Méditerranée orientale : de l’eau dans le gaz ?
Depuis 2009, plusieurs gisements gaziers importants ont été découverts en Méditerranée orientale. Israël en a particulièrement bénéficié, ce qui n’a pas manqué d’avoir un impact sur les relations avec les pays voisins. Les tensions se sont par exemple accrues avec le Liban, la délimitation de la frontière maritime israélo-libanaise faisant l’objet d’un contentieux. La récente découverte d’un méga-gisement dans les eaux égyptiennes devrait modifier l’équilibre énergétique régional.
Le Proche-Orient fut longtemps considéré comme le parent pauvre du Moyen-Orient dans le domaine énergétique. En effet, d’un point de vue géologique, cette zone appartient davantage au bassin méditerranéen qu’à l’ensemble arabo-persique, largement plus riche en hydrocarbures.
Toutefois, depuis 2009, les découvertes de gaz naturel s’accumulent en Méditerranée orientale dans ce qu’on nomme le bassin levantin. La dernière en date (août 2015) a permis de mettre à jour le méga-gisement Zohr, contenant près de 850 milliards de mètres cubes, situé à quelques dizaines de kilomètres des côtes égyptiennes. Ce gisement vient s’ajouter à de nombreux autres présents au large d’Israël ou de Chypre. Il ne s’agit certes pas de pétrole – ou alors peu ou pas encore exploitable –, mais les quantités sont loin d’être négligeables à l’échelle d’une région jusque-là fortement dépendante de ses importations d’hydrocarbures. Ces nouvelles richesses vont donc modifier, parfois en profondeur, les stratégies énergétiques des États de la région et vont avoir un impact sur les relations diplomatiques avec les pays riverains.
Les premières découvertes en Méditerranée orientale
L’intérêt que portent des compagnies du secteur de l’énergie au Proche-Orient n’est pas nouveau. En 1947 déjà, une filiale du consortium pétrolier Iraq Petroleum Company avait obtenu plusieurs concessions d’exploration en Palestine, alors sous mandat britannique, mais la première guerre israélo-arabe (1947-1949) avait interrompu tous les projets et études en cours.
Quelques années après la création de l’État d’Israël, celui-ci a encouragé la recherche d’hydrocarbures sur son territoire, y compris maritime. Après des décennies d’exploration et des centaines de forages, aucun gisement d’envergure n’a pourtant été découvert.
L’arrivée de compagnies étrangères
Au début des années 1990, une nouvelle compagnie étrangère, British Gas, fait son entrée en Méditerranée orientale en obtenant des droits dans des concessions au large de l’Égypte. Les premiers résultats sont alors prometteurs. […]
PLAN
- Les premières découvertes en Méditerranée orientale
- L’arrivée de compagnies étrangères
- L’impact de la deuxième intifada - Nouvelles découvertes dans un contexte régional tendu
- La suspension des relations israélo-turques
- Une prise de distance de l’allié égyptien
- Conflit frontalier avec le Liban - Exporter le gaz : quelles routes envisager ?
- Les conséquences de la fin du partenariat énergétique israélo-égyptien
- L’axe Jérusalem-Nicosie-Athènes - Vers une pacification régionale autour du gaz ?
- Le retour des anciens partenaires
David Amsellem, docteur en géopolitique de l’université Paris 8, est consultant. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2014, portait sur l’impact de la découverte de gaz naturel en Méditerranée orientale.
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