Avant-propos
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez l'avant-propos de Thierry de Montbrial, fondateur et président de l'Ifri.
Ce numéro spécial de Politique étrangère est consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire.
L'Ifri, issu d'une transformation profonde du Centre d'études de politique étrangère, lui-même créé en 1935, est né en un temps que nous voyons aujourd'hui comme le début de la fin de l'ancien monde, celui de la « guerre froide ». En 1979, celle-ci s'apprête à vivre sa dernière poussée. L'Union soviétique peine de plus en plus à suivre les États-Unis dans la révolution des technologies de l'information, cependant qu'en Chine la chute de la Bande des quatre a ouvert la voie au décollage économique de l'empire du Milieu. 1979 est aussi l'année de la révolution en Iran. Une République islamique se met en place sur les décombres de la dynastie des Pahlavi. C'est le début repérable, du point de vue occidental, de l'islam politique. Dans la géopolitique de cette époque (le mot géopolitique n'était d'ailleurs pas utilisé, en raison de ses connotations nazies), on parlait encore du « tiers-monde », en mal de développement. Ses représentants les plus ambitieux, comme l'Inde ou l'Indonésie, mais aussi en Afrique, rêvaient d'échapper à la logique de l'affrontement Est-Ouest, et tentaient de faire prospérer l'idéologie du non-alignement. En 1979, la Communauté économique européenne (CEE) était encore toute jeune. Elle n'avait pas 25 ans. La Grande-Bretagne l'avait rejointe par opportunisme sept années plus tôt, mais elle vivait encore sous l'empire de l'idéologie de ses pères fondateurs.
Quarante ans plus tard, le système international s'est immensément transformé, même si, comme toujours, les traces du passé demeurent fort présentes. Il tend à nouveau vers la bipolarité, mais cette fois sans la Russie, laquelle a cependant réussi à demeurer un acteur important de la scène internationale, surtout en Europe et au Moyen-Orient. Le triomphe du libéralisme économique dans la mouvance de la chute de l'URSS a transformé radicalement le problème du développement. Le ciment qui assurait la cohésion de l'idéologie occidentale s'effrite sous nos yeux, et les États-Unis, déjà avant Donald Trump, se sont recentrés sur une représentation étroite de leur intérêt national. L'islam politique et le terrorisme occupent le devant de la scène. Depuis 2007, on a perdu l'illusion scientiste que les grandes crises économiques étaient devenues impossibles. La CEE, rebaptisée Union européenne, soumise aux chocs économiques et migratoires ainsi qu'à celui du Brexit, donne parfois l'impression de ne plus savoir ni d'où elle vient, ni où elle va. Le développement foudroyant de la technologie inquiète autant qu'il suscite l'espoir, et les peurs millénaristes se coagulent autour du thème du réchauffement climatique et des autres interdépendances non maîtrisées, comme les risques de pandémies. […]
Thierry de Montbrial
Président et fondateur de l'Ifri,
Fondateur et président de la World Policy Conference.
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Avant-propos
Pologne/Allemagne : quelle coopération dans une Europe « à deux vitesses » ?
Les relations entre la Pologne et l’Allemagne, dégradées depuis octobre 2015, ont pris un nouveau départ au début de l’année 2017. Le pragmatisme d’Angela Merkel, et de nombreux contacts avec les dirigeants polonais, ont permis de renouer le dialogue. Toutefois, les différends persistent et affectent les relations entre les deux pays. En Pologne, la nomination d’un nouveau Premier ministre et le remaniement du gouvernement pourraient avoir pour objectif d’apaiser la situation.
Comment réduire la durée des interventions militaires ? Le concept de bridging operation
Au cours des deux dernières décennies, les armées françaises sont intervenues à de multiples reprises pour tenter de rétablir la stabilité dans des pays en crise. Certaines de ces opérations de stabilisation ont duré plus de dix ans. Le concept de bridging operation a émergé pour tenter de réduire la durée et le coût de telles interventions. L’objectif est de créer rapidement les conditions permettant de transmettre le relais à une force multinationale.
Stratégie et liberté d’action
Préserver, accroître sa liberté de décider et de faire : c’est le cœur de la stratégie, art de l’agir. Les degrés de liberté d’action constituent une véritable monnaie stratégique, qui se réduit ou croît au fil de la relation avec l’adversaire. Cette monnaie doit être dépensée, l’abstention diminuant la capacité à agir ; mais elle n’existe que par les moyens concrets dont dispose le stratège. Cette liberté d’action est centrale à tous niveaux des stratégies, et pour toutes les stratégies.
Nouvelles liaisons ferroviaires chinoises : une entreprise stratégique
Depuis 2011, le fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe s’est rapidement développé, et a connu une relance spectaculaire avec le projet Belt and Road Initiative. On assiste aujourd’hui à une rapide expansion des volumes, des services proposés, le tout accompagné par la définition et la mise en œuvre de nouvelles infrastructures ferroviaires, en Russie, en Chine, vers l’Asie du Sud-Est, l’Iran ou le Pakistan. Ce développement, qui doit être nuancé, constitue-t-il un outil stratégique pour la Chine ?