Le salut par les armes ? Défense européenne et relance de l’Union
L’Europe se trouve aujourd’hui confrontée à un environnement géostratégique complexe au cœur duquel émerge, sous l’effet d’un terrorisme renouvelé, un véritable continuum entre les problématiques de sécurité et de défense. Face à ce constat inquiétant, la tentation du repli national est particulièrement vive. La mise en œuvre d’une sécurité collective est pourtant plus que jamais nécessaire, et elle doit s’appuyer, pour réussir, sur des solutions pragmatiques.
Le 23 juin 2016, les électeurs britanniques se sont prononcés en faveur du Brexit, à presque 52 % des suffrages exprimés.
Si les sondages serrés des jours précédents laissaient planer cette possibilité, l’optimisme était pourtant de mise dans les cercles bruxellois et gouvernementaux, convaincus que le Royaume-Uni ferait finalement un choix de raison. Las, les sentiments – la déception sans aucun doute, la colère et la peur aussi pour partie – l’ont emporté. Pour la première fois de son histoire, l’Union assiste, désolée, mais impuissante, à la marche arrière d’un de ses membres. L’Europe, comme construction politique, serait-elle mortelle ? Va-t-on voir se défaire sous nos yeux cet édifice patiemment construit, certes imparfait, qu’est l’Union européenne ?
Populistes et nationalistes le proclament. L’heure serait venue de détacher un à un les wagons avant que la locomotive communautaire ne déraille pour de bon. L’opportunisme ou le fatalisme les conduit à transformer en crise irrémédiable des difficultés systémiques qui bloquent l’Union mais ne la condamnent pas. Tout d’abord parce que l’Europe, malgré ses failles et ses limites, a atteint nombre de ses objectifs. Son bilan reste positif. Ses réussites, en particulier sur le plan économique, mais aussi en matière de stabilité et d’intégration continentale, sont indéniables. Ceux qui attaquent l’Union européenne, au nom de la souveraineté, s’en prennent en fait moins à la réalité qu’au modèle qu’elle prétend incarner.
Or ce projet européen décrié est plus que jamais nécessaire. L’Europe n’est pas le produit d’une sédimentation millénaire à l’image de la France ou de l’Angleterre. Elle n’est pas la résultante des révolutions nationales qui donneront naissance, au XIXe siècle, à l’Allemagne ou à l’Italie. Elle est fille d’une volonté de paix, de la formidable aspiration d’une partie du Vieux Continent à faire définitivement cette paix après des siècles de guerres fratricides. Sa légitimité, elle l’a d’abord tirée de la prospérité et de la sécurité qu’elle a su conforter depuis plus d’un demi-siècle. Malheureusement, ces deux piliers depuis 2008 ont été sérieusement ébranlés. La libéralisation des échanges, dont les Européens avaient largement su tirer les fruits, laisse aujourd’hui place à des contre-effets économiques négatifs. Notre continent, qui voulait croire au lendemain de la chute du mur de Berlin en l’avènement d’une paix généralisée et durable, voit son environnement immédiat bouleversé par des crises violentes, en Géorgie et en Ukraine, au Levant et en Libye, au Maghreb et en Afrique. L’Europe est plus faible alors même que son pourtour est moins sûr. […]
PLAN
- Les pannes de la sécurité européenne
- La nécessité de réponses collectives dans l’Union
- L’approche par projets et l’autonomie stratégique des Européens
Conseiller-maître à la Cour des comptes, Louis Gautier est Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Professeur associé à l’université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), il y dirige la chaire Grands enjeux stratégiques contemporains.
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Le salut par les armes ? Défense européenne et relance de l’Union
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