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Le Conseil de l’Arctique, la force des liens faibles

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Politique étrangère, vol. 82, n° 3, automne 2017
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Page couverture PE n° 3 2017
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Le Conseil de l’Arctique a été créé en 1996. Il permet aux huit États possédant des territoires au nord du cercle polaire de dialoguer et de développer des projets de coopération. Conçu comme une structure souple orientée vers les échanges scientifiques, il évolue progressivement vers une plus forte institutionnalisation et permet de désamorcer certaines tensions. Des sujets plus politiques y sont désormais abordés, et des normes juridiquement contraignantes y ont été adoptées.

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Le 11 mai 2017, les ministres des Affaires étrangères des huit pays membres du Conseil de l’Arctique – Russie, Canada, États-Unis, Islande, Danemark, Norvège, Suède et Finlande – se sont réunis en Alaska pour signer un accord sur la coopération scientifique dans la région. Cet accord est seulement le troisième juridiquement contraignant signé sous les auspices de cette organisation en 20 ans d’existence. Il témoigne de la vocation du Conseil de l’Arctique : apolitique et non coercitive. Sa structure de soft law et son mandat centré sur les questions environnementales en font un forum de discussion bien davantage qu’une structure destinée à endiguer les conflits.


Contrairement à l’Antarctique, l’Arctique n’est pas un continent vide d’hommes, mais un océan en partie gelé entouré de territoires peuplés – bien que faiblement. La structure même de la gouvernance arctique est opposée à celle de l’Antarctique, puisque depuis le traité de l’Antarctique de 1959, aucune nation n’y est souveraine. À l’inverse, en Arctique toutes les terres, îles, et la plupart des eaux sont placées sous la juridiction d’un pays. La région, qui couvre 15 % de la planète, compte environ quatre millions d’habitants qui réclament leur place dans ses processus de gouvernance. L’Arctique apparaît ainsi comme une zone blanche où pourraient s’écrire les pages nouvelles d’une gouvernance à inventer.


L’Arctique est souvent perçu comme une contrée à la fois exotique et hostile, nimbée de mythes de guerres froides pour le contrôle des territoires et des ressources. Toutefois, en pratique, la région reste une zone de relatives basses tensions, où les disputes se résolvent, depuis les années 1990, dans le cadre d’une grande variété de processus de coopération régionale. En 2016, le Conseil de l’Arctique a fêté ses 20 ans, et a fait à cette occasion l’objet de divers bilans, tantôt vantant ses louanges, tantôt pointant ses manques.


L’existence même du Conseil de l’Arctique, principale institution intergouvernementale dévolue à la région, est un véritable succès si l’on considère le manque de coopération régionale qui prévalait avant sa création en 1996. Néanmoins, nombre de critiques ont pointé l’implication insuffisante des États dans les opérations du Conseil, des déficiences dans son organisation, et surtout le fait que des questions essentielles comme la sécurité soient écartées de son mandat dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain. [...]


PLAN

  • La lente construction d’une instance de coopération dépolitisée
     - L’Arctique durant la guerre froide
     - Une coopération multilatérale dépolitisée
  • La flexibilité de la gouvernance de l’Arctique
     - Travail scientifique et apaisement géopolitique
     - Une forme de gouvernance non coercitive
     - Une politisation progressive des enjeux arctiques
  • Le renforcement progressif du Conseil de l’Arctique
     - La consolidation de la structure juridique et politique
     - Une coopération qui s’étend et se renforce


Camille Escudé est agrégée de géographie et doctorante au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po.

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Le Conseil de l’Arctique, la force des liens faibles

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Thibault BOUTHERIN

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Camille ESCUDÉ, « Le Conseil de l’Arctique, la force des liens faibles », Politique étrangère, Articles, Ifri, 22 septembre 2017.
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