Ebola, Covid, peste : le monde au risque des pandémies
Peste en Sibérie, Ebola en RDC, héritage du Covid : le monde est-il mieux armé face aux pandémies ? Dans ce nouvel épisode du Monde selon l’Ifri, Marc Hecker s’entretient avec Antoine Flahault, professeur des universités et praticien hospitalier à l’université Paris Cité et à l’hôpital Bichat – Claude-Bernard, sur les risques épidémiques actuels, la gouvernance de la santé mondiale et la préparation aux crises à venir.
Peste en Sibérie : l’opacité des États
Annoncé par les autorités locales comme un cas suspect de peste, le décès d’une technicienne de laboratoire de 28 ans en Sibérie a ensuite été catégoriquement démenti par le pouvoir fédéral russe. L’épisode illustre l’opacité des États en matière de santé publique et l’absence, contrairement au domaine nucléaire avec l’AIEA, de tout mécanisme d’inspection internationale indépendante.
Ebola en RDC : le pari de la vaccination en anneau
La République démocratique du Congo affronte sa 17ᵉ épidémie d’Ebola, causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun traitement ni vaccin spécifique n’a encore été confirmé. Les conflits armés en Ituri, les réticences face aux rites funéraires sécurisés et les agressions contre les équipes soignantes compliquent la riposte. Antoine Flahault plaide pour un usage compassionnel immédiat de l’Ervebo, conçu pour la souche Zaïre, selon une stratégie de vaccination « en anneau » ciblant les contacts et les contacts des contacts, une approche désormais soutenue par l’OMS et l’Africa CDC.
Éradiquer, éliminer, contrôler
L’éradication désigne la disparition définitive d’un germe à l’échelle mondiale, comme la variole en 1980 ; la poliomyélite s’en approche, ses derniers foyers persistant à la frontière afghano-pakistanaise en raison des conflits. L’élimination correspond à l’arrêt de la circulation d’un pathogène sur un territoire donné, à l’image de la polio en Europe ou de la rougeole dans les Amériques avant l’essor des mouvements antivaccins. Le contrôle, enfin, vise à protéger les plus vulnérables et à éviter la saturation des hôpitaux, comme pour la grippe saisonnière ou le Covid-19.
La variole, une coopération en pleine Guerre froide
En 1958, l’URSS de Khrouchtchev propose à l’Assemblée mondiale de la santé un programme d’éradication mondiale de la variole. Accueilli avec scepticisme, le projet aboutit vingt-deux ans plus tard, porté notamment par des épidémiologistes américains venus déployer la vaccination en anneau en Inde. Une démonstration qu’une action commune reste possible au cœur des tensions diplomatiques.
Une OMS fragilisée
Le retrait des États-Unis prive l’OMS de 20 % de son budget, mais surtout d’un leadership scientifique et méthodologique historique, incarné par les CDC. La Fondation Gates est ainsi devenue son premier contributeur financier. Quant à l’accord sur les pandémies adopté en mai 2025, sa ratification reste suspendue à la négociation de ses annexes.
Genève et l’ONUSIDA, des modèles à préserver
L’ONUSIDA se distingue par une gouvernance inclusive associant la société civile et les populations affectées. Sa stratégie, soumise tous les cinq ans au vote de l’Assemblée générale de l’ONU, favorise un alignement politique et financier avec d’autres institutions comme la Banque mondiale. Plus largement, l’écosystème genevois, qui réunit plus de 350 organisations, de l’OMS au Fonds mondial en passant par GAVI, MSF ou la Croix-Rouge, a contribué au doublement de l’espérance de vie mondiale en 80 ans.
Le défi de l’« intercrise »
Antoine Flahault dresse un bilan plutôt positif de la capacité de réaction des gouvernements face aux crises aiguës, du Covid-19 à la menace du hantavirus à bord d’un navire aux Canaries. Le point faible se situe entre les crises : faute d’investissements et d’attention politique, la prévention continue, qu’il s’agisse de la qualité de l’air intérieur dans les écoles ou de la grippe saisonnière, demeure le parent pauvre des politiques de santé.
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