Yémen : imbroglio politico-juridique, désastre humanitaire, impasse militaire
La guerre civile yéménite a évolué en conflit régional. Les Houthis, alliés à l’ancien président Saleh et soutenus par l’Iran, font face aux forces du président Hadi, épaulées par une coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. La situation humanitaire est catastrophique. Des millions de personnes sont menacées par la famine et le choléra. Dans ce chaos prospèrent les groupes terroristes comme Al-Qaïda dans la péninsule arabique et, dans une moindre mesure, Daech.
Depuis plus de deux ans et demi, le conflit yéménite est entré dans une phase aiguë. Aux guerres multiples entre factions intérieures et puissances régionales, s’ajoute désormais une catastrophe humanitaire qui interpelle, par son ampleur, la communauté internationale. L’Organisation des Nations unies (ONU), en dépit des efforts de son envoyé spécial, affiche son impuissance face à un imbroglio juridico-politico-militaire qui la dépasse largement, car le conflit s’est élargi et transformé au fur et à mesure de son évolution. En effet, à la dimension initiale intérieure – « yéméno-yéménite » si l’on peut dire –, est venue s’ajouter une dimension régionale, avec la lutte d’influence à laquelle se livrent une coalition sunnite, principalement menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, et l’autre puissance du Golfe, chiite celle-ci, l’Iran.
Avec le temps, et sans que l’on en perçoive encore toute la portée et toutes les conséquences, la zone autour du détroit de Bab-el-Mandeb, qui voit passer 35 % à 40 % du commerce maritime mondial, devient de plus en plus tendue. Des attaques maritimes à partir des côtes yéménites ont été menées en mer Rouge fin 2016. L’Égypte redoute qu’une éventuelle menace sur la liberté de circulation dans le détroit porte atteinte à la manne financière que représente pour elle le canal de Suez. Israël et la Jordanie se sentent aussi concernés. D’autres pays, comme les dictatures soudanaise et érythréenne, riveraines de la mer Rouge, ont facilement succombé aux attraits d’une « diplomatie du carnet de chèques », qui leur procure une bouffée d’oxygène économique tout en brisant leur isolement politique international.
On rappellera d’entrée les origines de ce conflit et quelques raisons de son inexorable extension. Puis on évoquera l’imbroglio politico-juridique qui met mal à l’aise la communauté internationale. Enfin, on s’attachera à la crise humanitaire dramatique, largement liée à l’impasse militaire dans laquelle se trouvent désormais plongés les deux pays, l’Arabie Saoudite mais aussi les Émirats arabes unis, qui cherchent à s’imposer dans la région par le biais yéménite.
Les origines du conflit
L’actuelle « question yéménite » trouve son origine dans les soulèvements de « la vague du printemps arabe » du début des années 2010. Après la fuite du Tunisien Ben Ali, l’emprisonnement de l’Égyptien Moubarak et l’élimination du Libyen Kadhafi, le Yéménite Ali Abdallah Saleh a été contraint de concéder le pouvoir à son vice-président depuis 17 ans : Abd Rabbo Mansour Hadi. […]
PLAN
- Les origines du conflit
- Un imbroglio politico-juridique
- Désastre humanitaire et impasse militaire
François Frison-Roche est chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il a été directeur du projet français d’aide à la transition du Yémen de 2012 à 2014.
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Yémen : imbroglio politico-juridique, désastre humanitaire, impasse militaire
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