L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Entre 1993 et 2008, l’Italie a mis en œuvre des politiques budgétaires strictes. Le pays occupe la deuxième place des États membres de l’Union européenne (UE) pour les privatisations d’entreprises publiques depuis le début des années 1990. Il fait aussi partie des rares pays européens à avoir réduit le nombre de ses fonctionnaires (de 11,4 % entre 2001 et 2011). L’Italie a également eu massivement recours à des pratiques d’externalisation pour les services publics locaux, notamment dans les domaines des transports, de la santé et de l’éducation.
À cause de ces réformes, l’Italie est en crise. Entre 2008 et 2016, son PIB a chuté de 6,6 % – le pire résultat des pays de l’UE à l’exception de la Grèce –, alors que le chômage doublait, pour atteindre 12 % (plus de 20 % dans le Mezzogiorno). Le chômage des jeunes a atteint un niveau dramatique : 40,2 %. La dette publique est, quant à elle, passée de 102,4 % du PIB en 2008 à 132,3 %. Et la crise sociale et économique se double d’une crise politique.
Que reste-t-il de l’industrie italienne ?
À la différence d’autres pays européens, l’État italien a renoncé, de manière incompréhensible, à la gestion publique des processus de production. Des études récentes ont montré que, pour des pays non dominants à l’échelle globale ou régionale, comme l’Italie, le soutien du développement demandait une conduite publique ciblée, sans laquelle l’industrie se contractait, ou se faisait racheter par des capitaux étrangers.
Le développement de l’économie italienne, avant les années 1990, a fortement dépendu de l’aide publique. L’État avait en effet dû suppléer un capitalisme privé qui, à des moments clés pour le développement du pays, avait fait preuve d’absence de cohésion et privilégié ses gains de court terme. Le désengagement progressif de l’État – qui correspondait aussi aux injonctions européennes postérieures au traité de Maastricht – a été désastreux pour l’industrie italienne. Des secteurs autrefois considérés comme vitaux (informatique, aéronautique civile, produits chimiques, électronique grand public, high-tech, industrie de l’acier) ont dès lors connu un inexorable déclin. Preuve, sans doute, que le capitalisme italien avait besoin, pour prospérer, du soutien de l’État.
1992 fut l’année de la transition vers un nouveau modèle économique, marqué par une forte hausse des privatisations. De 1991 à 2010, la contribution des entreprises publiques au PIB italien est passée de 18 % à 4,7 %. La plupart des secteurs ont été affectés : banque, assurance, production d’acier, construction, agro-alimentaire, télécommunications (Telecom Italia), transports (Autostrade, Alitalia), etc. Ce processus de privatisation s’est poursuivi pendant la crise.
PLAN
- Que reste-t-il de l’industrie italienne ?
- L’échec de la dévaluation interne
- Une politique sans boussole
Martino Avanti est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire italien.
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