouvait oublier et un avenir qu’elle ne pouvait éviter. »
Hugo Young, This Blessed Plot: Britain and Europe from Churchill to Blair, New York, Overlook Hardcover, 1999.
Le Brexit est à bien des égards l’accident qu’on attendait. Voici des décennies que les Britanniques sont soumis à un régime de fausses vérités eurosceptiques, diffusées par des élites médiatiques et politiques qui n’ont jamais tenté de montrer les aspects positifs du projet européen. La campagne du référendum a opposé ceux qui expliquaient pourquoi le Royaume-Uni devait quitter l’Union européenne, à ceux qui expliquaient pourquoi il ne devait pas la quitter. Les raisons de rester, les traits positifs de l’UE ont été oubliés. Mais le résultat du vote pourrait avoir, pour le Royaume-Uni comme pour l’Union européenne, mais aussi pour les relations transatlantiques – et donc pour l’ordre international libéral lui-même – des conséquences incalculables.
Le poids du passé
Le 11 novembre 1944, Winston Churchill rendait une visite symbolique à Charles de Gaulle pour commémorer l’armistice de 1918. Le général avança alors que si la France et le Royaume-Uni avaient eu de la guerre des expériences très différentes, les deux pays n’en étaient pas moins, à mesure que sa fin approchait, objectivement dans la même situation : d’anciens empires et de solides civilisations, mais des puissances moyennes et ruinées financièrement. Pourquoi, exhortait de Gaulle, ne joindraient-ils pas leurs forces et ne dirigeraient-ils pas ensemble une superpuissance européenne ? Churchill partageait l’analyse de de Gaulle, mais, remarqua-t-il, le Royaume-Uni avait, à la différence de la France, une autre solution : le lien transatlantique. La Grande-Bretagne manqua le coche à cette occasion et continua dès lors de le manquer. Le Brexit est la dernière manifestation – quoique sans doute la plus alarmante – des relations tortueuses, et pour finir ratées, du Royaume-Uni avec l’Europe.
Au milieu des années 1950, un comité intergouvernemental fut constitué pour jeter les bases de la Communauté économique européenne (CEE). Le Royaume-Uni y envoya un fonctionnaire en milieu de carrière, l’économiste Russell Bretherton, pour représenter Sa Majesté parmi les ministres des Affaires étrangères des Six. […]
PLAN
- Le poids du passé
- La situation politique produite par le Brexit
- Brexit dur ou conciliant ?
- Les conséquences pour la défense et la sécurité
Jolyon Howorth est professeur de science politique à l’université de Yale, Jean Monnet Professor ad hominem et professeur émérite de politique européenne à l’université de Bath.
Vivien Schmidt est professeur de relations internationales, Jean Monnet Professor de politique européenne, et directeur du Centre des études de l’Europe à l’université de Boston.
Cet article est traduit de l’anglais par François Boisivon.
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