L'Europe et l'Afrique
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez l'entretien entre Thierry de Montbrial, fondateur et président de l'Ifri et Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, secrétaire générale de La Francophonie.
Thierry de Montbrial
Louise Mushikiwabo est une personnalité tout à fait extraordinaire, que j'ai l'honneur de connaître depuis quelques années. Elle a été pendant huit ans ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Elle a évidemment une culture africaine profonde, même si l'Afrique est un continent immense. Elle a passé une vingtaine d'années aux États-Unis, et parle, naturellement, un français parfait. Pour exercer la fonction importante qui est la sienne, une personnalité douée d'une compréhension aussi profonde du monde américain, du monde européen, et du monde africain, est une chance exceptionnelle, donc, pour la francophonie.
Madame la secrétaire générale, comment réagissez-vous à ce que vous avez entendu ce matin – avant de concentrer la réflexion sur l'Afrique ?
L'Afrique à la table du monde
Louise Mushikiwabo
Les échanges que nous avons ce matin, nous devrions les avoir plus souvent que tous les quarante ans… L'anniversaire célébré aujourd'hui est important simplement parce que le monde change, et que nous, citoyens du monde, mais aussi nous institutionnels ou politiques, ne pouvons avoir le luxe de ne pas réfléchir sur l'état de ce monde.
Les relations entre l'Europe et la Chine, ou les États-Unis, ne représentent d'ailleurs qu'une part de ce qui se passe dans le monde. Pour mon continent, l'Afrique, j'interroge son avenir par rapport à la Chine, à l'Europe, et au reste du monde. Il s'agit donc d'un débat très riche, et j'ai beaucoup apprécié les interventions du panel précédent parce qu'elles voulaient nous guider vers ce qui nous rassemble, plutôt que vers ce qui nous sépare.
Les notions d’« ennemi économique » ou d'« ennemi politique » existent bien, mais face à ce qui se passe un peu partout dans le monde, et d'abord en Europe, efforçons-nous de faire fructifier ce qui nous rassemble. Les différences existent, les exigences du monde actuel sont diverses, mais les guerres commerciales, les crises migratoires, climatiques, les oppositions entre pays du Nord et pays du Sud, constituent aussi des opportunités. Il était un peu étrange que l'Afrique soit absente des introductions à nos débats. Nous sommes ici pour rectifier cela.
Thierry de Montbrial
L'Afrique, je l'ai tout de même mentionnée, mais sous un angle particulier. Le grand problème des Européens – j'entends : de l'Union européenne –, est qu'ils n'ont jamais eu, que nous n'avons jamais eu, d'échanges profonds sur nos différences d'approches, y compris entre nos propres pays. Jean-Louis Bourlanges, dans un autre style, a dit la même chose quand il a relevé que nous sommes toujours en quête d'une identité en réalité jamais formulée. […]
Louise Mushikiwabo est ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Elle est maintenant la secrétaire générale de La Francophonie.
Thierry de Montbrial est le fondateur et le président de l'Ifri.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L'Europe et l'Afrique
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesBoris Johnson, du Capitole à la Roche tarpéienne ?
Boris Johnson est un personnage atypique qui a su s'attirer les faveurs d'une partie importante des Britanniques, y compris dans des fiefs travaillistes. Sa détermination à achever le Brexit lui a permis de remporter les élections générales de 2019, mais une fois nommé Premier ministre, il a fait l'objet de critiques virulentes pour sa gestion chaotique des affaires. Confronté à des scandales et accusé de mettre à mal la démocratie, il pourrait être contraint de quitter prématurément le pouvoir.
L’UE peut-elle se doter des moyens de la puissance ?
Les Européens ont mal maîtrisé le processus de retrait des troupes occidentales d'Afghanistan. L'Union européenne, qui mène déjà nombre d'opérations extérieures, dispose pourtant des moyens de décider et d'agir : institutions de la PSDC, Fonds européen de défense, Coopération structurée permanente… L'Initiative européenne d'intervention et la « Boussole stratégique », qui doit être prochainement rendue publique, renforceront ces moyens pour faire peut-être de 2022 l'année de la défense européenne.
L’OTAN en Afghanistan : quels enseignements ?
L'incontestable échec de l'OTAN en Afghanistan renvoie à de multiples facteurs : définition tardive de la mission ; tâches multiples de sécurisation, reconstruction, aide au développement, formation de l'armée ; confrontation asymétrique nouvelle ; cohésion imparfaite entre alliés… L'effet négatif sur la réputation de l'Alliance est clair. Celle-ci doit redéfinir sa stratégie autour de sa mission prioritaire de sécurisation en Europe et des formes de conflits hybrides qui s'annoncent.
Les financements-climat vers l'Afrique : charge ou opportunité ?
L'Afrique est à la fois une victime et un contributeur croissant du changement climatique, mais aussi une solution partielle grâce à la richesse de ses milieux naturels. Au regard des besoins du continent, les montants limités de la finance-climat génèrent des frustrations sans issue. Pour sortir de l'impasse, l'attention devrait se tourner vers la manière de soutenir une croissance durable, au bénéfice des Africains, des équilibres environnementaux et de l'économie mondiale.