Introduction : les dynamiques géopolitiques de l'Arctique
L’ Arctique, qui englobe le pôle Nord, l’océan glacial Arctique et les territoires situés au nord du cercle polaire (soit le 66e parallèle), peut paraître lointain et exotique. Toutefois, cette région très peu peuplée suscite de plus en plus d’intérêt. Cela vaut bien sûr pour les pays directement impliqués – États-Unis, Canada, Russie, Norvège et Danemark (à travers le Groenland), riverains de l’océan Arctique, ainsi que pour la Suède, la Finlande et l’Islande dont les territoires s’étendent également au nord du cercle polaire. Mais cela est aussi vrai pour l’Union européenne, l’OTAN et nombre d’autres acteurs de la scène internationale, y compris la Chine. Les raisons de cet intérêt accru sont multiples, tout comme les enjeux et les défis auxquels fait face cette zone.
Ceux-ci sont avant tout environnementaux et liés au réchauffement climatique. Ainsi, en novembre 2016, la température au pôle Nord a-t-elle excédé la normale de 20 degrés Celsius. Les implications pour l’écosystème sont considérables – et les conséquences aujourd’hui visibles ne sont que les prémices de ce qui risque de se passer dans les prochaines décennies. Un autre défi concerne le développement économique de la région, peuplée de quelque 13 millions d’habitants, vivant en Islande et sur les îles Féroé ainsi que dans les territoires septentrionaux des sept autres pays arctiques, et de seulement 4 millions d’habitants vivant au nord du cercle polaire proprement dit. Les exportations de matières premières – avant tout de gaz naturel et de pétrole – constituent la filière la plus importante. La région exporte par ailleurs des diamants, du fer, de l’or, du zinc, du bois et du poisson. La chasse traditionnelle, la pêche et l’élevage sont souvent au cœur des activités économiques des différentes populations autochtones.
À cela s’ajoutent enfin des défis d’ordre géopolitique, liés à des revendications territoriales et aux questions d’accès aux ressources naturelles. Cette dernière catégorie suscite de plus en plus l’intérêt des acteurs non arctiques.
Les dynamiques géopolitiques de l’Arctique s’inscrivent à la fois dans un contexte régional caractérisé par des revendications territoriales, et dans un contexte global marqué par des tensions accrues entre Russie et Occident. Le changement climatique exacerbe ces tensions, voire en amène d’autres. La fonte des glaces permet en effet l’accès à des ressources naturelles jusque-là non exploitées ou non découvertes, que l’on estime considérables. 13 % des réserves mondiales de pétrole et 30 % des réserves mondiales en gaz naturel encore non découvertes pourraient se trouver en Arctique.
Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), la souveraineté de chaque État s’étend sur une zone de 200 milles nautiques. La fonte des glaces amplifie donc également les débats sur les revendications territoriales, dans la mesure où elle rend notamment possible des relevés scientifiques plus détaillés pour étayer ces revendications. En lien avec la fonte des glaces se pose aussi la question du passage du Nord-Ouest pour le transport direct de biens entre l’Asie et l’Europe. En plus de réduire le temps de trajet Est-Ouest d’environ un tiers, cette nouvelle route présente un intérêt stratégique et militaire évident. Cet aspect semble d’autant plus important que les tensions internationales tendent à s’aggraver. Comme pendant la guerre froide, cela vaut avant tout pour les États-Unis et la Russie. […]
Barbara Kunz est chercheur au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l’Ifri.
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