Trump et l'avenir de la politique commerciale européenne
Les tentations protectionnistes de la nouvelle administration américaine doivent être prises au sérieux. L’Europe a tout intérêt à préserver les acquis du multilatéralisme commercial, en particulier via une adaptation des pratiques de l’OMC : concevoir des accords économiques globaux et inclusifs, garantir l’équilibre des normes et la gouvernance des accords conclus. Pour cela, l’Europe doit gagner en efficacité institutionnelle et en cohésion politique, bref reprendre l’initiative.
« En général, si l’on veut le libre-échange, c’est pour soulager la condition de la classe laborieuse. Mais, chose étonnante ! Le peuple, auquel on veut à toute force procurer du pain à bon marché, est très ingrat. »
Karl Marx, Discours sur le libre-échange, 1848.
Les États-Unis se sont donc dotés d’un président protectionniste et isolationniste. Certes, promesses et programmes ne font pas automatiquement une politique l’élection passée. Mais un candidat qui attaque la Chine, le Mexique, menace de quitter l’OMC, de dénoncer l’ALENA et l’accord de Paris sur le climat, refuse de signer le projet de Partenariat Trans-Pacifique (TPP) négocié par son prédécesseur, engage le président. Il le peut d’autant plus que, si ce dernier ne peut pas libéraliser de son seul chef, sans l’aval du Congrès, il peut largement de sa propre initiative mettre en place des mesures de protection aux frontières, ou bloquer un traité en refusant de le soumettre au pouvoir législatif. Anti-mondialisation, le nouveau président américain a une certaine forme de cohérence : il est pour une fermeture des frontières, pour les biens et services comme pour les personnes.
Les premières nominations ne démentent pas la rhétorique de campagne : Wilbur Ross ministre du Commerce, Peter Navarro, un économiste « défensif mais pas protectionniste » à la tête du tout nouveau National Trade Council placé auprès du président pour le conseiller sur les sujets commerciaux, Robert Lighthizer, représentant américain du commerce (USTR). Ils se sont fait remarquer par des déclarations antichinoises, et en défendant les intérêts de la « vieille » industrie. Celui qui mènera les négociations commerciales, Robert Lighthizer, est un avocat connu en matière d’antidumping, vétéran de l’administration Reagan. Le méchant était alors japonais, et les États-Unis avaient obtenu de leur partenaire, sous la pression, des accords volontaires de restrictions aux exportations. C’était avant l’OMC, avant les « chaînes de valeur mondiales », qui permettent aux entreprises américaines d’éclater leur production dans de nombreux pays, au premier rang desquels la Chine, pour importer ou recomposer leurs produits aux États-Unis, et avec un marché japonais dont le niveau de fermeture était sans commune mesure avec celui de la Chine. Les tweets, ces coups de menton de l’âge numérique, à destination des entreprises ayant des velléités d’investissement au Mexique, s’inscrivent également dans la droite ligne de la campagne. […]
PLAN
- Préserver l’acquis du multilatéralisme commercial
- En finir avec la politique commerciale : pour une politique des échanges durables et une mondialisation inclusive
- Un impératif : l’affirmation européenne
John Solal-Arouet est le pseudonyme d’un groupe d’experts ayant exercé des responsabilités en matière de commerce international.
Denis Tersen est conseiller-maître à la Cour des comptes.
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