Replay - Pandémies et maladies infectieuses : que peut la communauté internationale ?
Six ans après le Covid-19, la santé a quitté le haut de l'agenda international alors que les risques, eux, n'ont pas reculé. Le 7 octobre 2026, Agnès Buzyn et Antoine Flahault étaient à l'Ifri pour faire le point sur le multilatéralisme sanitaire et la préparation aux prochaines pandémies. Retrouvez la conférence en vidéo et ses principaux enseignements.
La santé, sortie de l'agenda international
De 2020 à 2022, la santé dominait l'actualité mondiale. Elle a depuis été éclipsée par la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient et les tensions politiques aux États-Unis, tandis que les arbitrages se déplacent vers des formats restreints comme le G7 ou le G20. C'est dans ce contexte qu'Agnès Buzyn et Antoine Flahault ont fondé le diplôme interuniversitaire « Diplomatie et santé mondiale », destiné à former diplomates, soignants et cadres, et à enrayer le recul des francophones dans les instances internationales.
Des quarantaines à « One Health »
La coopération sanitaire est née au XIXᵉ siècle du contrôle des frontières face au choléra et à la peste, avec une première Conférence sanitaire internationale à Paris en 1851. Elle s'est institutionnalisée jusqu'à la création de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont la Constitution, adoptée en 1946, définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social. L'approche s'est ensuite élargie à la « santé mondiale », puis à « One Health », qui relie santé humaine, santé animale et environnement : plus de 70 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine animale.
Ce que le multilatéralisme a réussi, et ce qui le freine
L'éradication de la variole, proposée en 1958 par la délégation soviétique en pleine guerre froide, reste la grande victoire de la coopération sanitaire : la maladie a tué près de 300 millions de personnes au XXᵉ siècle. S'y ajoutent des cadres communs comme la liste des médicaments essentiels (1977), la Convention-cadre pour la lutte antitabac (2003) et le Règlement sanitaire international (2005).
Mais l'OMS dépend très largement de contributions volontaires, et la multiplication des fonds spécialisés (Gavi, Fonds mondial, Unitaid, CEPI) complique la coordination. Surtout, à la différence de l'Agence internationale de l'énergie atomique dans le nucléaire, elle n'a aucun pouvoir d'inspection dans les laboratoires des États membres.
Covid-19 : un défaut d'information plus que de préparation
Atténuation en Europe et en Amérique du Nord, suppression au Japon et en Corée du Sud, « zéro Covid » en Chine, en Australie et en Nouvelle-Zélande : les stratégies ont divergé. Pour Agnès Buzyn, l'échec ne tient pas à l'absence de plans, mais aux défaillances du partage d'information en temps réel dans les premières semaines et à la difficulté d'appliquer des protocoles théoriques à un pathogène inconnu. La santé mondiale reste prise dans un cycle « panique et négligence » : des investissements massifs pendant la crise, puis un désengagement rapide.
Financer la santé mondiale, un investissement pour soi
Le vieillissement de la population déplace le fardeau vers les maladies chroniques, tandis que de nouveaux outils apparaissent : données satellitaires pour anticiper les épidémies, données de téléphonie mobile pour cartographier les populations, drones pour livrer sang et vaccins. La France, pionnière avec Unitaid et le Fonds mondial, voit pourtant son aide publique au développement reculer. Or financer la santé mondiale n'est pas de l'altruisme : c'est investir dans la protection de ses propres citoyens face à des risques sans frontières.
Intervenants :
Agnès Buzyn, professeur d'hématologie à l'université Paris-Sorbonne, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé
Antoine Flahault, professeur des universités et praticien hospitalier à l’université Paris Cité et à l’hôpital Bichat - Claude-Bernard
Modération :
Stéphanie Benz, rédactrice en chef adjointe "Sciences et Santé" de L'Express
Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri.
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