Trump et la crise de la démocratie américaine
La victoire de Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2016 traduit une crise de la démocratie américaine. Le discours anti-élites, anti-système et anti-immigration de l’homme d’affaires new-yorkais a notamment séduit l’électorat blanc peu diplômé des États désindustrialisés. La campagne électorale a été caractérisée par la prolifération des déclarations outrancières voire mensongères. Les États-Unis sont entrés de plain-pied dans l’ère de la « politique post-vérité ».
L’élection de Donald Trump, le 8 novembre 2016, a plongé le monde dans la stupéfaction. Quasiment personne n’avait prévu la victoire du businessman new-yorkais. Cette victoire a d’ailleurs tenu à la majorité courte et inattendue qu’ont remportée les républicains dans quelques États du nord-est des États-Unis (Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin) et en Floride, alors même que la démocrate Hillary Clinton remportait 65,8 millions des suffrages au niveau national, contre 63 millions pour le vainqueur.
La grande majorité des médias américains – que Trump dénonce sous le label de « mainstream liberal media » (« médias progressistes bien-pensants ») – présente l’élection de cet homme d’affaires à la personnalité narcissique et impulsive, comme le signe d’un échec du système politique américain.
En réalité, la crise de la démocratie aux États-Unis se manifeste depuis plus d’une décennie par les dysfonctionnements des institutions fédérales, et par un accroissement du rôle de l’argent dans la vie politique. Si l’élection de Trump est le signe d’une réaction populiste à ces dysfonctionnements, elle contribue également, par la dégradation du discours politique qu’elle consacre, à leur aggravation. L’hypothèse d’une présidence Trump de nature fasciste semble excessive, mais les années à venir ne seront pas sans risque pour l’image de la démocratie américaine dans le monde.
Une crise des institutions dûment constatée
Le fonctionnement erratique des institutions américaines est dénoncé depuis au moins le début des années 2000. Comme le montrent précisément les chercheurs Norman Ornstein et Thomas Mann dans leur ouvrage It’s Even Worse Than It Looks, on assiste en effet à une dégradation continue de la vie politique américaine, conduisant à une paralysie des institutions.
À la différence des systèmes parlementaires à la britannique, le système de stricte séparation des pouvoirs mis en place par les Pères fondateurs dans la Constitution de 1787 repose sur l’exercice permanent du débat, et sur le compromis entre acteurs politiques. Au Royaume-Uni, le Parlement peut être dissous par le Premier ministre, qui peut lui-même se voir démis par une motion de censure. Ainsi de nouvelles élections législatives viennent-elles régulièrement remettre le compteur démocratique à zéro. Dans le système présidentiel américain au contraire, le président ne peut dissoudre les chambres et ces dernières ne peuvent retirer leur confiance au président. […]
PLAN
- Une crise des institutions dûment constatée
- Le contrat social américain et le règne de l’argent
- Une atteinte à l’égalité politique
- Une mobilité sociale entravée - Une victoire réactionnaire
- L’élément xénophobe
- Des électeurs bientôt trahis ?
- La question du fascisme - L’ère de la « politique post-vérité »
Laurence Nardon est responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri.
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