La Russie a-t-elle une grande stratégie au Moyen-Orient ?
En intervenant militairement en Syrie, la Russie n’a pas cherché à s’affirmer comme une puissance hégémonique au Moyen-Orient. Loin de promouvoir l’unilatéralisme, Moscou défend en fait le multilatéralisme. La démonstration de force en Syrie avait notamment pour but de faire comprendre aux États-Unis et à leurs alliés qu’il ne saurait y avoir de négociations multilatérales dans la région – et au-delà – en excluant la Russie.
Depuis le début de la guerre en Syrie, la Russie a renforcé son statut international. L’intervention militaire de Moscou en appui au gouvernement syrien depuis la fin septembre 2015, ainsi que son rôle dans la relance des pourparlers de Genève en février 2016 et dans le cessez-le-feu qui en a découlé en sont les manifestations les plus notoires. Ce niveau d’engagement élevé est venu contredire l’idée reçue d’un désengagement de la Russie post-soviétique du Moyen-Orient.
Le retour de la Russie au Moyen-Orient nourrit attentes et spéculations, dans la région et au-delà, sur une nouvelle « grande stratégie » russe. Ces spéculations sont-elles justifiées ? Le fait que la Russie ait damé le pion aux États-Unis dans le dossier syrien suffit-il à prouver l’existence d’une telle stratégie pour l’ensemble de la région ? Ou faut-il plutôt considérer l’engagement russe comme une série d’actions calibrées, fruit d’une improvisation maîtrisée ?
La stratégie globale de la Russie
Il a fallu au moins une décennie à la Russie post-soviétique pour s’adapter aux nouvelles réalités internationales, commencer à redécouvrir son identité nationale et, dans la mesure du possible, (re)définir son rôle et sa place dans le concert des nations. Ce n’est toutefois qu’à compter des années 2010 que plusieurs orientations stratégiques transversales ont vraiment commencé à prendre forme, et à être clairement identifiables dans la politique étrangère russe. Ces orientations ont traversé toutes les crises diplomatiques, voire les catastrophes économiques qui ont par la suite touché la Russie. Trois principes directeurs sont ici particulièrement pertinents :
– La volonté de devenir un pôle important du « monde multipolaire », après le « moment unipolaire » des années 1990.
– L’insistance sur les dynamiques de régionalisation dans la politique mondiale. La Russie a d’ores et déjà reconquis son statut de puissance majeure dans l’unique région cristallisant ses intérêts et préoccupations de façon vitale : l’Eurasie post-soviétique.
– Une aversion pour tout changement de régime par la force, surtout imposé de l’extérieur. Cette aversion est issue de la défiance croissante des autorités russes vis-à-vis de ce que l’on baptise les « révolutions de couleur », et qui ont agité l’ancien espace soviétique pendant la décennie 2000. […]
PLAN
- La stratégie globale de la Russie
- La crise systémique du Moyen-Orient
- Le rôle des puissances extérieures
- Le jeu russe en Syrie : une action unilatérale pour imposer le multilatéralisme
- Perspectives de la coopération multilatérale au Moyen-Orient
Ekaterina Stepanova est chercheur à l’Institut d’économie mondiale et de relations internationales de Moscou (IMEMO). Elle a notamment publié Terrorism in Asymetrical Conflict: Ideological and Structural Aspects, Oxford, Oxford University Press et SIPRI, 2008.
Ce texte est traduit de l’anglais par Valentine Deville-Fradin.
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Océan Indien : le rapprochement stratégique indo-australien
En 2009, l’Inde et l’Australie ont signé une déclaration conjointe de sécurité. Depuis lors, les relations stratégiques entre ces deux États se développent. New Delhi et Canberra ont intérêt à éviter qu’un ordre régional dominé par la Chine ne s’instaure et que les relations entre Pékin et Washington ne s’enveniment. La coopération indo-australienne est néanmoins contrainte par plusieurs facteurs, dont le plus important a trait à une appréciation différente de la réponse à apporter à la menace chinoise.
L’Iran renoncera-t-il à l’arme nucléaire ?
En juillet 2015 a été conclu un accord sur le programme nucléaire iranien. Les restrictions imposées à Téhéran sont cependant en deçà des objectifs fixés par le Conseil de sécurité. Nombre d’analystes doutent de la sincérité des dirigeants iraniens et pensent que le temps joue en faveur de l’Iran. L’évolution des équilibres stratégiques au Moyen-Orient, de possibles changements à la tête du régime iranien et la détermination de la communauté internationale pèseront sur l’avenir de ce programme.
Diplomatie des armes autonomes : les débats de Genève
Les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA) n’existent pas encore mais pourraient bien transformer la manière dont les guerres seront menées demain. Depuis 2014, l’Organisation des Nations unies (ONU) a entamé une réflexion sur ces armes d’un genre nouveau, dont certains États voudraient interdire le développement. Si une telle interdiction paraît peu vraisemblable, on devrait néanmoins voir apparaître un code de « bonnes pratiques » encadrant leur utilisation.
Lutte antiterroriste : comment s’adapte le Japon ?
Le Japon a subi plusieurs attentats sur son sol, notamment en 1995 avec l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo. Plus récemment, deux ressortissants japonais ont été exécutés par l’État islamique en Syrie. Pour faire face à l’évolution de la menace, le dispositif antiterroriste japonais a été fortement renforcé. Le sommet du G7 d’Ise-Shima, en mai 2016, s’est déroulé sans incident. Le défi sécuritaire sera d’une autre ampleur en 2020 pour les Jeux olympiques de Tokyo.