23
sep
2021
Espace Média L'Ifri dans les médias
Le général Eberhard Zorn (à gauche) et l'amiral David L. Johnston (à droite).
Éric-André MARTIN, cité par Hugues Maillot dans Le Figaro

En pleine crise des sous-marins, l'Allemagne pose les bases d'un partenariat spatial militaire avec l'Australie

Quelques heures plus tôt, le ministre allemand des Affaires étrangères Michael Roth appelait à renforcer la « souveraineté » de l'Union européenne.

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Alors que la France est aux prises depuis une semaine avec l'Australie sur le dossier de la crise des sous-marins, le général Eberhard Zorn, chef d'état-major de l'armée allemande, a posté sur Twitter des photos qui n'ont pas manqué de faire réagir. Accompagné de l'amiral David L. Johnston, vice-chef des Forces de défense australiennes, le militaire s'y félicite de la signature d'une lettre d'intention pour un « Military Space Partnership » entre les deux pays. « L'Australie et l'Allemagne veulent approfondir le dialogue sur la sécurité et la situation spatiale », écrit le haut gradé.

Le timing de l'annonce interroge. Comment l'Allemagne peut-elle se vanter d'un accord avec l'Australie, alors que celle-ci vient de rompre le « contrat du siècle » avec son principal partenaire, la France ? D'autant que, le lendemain, le ministre des Affaires étrangères, Michael Roth, a publiquement apporté son soutien à l'Hexagone, estimant que l'affaire des sous-marins était « un signal d'alarme pour tous dans l'Union européenne ». Il a également averti que les Européens devaient « se poser la question sur la façon de conforter notre souveraineté » et de « montrer plus d'unité sur les questions de politique extérieure et de sécurité ».

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Un timing malheureux, mais deux événements bien distincts

Pour autant, « il faut savoir raison garder et ne pas tomber dans un climat de paranoïa », prévient Éric-André Martin, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

  • « Il s'agit d'un accord technique de coopération. Ça n'a rien à voir, par son impact politique et diplomatique, avec la question du contrat des sous-marins. Que deux généraux aient des contacts et signent un accord, c'est normal », tranche-t-il.

Le spécialiste regrette d'ailleurs que cette affaire ait été montée en épingle sur les réseaux sociaux : « Il y a une conjonction malheureuse dans le temps, mais il ne faut absolument pas lier les deux ». Si Xavier Pasco s'interroge également « sur le timing », cette annonce aurait-elle pu être reportée, une fois la crise passée ? « Ce sont des accords qui consacrent des relations nouées pendant des mois, voire des années », fait valoir le directeur de la FRS.

  • « On n'est pas dans une situation de guerre, mais dans une crise politico-diplomatique. Les horloges du monde ne s'arrêtent pas de tourner avec la crise des sous-marins. La visite d'un général est prévue largement en amont », abonde Éric-André Martin.

Mais ce dernier aurait-il dû faire preuve de plus de discrétion dans les conditions actuelles ? «La manière dont est faite cette annonce, avec le général qui s'en prévaut au moment où il se passe tout ça, et où l'Europe et même l'Allemagne ont une position très réservée sur les États-Unis et l'Australie, c'est un peu délicat», estime Xavier Pasco. D'autant plus que dans un autre tweet, publié le lendemain, le haut gradé s'est également vanté, photo à l'appui, d'un «bon échange» avec son homonyme, le général américain Mark A. Milley, à propos d'éventuelles «opérations conjointes et de projets de formation».

Mais pour Éric-André Martin, « le général a dû mettre beaucoup de temps pour négocier cet accord, on ne peut donc pas lui reprocher de s'en féliciter publiquement». Plus largement, le spécialiste appelle à resserrer les rangs à l'échelle de l'Union européenne.

  • « Il ne faudrait pas que cet échec spécifique vienne contaminer l'Europe », prévient-il. « Il faut faire attention de ne pas se tromper d'ennemi. La France a acquis une sorte de capital sympathie avec cette affaire. Il faut en profiter pour montrer que c'est un problème pour l'Europe, et pas seulement pour la France ».

 

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Crise des sous-marins australiens politique de défense allemande politique économique allemande spatial Allemagne Australie France Union européenne