Arabie Saoudite : faux ami ou vrai ennemi ?
Avec sa présence à Bahreïn, son intervention au Yémen, ses relations avec l’Iran, ou l’isolement du Qatar, l’Arabie Saoudite semble s’affirmer comme un État perturbateur, diplomatique et religieux, au Moyen-Orient. La diplomatie religieuse du wahhabisme joue un rôle central dans la stratégie de Riyad. Tout comme une stratégie de l’information, véritable dispositif d’influence, qui vise à orienter en sa faveur les opinions et les décideurs des grandes démocraties.
En peu de temps, la question saoudienne a occupé la une de tous les grands médias, et a fait l’objet d’une attention accrue de plusieurs think tanks, gênés d’avoir tant détourné le regard du rôle religieux de la capitale mondiale du salafisme. À la lecture de certains sites et revues spécialisés, on reste en effet étonné d’une grille de lecture axée sur les actions de la diplomatie officielle de Riyad, sur les différends qui agitent la vaste famille royale pour savoir si un « jeune » pourrait venir perturber le congrès d’anciens qui préside à l’ordre de succession au trône, ou sur les pompeuses initiatives économiques lancées par le jeune roi pour transformer une Arabie Saoudite en crise (le plan « Vision à l’horizon 2025 »). Sur le rôle religieux de ce pays, rien…
L’Arabie Saoudite, État perturbateur ?
Certes, la brutale hubris guerrière du royaume, désignant l’Iran comme matrice du « terrorisme international », enlisé au Yémen, et maintenant engagé dans un blocus contre le Qatar, inquiète quelque peu les chancelleries occidentales. Mais pas au point qu’elles se demandent pourquoi les forces armées saoudiennes, qui ne manquent pas de moyens, en déploient tant contre le voisin du Sud (une centaine d’avions de combat) et pas du tout contre Daech. Mutisme en Europe, et soutien explicite à la Maison-Blanche. On cautérise à coup de lettres d’intention, ou de promesses de contrats : « 10 milliards de dollars » après le voyage de Manuel Valls en octobre 2015, ou beaucoup plus (« 380 milliards de dollars ») après le voyage de Donald Trump.
Et pourtant, aucun des commentateurs économiques ne s’interroge sur la façon dont le royaume, qui continue sa politique de bas prix du pétrole afin de tuer le gaz de schiste américain et le rival iranien, pourrait honorer de tels engagements. Riyad vient tout de même de lever 17,5 milliards de dollars d’emprunts obligataires – la plus grosse émission obligataire jamais réalisée par un État. Avec ces promesses, les dirigeants saoudiens achètent des anxiolytiques à crédit, c’est-à-dire les garanties de sécurité que sont censés leur offrir leurs fournisseurs.
Si les États occidentaux ne se montrent guère critiques à l’égard de l’Arabie Saoudite, les condamnations à l’encontre de l’aventurisme saoudien se multiplient, en revanche, dans les pays arabes et musulmans. Alger a refusé de rallier la coalition antiterroriste constituée par Riyad, considérant que la propagation du salafisme était largement responsable des dix années noires de la guerre civile. […]
PLAN
- L’Arabie Saoudite, État perturbateur ?
- Une diplomatie d’influence
- Faire taire les critiques
Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire, est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Docteur Saoud et Mister Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite, Paris, Robert Laffont, 2016.
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Arabie Saoudite : faux ami ou vrai ennemi ?
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