L’ASEAN, les réfugiés birmans et les droits de l’homme
L’ASEAN a adopté en 2007 une charte en faveur de l’état de droit et des droits de l’homme. On s’interroge sur les suites concrètes de cet engagement, et sur ses raisons mêmes. Il semble que l’attitude de l’État birman vis-à-vis de ses minorités, générant d’importants flux de réfugiés, ait posé problème à plusieurs membres de l’ASEAN, tant en termes économiques qu’en termes d’image. La charte de 2007 constitue néanmoins une base d’action importante, en particulier pour les sociétés civiles.
En 2007, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) a surpris les observateurs en adoptant une charte affirmant notamment son engagement en faveur des droits de l’homme. Depuis que l’ASEAN existe, ses membres n’ont pourtant guère retenu la défense de ces droits ou de la démocratie parmi leurs objectifs ; ils ont même cherché à promouvoir l’image de « valeurs asiatiques » différentes, s’appuyant sur les normes westphaliennes de non-ingérence et de souveraineté. De nombreux commentateurs ont soupçonné ce nouvel engagement de l’ASEAN de n’être qu’une manœuvre pour faire taire les critiques à l’égard de la Birmanie. Dix ans après l’adoption de la charte de l’ASEAN, les raisons qui ont incité les États à s’engager apparaissent plus clairement : il s’agissait d’atténuer les effets négatifs des réactions produites par les violations des droits de l’homme en Birmanie sur les autres États membres, notamment sur les Investissements directs étrangers (IDE). Par un détour économique, le traitement des réfugiés est ainsi devenu une priorité politique et institutionnelle pour l’ASEAN.
Fondée en 1967, l’ASEAN est sans doute l’organisation régionale la plus efficace parmi les pays en développement. Comprenant des États aux systèmes politiques différents, (en font partie l’Indonésie, seule démocratie musulmane au monde, des régimes socialistes, ou des économies de marché à parti unique), elle est l’un des regroupements régionaux les plus hétérogènes du monde. Depuis sa création, l’ASEAN n’avait pas placé les droits de l’homme et la démocratie en tête de ses priorités. Les pays membres ont, à l’inverse, plutôt défendu l’idée de valeurs asiatiques, arguant d’une part que les droits de l’homme étaient un concept occidental et partant, étranger à la région, d’autre part que les droits de l’homme devaient respecter les différences culturelles et enfin, que le développement économique est au moins aussi important que les droits civiques et politiques. Ainsi les normes et les valeurs régulièrement invoquées par les traités et les accords de l’organisation soulignent-elles l’importance de l’État-nation et des principes westphaliens, non-ingérence et souveraineté nationale, dans les relations interétatiques. Si les droits de l’homme apparaissent explicitement en Europe comme un critère normatif dans tous les traités régionaux, c’est vrai pour seulement 26 % de ceux signés en Asie où l’importance accordée aux droits de l’homme reste faible. Les États membres s’en tiennent à des politiques de non-ingérence plutôt que de s’engager dans la défense des valeurs démocratiques et le respect des droits de l’homme. […]
PLAN
- Quel engagement pour les droits de l’homme ?
- Pourquoi cette émergence des droits de l’homme dans l’ASEAN ?
Anja Jetschke est professeur de science politique et de relations internationales à l’université de Göttingen.
Cet article est traduit de l’anglais par François Boisivon.
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L’ASEAN, les réfugiés birmans et les droits de l’homme
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